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Espace francophone. Les jeunes marocains mal lotis ?

De grands efforts restent à déployer par le Maroc pour améliorer la situation de ses jeunes. Le royaume est en effet à la traîne sur plusieurs dossiers ayant trait à la jeunesse, comme le soulignent les données chiffrées du rapport de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Sur le plan politique, 41% des jeunes Marocains n’ont pas confiance en leur Parlement.


Le Maroc est de nouveau épinglé sur la situation de sa jeunesse. Les données du rapport de l’OIF sur la jeunesse dans l’espace francophone et les comparaisons qui y sont établies doivent interpeller les pouvoirs publics nationaux pour ficeler une vision globale et des réponses fermes aux problématiques dont souffrent les jeunes Marocains. D’ailleurs, l’OIF, à travers l’état des lieux qu’elle vient de dresser, ambitionne d’offrir aux décideurs et aux intervenants de tous les niveaux une «photographie» détaillée et actuelle de la situation des jeunes et de nourrir leurs réflexions sur les voies et moyens d’améliorer leurs conditions de vie. Les données montrent que beaucoup d’efforts sont encore à consentir au regard de l’accès des jeunes aux services de base jugés prioritaires dans la réduction de la pauvreté dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD) (eau, assainissement, santé, éducation, etc.). Le portrait est certes loin d’être le même partout mais le Maroc est appelé à se concentrer sur certains points prioritaires pour rattraper le retard accusé dans nombre de domaines. Il s’agit en premier lieu du secteur de l’enseignement dont la réforme tarde à voir le jour. L’OIF pointe particulièrement du doigt le décrochage scolaire. Le Maroc est cité dans le rapport pour illustrer cette problématique, précisant notamment le taux de redoublement en troisième année secondaire. Le document indique qu’entre le cinquième et le quart des jeunes sont victimes de redoublement. C’est particulièrement le cas dans les pays d’Afrique subsaharienne comme le Burkina Faso (21%), le Togo (24%) et la Centrafrique (28%) et dans les pays du Maghreb, à l’image du Maroc (30%).

Outre l’éducation, l’emploi figure aussi en tête des dossiers épineux. Le taux de chômage des jeunes reste très élevé dans les pays d’Afrique du Nord. Il touche entre le cinquième et plus du tiers des jeunes de 15 à 24 ans au Maroc, en Égypte et en Tunisie (respectivement 18%, 34% et 36%). Cette surexposition des jeunes au chômage semble plus forte notamment pour les pays d’Afrique du Nord comme le Maroc, la Tunisie et l’Égypte où les jeunes sont 2,3 à 4,5 fois plus exposés que les adultes au chômage.

Fracture numérique
L’accès à Internet en particulier et aux nouvelles technologies globalement est un indicateur important. Sur ce point, le Maroc et les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient, – à l’opposé des pays subsahariens -, demeurent dans la course au numérique avec, dans chacun de ces pays, près de la moitié à plus des deux tiers des foyers qui sont branchés à Internet mais ils sont encore loin derrière les pays d’Europe et le Canada qui comptent en moyenne entre 80 et 90% des foyers disposant d’un ordinateur. Un autre chiffre doit interpeller les pouvoirs publics au Maroc : même si l’accessibilité est parmi la plus grande dans le royaume, ce sont tout de même 10 à 20% des jeunes qui n’ont jamais accès à Internet (Maroc, Tunisie, Maurice et Cap-Vert).

Mariage précoce
Sur le dossier des mariages précoces, le rapport met le Maroc dans la même liste que l’Égypte et certains pays d’Asie comme le Vietnam et la Thaïlande avec un pourcentage d’un peu plus de 10% des filles de 15 à 19 ans mariées. Les proportions les plus élevées de jeunes filles mariées à 15-19 ans se trouvent au sein des pays membres d’Afrique subsaharienne et de l’Océan Indien où c’est, dans certains cas, entre le quart et 40% de celles-ci qui sont mariées.

Perception des institutions politiques
Le rapport de l’OIF confirme un constat amer dressé depuis quelques années : les pays francophones d’Afrique du Nord se caractérisent par un très faible degré de confiance de leurs jeunes à l’égard des institutions politiques. Le Maroc et la Tunisie sont cités en exemple, avec respectivement 41% et 31% des jeunes de 18 à 29 ans n’ayant pas confiance en leur Parlement et leurs assemblées constitutives. En Afrique subsaharienne aussi, le pourcentage de jeunes qui ne font pas du tout confiance à leur Parlement ou à leur assemblée est assez élevé.

Engagement citoyen
La non-implication des jeunes dans des actions citoyennes est plus généralisée dans les pays d’Afrique du Nord où ce sont environ huit à neuf jeunes sur dix qui ne sont pas membres d’une association ou d’un groupe communautaire. Le Maroc est concerné par ce cas de figure avec un taux qui s’élève à 76% contre 91% en Tunisie et 86% en Égypte. La Guinée et le Cameroun représentent l’exception en Afrique où la proportion des jeunes engagés est de 51%. Le Maroc à l’image des pays d’Afrique du Nord et ceux de l’Océan Indien (Madagascar et Maurice) enregistre de très faibles proportions de jeunes engagés comme leaders. En effet, la proportion de jeunes se déclarant leaders d’associations est de moins de 2%. 


7 personnes sur 10 ont moins de 35 ans…

En 2018, l’ensemble des États et gouvernements membres et observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) compte plus de 1,3 milliard d’habitants, selon le rapport de l’OIF. Avec un effectif total de plus de 775 millions, les jeunes de moins de 35 ans représentent près de 60% de la population de la francophonie. Cette forte proportion fait de l’espace francophone un des espaces linguistiques le plus jeune. Si l’on considère uniquement les États et gouvernements membres de l’OIF ayant le français comme langue officielle, le poids démographique des jeunes apparaît encore plus important : sept personnes sur dix ont moins de 35 ans.

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