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Emploi : le chômage à “durée indéterminée” s’installe

L’installation du chômage à longue durée, la quasi-éviction de plus de trois-quarts des femmes du marché du travail et les difficultés des «15-24 ans» sont les trois défis auxquels sera confronté le prochain gouvernement. Il faudra «renverser la table» sur certaines réformes afin d’accélérer la croissance économique. Ce n’est pas gagné.

Si les gouvernements devaient être évalués sur le seul critère de résultats dans la lutte contre le chômage, très peu d’entre eux obtiendraient de nouveau la confiance des électeurs pour un nouveau mandat. Cette boutade d’un ancien économiste du FMI est toujours d’une actualité brûlante dans la plupart des pays, mais aussi au Maroc. Contre le chômage de masse qui s’installe durablement chez les jeunes et de plus en plus diplômés, phénomène bien ancré dans le contexte marocain, les thérapies semblent de moins en moins efficaces. Les femmes et jeunes urbains sont les deux catégories de la population frappées de plein fouet par le chômage.


Pour bien des économistes, le véritable thermomètre du marché du travail au Maroc est le taux de chômage en milieu urbain. Toutes les données publiées par le Haut-commissariat au plan (HCP) confirment deux grandes tendances du marché de l’emploi au Maroc, des tendances contre lesquelles le prochain gouvernement sera attendu: l’ancrage du chômage de longue durée (de plus d’un an), celui des diplômés ainsi que le paradoxe que vivent les femmes, leur taux d’activité s’étant effondré au cours de ces dix dernières années, passant à moins de 23% alors qu’elles sont toujours plus nombreuses et désormais majoritaires parmi les lauréats de l’enseignement supérieur.

En 2020, le taux de chômage de longue durée, c’est-à-dire la part des demandeurs d’emploi au chômage depuis plus d’un an par rapport au nombre total des chômeurs atteint le chiffre astronomique de 73,5%. Cela veut dire que plus de 7 demandeurs d’emploi sur 10 sont à la recherche d’un travail depuis plus de 12 mois. Ce taux est de plus de 50 points de celui observé chez les personnes sans diplôme (cela ne veut pas dire sans qualification, même si la corrélation existe bel et bien) et se situe à 59,8% pour les détenteurs d’un diplôme de niveau moyen, en dessous du Bac selon la nomenclature du HCP.

En gros, plus on est diplômé, moins on a la chance de s’insérer rapidement sur le marché de l’emploi. Cela renvoie à l’efficacité de multiples réformes (plutôt des tentatives) du système éducatif de manière à mieux doter les jeunes diplômés des armes et des qualifications pour affronter le marché de l’emploi.

Dans le milieu urbain où se concentrent l’essentiel des emplois qualifiés, la situation est plus nuancée en raison probablement d’une «prime au diplôme» : le taux de chômage des lauréats du supérieur passe à 39,2%, celui des personnes ayant un diplôme de niveau moyen à 41,3% et pour les «sans diplômes», il se situe à 19,4% en 2020 (source HCP).

Le chômage frictionnel très développé du fait de l’inadaptation de l’offre du travail à la demande ne peut suffire à expliquer les difficultés des lauréats de l’enseignement supérieur sur le marché. Ce n’est pas qu’une question du contenu des apprentissages dans les amphis, tempère un économiste. Pour lui, il faut surtout des réformes d’envergure, quitte à «renverser la table» afin de résoudre le problème de la faible capacité de l’économie à créer des emplois. Avec le recul, on sait maintenant que la croissance, à son rythme actuel, n’arrivera pas à absorber des centaines de milliers de jeunes qui arrivent tous les ans sur le marché du travail.

Réformer le Code du travail ? Ce n’est pas la panacée
Le rôle et l’impact des institutions du marché du travail, notamment du Code du travail et de la législation en matière de protection de l’emploi, font souvent l’objet de controverses. Les organisations patronales considèrent que la législation du travail en l’état actuel est un frein à l’embauche. Le débat a pris de l’ampleur avec la mondialisation et le changement technologique qui ont exposé l’ensemble des pays développés et en développement à une concurrence accrue, souligne la Banque mondiale.

D’une part, certains estiment qu’une législation rigide en matière de protection de l’emploi introduit des distorsions qui conduisent à un marché du travail à deux vitesses avec, d’une part, les travailleurs qui ont un emploi protégé et, d’autre part, les personnes qui en sont exclues, qu’elles soient au chômage ou employées sous contrats à durée déterminée, à temps partiel ou temporaire. Les législations plus strictes en matière de protection de l’emploi auraient pour conséquence d’accroître le chômage de longue durée, de rendre les licenciements plus coûteux et in fine d’encourager les recrutements non formels. Des arguments que tempère le HCP : «le code du travail ne régit les relations du travail que pour une minorité de salariés sur le marché du travail».

L’analyse du  HCP au 2e trimestre 2021

Le taux de chômage est passé de 12,3% à 12,8% au niveau national, de 15,6% à 18,2% en milieu urbain et de 7,2% à 4,8% en milieu rural. Il est plus élevé parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans (30,8%), les diplômés (20,4%) et les femmes (15,9%).

La population active occupée en situation de sous-emploi liée au nombre d’heures travaillées a atteint 470.000 personnes, avec un taux de 4,3%. Celle en situation de sous-emploi liée à l’insuffisance du revenu ou à l’inadéquation entre la formation et l’emploi exercé est de 529.000 personnes (4,9%). En somme, le volume du sous-emploi, dans ses deux composantes, a atteint 999.000 personnes. Le taux global de sous-emploi est ainsi baissé de 13% à 9,2% au niveau national, de 12,2% à 8,9% en milieu urbain et de 14,1% à 9,5% en milieu rural.
Au deuxième trimestre de 2021, la situation du marché du travail a été marquée par la hausse des taux d’activité.

La population en âge d’activité (15 ans ou plus) s’est accrue de 1,4%, par rapport au deuxième trimestre de 2020. Avec une hausse de la population active de 4%, le taux d’activité a ainsi augmenté de 44,8% à 46,1% entre les deux périodes. Il a augmenté de 42,2% à 42,6% en milieu urbain et de 49,6% à 52,9% en milieu rural. Avec cette augmentation le taux d’activité a atteint un niveau similaire à celui enregistré avant la pandémie (45,8% au deuxième trimestre de 2019). En pariant sur un rebond de la croissance économique, le Haut-commissariat au plan (HCP) estime que le marché du travail devrait connaître un redressement et le taux de chômage au niveau national devrait, sous l’hypothèse de la poursuite de la baisse tendancielle du taux d’activité, se situer à près de 10,9%, soit 1 point en dessous du taux de l’année dernière.

Abashi Shamamba / Les Inspirations ÉCO


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