Éco-Business

e-commerce : l’indice 2020 du CNUCED a du mal à convaincre

Publié annuellement par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, l’édition 2020 de l’indice du e-commerce classe le Maroc au 95e rang mondial sur 152 pays. Le Maroc se classe 12e dans le monde arabe, 4e au Maghreb et 9e sur le continent africain. Comment les acteurs du secteur accueillent-ils ce rapport ?

Le Maroc a encore du chemin à parcourir pour se hisser à un rang honorable dans le classement mondial des pays les plus avancés en matière d’e-commerce. Les acteurs de l’écosystème sont unanimes sur ce constat. Cependant, plusieurs d’entre eux refusent de prendre pour argent comptant les résultats et le rapport du dernier classement de l’indice de l’e-commerce de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), qui nous classe au 95e rang mondial sur 152 pays, 12e dans le monde arabe, 4e au Maghreb, 9e sur le continent africain, loin derrière l’Île Maurice qui reste leader en Afrique, l’Afrique du Sud (73e), trois voisins du Maghreb, le Kenya (88e) et le Nigéria (94e). Dans la région d’Afrique du Nord, le Maroc est devancé par la Tunisie, l’Algérie et la Libye. Classement décevant pour plusieurs personnes contactées, curieux pour certains, bien discutable pour d’autres. «Il faut qu’on m’explique», s’exclame un professionnel de l’e-commerce. «Vous pensez vraiment que c’est un classement sérieux ?», réagit de son côté Mikael Naciri, directeur général du Centre monétique interbancaire (CMI). D’autres analystes expriment également leur réserve sur la méthodologie utilisée par la CNUCED dans la production dudit index. Laurent Hanout, Ceo de Digitalisman, cabinet conseil en management et e-commerce basé à Tunis, s’interroge sur la performance de certains pays de la région à commencer par la Libye. «Il y a certes du trafic et des porteurs de cartes internationales, mais le pays n’est toujours pas pacifié, les frontières étant théoriquement fermées.


D’un autre côté, les Algériens se plaignent régulièrement du retard dans l’organisation du marché de la vente en ligne et de contraintes légales. Ce qui constitue un des facteurs entravant le développement du paiement numérique. Mon constat est que ces statistiques sont très approximatives». Lui aussi ne peut pas s’empêcher de sursauter face au rapport, promettant de scruter la méthodologie utilisée par la CNUCED. Les statistiques sont très approximatives. Le mot est lâché ! Kais Djelassi, directeur Stratégie, économie et Investissement, Managing Partner chez Ocean Strategy & Investment, émet lui aussi un doute sur la méthodologie utilisée: «Dans ce rapport, il s’agit globalement d’un mix usage internet et fiabilité de services postaux, ce qui ressemblerait plus à un readiness (une disposition, ndlr) au e-commerce et non à son état. Une critique légitime serait que ce rapport ne reflète ni l’état réel des échanges e-commerce, ni la maturité et la fiabilité du secteur logistique». Et de poursuivre que «l’alternative pourrait être de déterminer la part du commerce électronique dans le commerce. On arriverait à des résultats plus tangibles.

Enfin, il me semble qu’on peut prouver que le développement du secteur ICT (des Technologies de l’information et de la communication ou TIC, ndlr) va de pair avec le PIB PPP/habitant, donc à moins de cataclysmes ou rigidités réglementaires (paiement, logistique, douane, impôts, dictature), on retrouvera les mêmes classements de e-commerce que celui de PIB PPP/habitant». Autant dire que ce rapport aura du mal à trouver des défenseurs. Interloqués, nous avons jeté un coup d’œil à l’index et la méthodologie du rapport, histoire d’y voir plus clair.

Méthodologie
L’indice du e-commerce de la CNUCED mesure le degré de préparation d’une économie à soutenir les achats en ligne. L’indice 2020 comprend le même nombre d’économies que l’édition précédente (152). Il est la moyenne de quatre sous-indices étroitement liés aux achats en ligne, ayant la même pondération et sensés avoir une large couverture nationale, notamment le nombre de personnes ayant un compte auprès d’une institution financière ou auprès d’un fournisseur de services d’argent mobile, le nombre de personnes utilisant Internet, l’indice de fiabilité postale et l’accès à des serveurs Internet sécurisés. L’objectif étant de mesurer la fréquence d’utilisation d’Internet des citoyens dans leurs achats quotidiens. «La mesure dans laquelle les gens font des achats en ligne dans un pays est fortement corrélée à la valeur de cet indice, avec une valeur R au carré ajustée de 0,79». Le rapport précise que les limitations des données affectent la compilation de l’indice. Information de taille : «Les données sur les utilisateurs d’Internet pour 2019 étaient limitées au moment du calcul de l’indice et les dernières données sur les comptes sont pour 2017 car la pandémie a retardé la collecte des données pour la base de données Global Findex de la Banque mondiale. Par conséquent, les changements par rapport à la précédente édition de l’indice sont principalement influencés par les changements en termes de sécurité des serveurs et de fiabilité postale». Le rapport souligne également que les données sur la propriété des comptes ne sont généralement pas disponibles pour les petites économies, et l’indice de fiabilité postale n’inclut pas certaines d’entre elles. La CNUCED étudie d’autres compositions d’indices en vue d’élargir la couverture et l’actualité de celui-ci. De quoi prendre ces indicateurs avec des pincettes. Mais, faudrait-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Le Maroc figurait à la 97e place dans l’édition 2019 du rapport, ce qui signifie que le royaume gagne cette année deux places. Le Maroc parvient aussi à améliorer son score, qui passe de 43,4 points sur 100 à 44,8. Selon Shamika Sirimanne, directrice de la division de la technologie et de la logistique de la CNUCED, l’indice «montre la nécessité pour les gouvernements de faire plus pour s’assurer qu’un plus grand nombre de personnes puissent profiter des opportunités du commerce électronique», sans quoi leurs entreprises et leurs citoyens «passeront à côté des opportunités offertes par l’économie numérique et seront moins préparés à faire face à différents défis».

Détails du rapport
Concernant les sous-indices, la part des personnes utilisant Internet au Maroc passe de 65% à 74%, alors que le pourcentage des personnes ayant un compte auprès d’une institution financière reste stable à 29%. De plus, le pourcentage des personnes disposant de serveurs Internet sécurisés au Maroc baisse de 52% à 49% de la population. Enfin, l’indice de fiabilité postale continue sa chute, passant de 28% un an auparavant à 27%. Par ailleurs, le rapport indique que la fracture dans l’utilisation du commerce électronique reste énorme. Même parmi les pays du G20, l’écart de mesure de la part des achats en ligne va de 3% en Inde à 87% au Royaume-Uni.

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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