Éco-Business

Amine Diouri : «Le gouvernement doit faire appliquer la loi»

Amine Diouri, responsable études et communication chez Inforisk

Plus de 40% des défaillances d’entreprises sont engendrées par les défauts de paiement. Les PME/TPE sont les plus vulnérables face à ce fléau. Le montant des paiements en retard inter-entreprises atteint les 390 MMDH, soit pratiquement un tiers du PIB. Selon les statistiques d’Attijariwafa bank, 70% des entreprises enregistrent des délais de paiement supérieurs à 90 jours, ce qui augmente les défaillances des entreprises de 8% chaque année. Décryptage.

Les Inspirations ÉCO : Les délais de paiement constituent un véritable fléau pour l’économie. S’agit-il d’un phénomène que l’on peut plus ou moins cerner aujourd’hui ?
Amine Diouri : C’est une question que nous traitons depuis quelques années déjà. On a constaté une évolution assez alarmante d’une année à l’autre. Contrairement à l’idée que l’on a, celle d’un délai de paiement uniforme de cents jours, le phénomène est plus complexe qu’il n’y paraît. Pour moi, il n’est pas pertinent d’isoler ainsi la problématique dans la mesure où la question est liée à la catégorie d’entreprises. C’est un rapport de force entre un grand opérateur et un petit. De ce fait, le grand fait peser sur le petit des délais qui sont relativement importants.

Lorsque vous parlez de grands opérateurs, faites-vous aussi allusion à l’État ?
Oui, mais pas seulement. Je parle de l’État et des grandes entreprises. Il est aussi important de distinguer, en matière de délai de paiement, le crédit inter-entreprises. Il est de près de 390 MMDH, alors qu’entre l’État et le privé, l’on parle d’à peu près 50 MMDH. On en déduit que la question concerne essentiellement les délais de paiement privé-privé.

Peut-on aujourd’hui considérer les retards de paiement comme le principal frein à l’épanouissement de l’entreprise et à l’investissement ?
C’est un frein bloquant véritablement notre économie. Aujourd’hui, on cherche à ce que les entreprises investissent davantage et à ce qu’elles recrutent encore plus. Mais tant que se posera la question des retards de paiement, ces objectifs seront compromis. Vous savez, le retard de paiement a un impact direct sur la trésorerie de l’entreprise. Vous pouvez formuler les meilleures lois du monde en matière de promotion de l’emploi, vous n’aurez pas d’impact -surtout sur les TPE- tant que le nœud du délai de paiement ne sera pas desserré. La trésorerie est le nerf de la guerre pour la PME et la TPE. Par ailleurs, l’entreprise ne peut ni investir, ni innover quand elle manque d’argent.

Comment fait-elle, alors, pour continuer ?
Quand vous avez un problème de fond de roulement, pour vous financer, vous vous rendez chez votre banquier. Mais une TPE qui n’a pas de garantie se voit facilement refuser sa demande de crédit ou de facilité. Lorsqu’on a posé la question aux banques, ces dernières nous ont répondu que leur rôle ne consistait pas à financer les retards de paiement. De l’autre côté, l’entreprise a la possibilité de se financer sur fonds propres. Toutefois, dans ce cas, si vous n’avez pas d’argent à apporter, votre entreprise périclitera. C’est pour cela que l’on a vu les défaillances d’entreprises augmenter de manière exponentielle ces dernières années.

Il y a récemment eu le lancement de l’Observatoire des délais de paiement. Que peut-il proposer  pour renverser la vapeur ?
Le rôle de l’observatoire n’est pas d’apporter des solutions, mais d’analyser et de faire des études. Aujourd’hui, on a une loi 49.15 qui est inapplicable car il manque des décrets d’application concernant des points importants comme les pénalités de retard, les délais dérogatoires pour des entreprises ou des secteurs en difficulté, ou encore les délais dérogatoires pour les entreprises qui ont des business plans différents et des délais plus longs que la normale. S’ajoute à cela le fait que l’ancienne loi, qui date de 2011, n’a jamais été réellement appliquée. C’est le gouvernement qui doit faire avancer ces dossiers-là.

Concrètement, comment éviter que le gap ne se creuse pas davantage ?
Il y a deux manières d’améliorer les choses. Il faut sanctionner d’un côté, mais aussi inciter de l’autre. Mais surtout, il faut un arbitre qui puisse rendre justice à la PME/TPE face aux grandes entreprises. En France par exemple, il y a la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes qui fait appliquer la loi auprès des grandes entreprises avec des amendes qui vont jusqu’à 2 millions d’euros. Maintenant, il faut avoir la volonté de faire bouger les choses.

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