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Abdellah El Fergui : “Il faut s’occuper d’urgence des TPE-PME”

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Abdellah El Fergui.
Président de la Confédération marocaine des TPE-PME

La Confédération marocaine des TPE-PME nourrit l’espoir d’un retour à une activité normale en espérant récupérer les 15 mois perdus depuis mars 2020. Pour l’organisation dirigée par Abdellah El Fergui, le contexte risque d’amplifier la situation déjà catastrophique des TPE-PME durant les prochaines semaines.


Au lieu d’opter pour un allègement des contraintes imposées aux entreprises dans la lutte contre la propagation de la Covid-19, comme souhaité par votre Confédération, le gouvernement s’oriente vers une stratégie basée sur la prudence, voire attentiste. Que pensez-vous de cette orientation ?
La prudence et l’attentisme ne vont pas sauver des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, qui vont perdre leur emploi et leurs entreprises. Il faut agir en conséquence. Lorsqu’on voit que la pandémie de la Covid-19 est très stable et en diminution de jour en jour, qu’on réalise zéro cas de décès dans tout le pays et qu’il y a des régions où nous avons zéro cas de Covid-19, il faut s’occuper d’urgence des TPE-PME qui sont très malades, voire comateuses, et qu’il faut réanimer. C’est-à-dire les aider en allégeant d’abord leurs souffrances et en leur donnant plus de chance pour qu’ elles survivent.

Vous faites état de tentatives d’exclusion de la Confédération marocaine des TPE-PME des différentes instances décisionnelles, allusion faite à l’Observatoire marocain des TPME, à l’Observatoire des délais de paiement, au Comité national de l’environnement des affaires, au Conseil économique, social et environnemental… A cela s’ajoute le fait de n’avoir aucune réponse de vos appels au gouvernement. Qu’en est-il ?
La Confédération marocaine des TPE-PME a commencé à déranger en publiant des vrais chiffres et états des lieux des TPE-PME et leurs vrais problèmes. Lorsque l’Observatoire des délais de paiement a récemment publié que la moyenne des délais de paiement pour les établissements et entreprises publics est de 35 jours, alors que dans notre confédération, certains cas dépassent plusieurs mois, cela dérange la politique du gouvernement. La volonté est là, mais les mesures sont très soft. Il n’y a pas de vrais décisions qui toucheront les entreprises de l’Etat et les grandes entreprises qui se financent grâce à ce retard de paiement lorsqu’on sait que le déficit inter-entreprises a dépassé les 400 milliards DH. Les autres administrations et établissements ne veulent pas que notre voix soit écoutée dans leurs conseils d’administration, où elles élaborent les politiques et les stratégies envers les TPE-PME mais sans les TPE-PME.

Au-delà de la révision de l’heure de fermeture des locaux, que vous souhaitez voir passer de 20h à 23h, voire minuit, vous avez récemment appelé le gouvernement à prévoir pour les déplacements professionnels inter-villes l’attestation délivrée par les entreprises uniquement et non celle des autorités locales. Avez-vous d’autres propositions allant dans ce sens ?
Oui, nous avons demandé en urgence à ce que la fermeture des locaux à 20h soit repoussée à 23h ou minuit pour donner plus de chance aux TPE-PME d’exécuter leur travail qui est parfois loin de leur lieu de résidence. Il s’agit, aussi, de permettre aux marchands, cafés, restaurant, boutiques, etc. de rester ouverts la nuit, d’abord pour rattraper les jours et les mois perdus où ils ne vendaient quasiment pas et, également, pour que les chefs de TPE-PME qui travaillaient toute la journée aient le temps de s’approvisionner le soir et puissent prendre un peu de repos avec leurs familles dans les cafés et restaurants. Cela pourrait créer une ambiance conviviale et un climat de relance. Nous avons demandé aussi en urgence d’éliminer l’attestation du pacha pour se déplacer entres les villes pour les TPE-PME qui s’approvisionnent entre les villes, pour se contenter des attestations délivrées par l’entreprise. Ceci encouragerait les TPE-PME à se déplacer pour chercher des commandes et s’approvisionner et à gagner plus du temps dans leur travail au lieu de le perdre à faire la queue dans les services administratifs, pour recevoir cette attestation de déplacement. Les notaires et les patrons des grandes entreprises ont reçu ces attestations valables pour tout le Maroc et pendant toute l’année, mais lorsqu’il s’agit des TPE-PME, cela devient impossible. Ce sont là les mesures à prendre en urgence pour l’allègement des mesures restrictives mais nous avons d’autres mesures pour reprendre nos activités touchées par cet arrêt et attaquer une vraie relance.

La Confédération des TPE-PME explique que des décisions gouvernementales relatives à l’allègement des mesures restrictives étaient attendues juste après le ramadan, mais rien n’a encore été fait. Si vous aviez à proposer un calendrier de retour progressif à la normale et de relance, quels en seraient les contours ?
Nous avons attendu que le gouvernement prenne des décisions relatives à l’allègement des mesures restrictives juste après le ramadan, mais rien n’a été fait jusqu’à présent. Le gouvernement doit préparer, avec nous, une vraie relance car c’est la haute saison pour les TPE-PME, et ce, dans différents secteurs. Après le long arrêt, parfois total, pour nombre d’activités, il est temps d’alléger les restrictions et d’augmenter l’octroi des bons de commandes publiques surtout pour les TPE. Je souhaite que, cette année, nos Marocains résidant à l’étranger puissent regagner leur pays après deux années d’absence, au moins. Tout cela bénéficierait aux TPE-PME, à condition que les mesures d’encouragement étatiques suivent, à savoir l’accès au financement, à la commande publique et au foncier. 

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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