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Événements d’Al Hoceïma : Ce qu’en pense El Omari

Pour le président de la région, Tanger-Tétouan-Al Hoceima a souffert d’une politique de procrastination qui s’est répercutée négativement sur la confiance des citoyens.


Sans fioritures, Ilyas El Omari a livré le fond de sa pensée et son ressenti sur les événements préoccupants que connaît Al Hoceïma. Le président (PAM) de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma qui a été l’invité de l’émission «Fi Assamim», diffusée par Horizons TV n’a pas déçu dans la mesure où il n’a pas été langue de bois sur un sujet aussi sensible. Interrogé sur son déplacement à Washington qui a coïncidé avec l’éclatement des confrontations, il  explique  qu’il n’a jamais coupé le contact avec ce qui se passait sur le terrain…Et de préciser que sa présence physique en tant que président de région n’est pas obligatoire était donné qu’il s’agit d’une institution qui ne dépend pas d’une seule personne pour fonctionner. En tout cas, un déplacement de cinq jours ne peut être interprété autrement que par les exigences d’agenda, surtout quand les partenaires sont  Américains.

Projets non réalisés
El Omari ne lâche pas le morceau à propos du glissement que connaît la situation dans la ville de Nasser Zefzafi, lui qui affirme avoir tiré la sonnette d’alarme juste après la mort tragique de Mohcine Fikri. «Pendant trois heures, j’ai contacté tous les ministères concernés, sans avoir de réponse, ce qui m’a ensuite poussé à m’adresser au chef du gouvernement», souligne-t-il. Sauf que ce dernier lui aurait signifié qu’il n’avait pas le droit de lui envoyer un courrier à propos du décès de Fikri étant donné que l’affaire était entre les mains de la justice.

El Omari disait à l’époque que si le gouvernement n’entamait pas des mesures d’urgence pas seulement pour le Rif, on allait droit dans le mur et puisque la région attend toujours le transfert des prérogatives, qui souffre de procrastination, et en l’absence de moyens financiers conséquents, la marge de manœuvre est très petite, mais l’invité d’Horizons TV affirme avoir pris contact avec les protestataires, les associations d’habitants et celle qui représente 1.600 lauréats de l’université. Il a ensuite proposé au gouvernement d’organiser des concours régionaux pour pourvoir les postes budgétaires vacants au sein des ministères. Toutefois, El Omari se plaint de la lourdeur qui caractérise la mise en place des projets ayant fait l’objet de conventions signées avec la région et a cité deux exemples. Le premier concerne la livraison d’un scanner à l’hôpital d’oncologie, pourtant acheté par la région et non livré. Le ministère de la Santé aurait rendu l’argent arguant de l’existence de procédures complexes au grand étonnement des responsables de la région.

Le ministère de l’Enseignement supérieur aura aussi promis une université à Al Hoceïma (75 MDH par la région et 64 MDH du ministère) mais qui n’a pas vu le jour. Plus encore, les projets signés en octobre 2015 devant le roi n’ont pas été lancés par le gouvernement arguant d’une année électorale.

Gouffre économique
Ce qui n’a pas été pour arranger les choses provoquant l’ire des autochtones qui nourrissaient beaucoup d’espoir dans ces projets structurants et leur impact sur le développement et l’emploi. «Si le gouvernement avait bougé juste après le drame de Fikri, on n’en serait pas là aujourd’hui», distille le responsable car seuls les budgets transférés de l’État sont à même de changer la donne en l’absence de moyens et de ressources pour les communes de la région dont 23 sont gérées par le PAM, lesquelles ne disposent que d’1 million de dirhams de budget de fonctionnement chacune. De quoi payer les salaires et quelques bricoles ici et là.

Cette situation caractérisée par l’incapacité d’agir face au gouffre économique de la région, a poussé les 23 présidents de communes PAM de préparer leurs démissions. Ils y étaient acculés également par les propos de l’ex-chef du gouvernement qui avait déclaré que les communes n’ont pas fait leur part du travail pour améliorer le vécu des habitants. Il a fallu que certains ministres entrent en ligne pour les en dissuader. Aujourd’hui encore, ajoute El Omari, ces présidents des 23 communes gérées par le parti brandissent la menace de démissionner car la situation n’est pas reluisante : 50% des habitants de Chaouen par exemple n’ont pas accès à l’eau potable, 52% sont analphabètes et 90%, selon notre invité, sont au chômage. Idem à Ouazzane et la situation n’est pas meilleure à Al Hoceïma.


El Omari veut recruter des médecins cubains

Pour désamorcer ce qu’El Omari qualifie de bombe à retardement, il insiste sur les vertus du dialogue. Il regrette que jusqu’à ce jour, le gouvernement, les syndicats, les ONG, le CNDH et les institutions de médiation ne se soient pas mis autour de la même table pour réfléchir ensemble sur les meilleurs issues. Pour lui, il faut rétablir la confiance bâtie entre 2000 et 2007 avec le citoyen mais qui a depuis été sérieusement entamée. Et surtout en finir avec la politique des communiqués érigée en arme fatale. Après un an et demi à la tête de la région Tanger-Tétouan-El Hoceïma, El Omari reconsidère les exigences d’une réelle justice spatiale à même de rétablir l’équilibre entre les constituantes de la région. Encore une fois, beaucoup de temps a été perdu dans l’attente du décret du plan de développement régional qui vient d’être adopté comme c’est le cas pour l’ensemble des régions du pays. Et c’est à partir de là que le vrai travail peut commencer.

El Omari pense notamment au microcrédit sans intérêt pour aider à lauto-emploi surtout des femmes. Il pense également au lancement de 400 km de routes et last but not least à remédier au déficit en ressources humaines dans la santé. Il a proposé au ministre de la Santé de faire appel à des médecins cubains pour leur capacité à travailler dans les zones montagneuses et pour des raisons de langue aussi. Il attend toujours la réponse du ministre…

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