Maroc

Tunnel Maroc-Espagne: Rabat et Madrid dépoussièrent le projet

Le Maroc et l’Espagne examinent les moyens d’insuffler une nouvelle vie au projet de liaison fixe via le détroit de Gibraltar. Un projet aussi ambitieux que chimérique, du moins pour le moment.

Le Maroc et l’Espagne dépoussièrent le projet de liaison fixe entre les deux pays. À ce propos, une réunion a été tenue cette semaine entre le ministre de l’Équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, Abdelkader Amara, et son homologue espagnol en charge des Transports, de la mobilité et de l’agenda urbain, José Luis Abalos.


Cette réunion télématique avait pour objectif de «redynamiser le projet de liaison fixe par le Détroit de Gibraltar en convoquant une nouvelle réunion mixte intergouvernementale». En effet, la dernière rencontre du genre remonte à 2009. «Il s’agit d’un projet structurant pour les années à venir et d’un chantier stratégique» qui permet non seulement de relier deux pays, mais aussi deux continents, a souligné le responsable marocain. Globalement, il s’agit d’un projet prometteur à tous les niveaux, mais ce n’est pas la première fois que les deux pays affichent leur ferme volonté de concrétiser cet ambitieux projet. Et entre la volonté et la promesse, des décennies sont déjà passées. De fait, les prémices de ce projet remontent au siècle passé. Les premières ébauches de construction d’un trait d’union entre les deux continents, séparés d’à peine 14 km, date de 1908.

Certes, ses retombées seraient considérables, mais il est sûr qu’un chantier de cette envergure nécessite la conjugaison des efforts des pays de l’Europe occidentale, ou plus précisément de l’Union européenne. Car, outre les contraintes techniques liées à la formation géologique sous-marines, il est nécessaire de définir, de prime abord, la forme du projet et son cadre financier. Malheureusement, conjoncture économique mondiale oblige, l’heure n’est pas à ce genre de chantier budgétivore. Outre ce projet pharaonique, les deux parties ont abordé des sujets relatifs au secteur ferroviaire à travers le renforcement de la coopération au niveau de la ligne à grande vitesse (LGV) Marrakech-Tanger. Il faut dire que l’Espagne a toujours eu des vues sur ce grand chantier. Évincée au profit de la France lors de l’attribution de la première tranche, le pays voisin nourrit l’ambition de voir son rêve se réaliser.

Ayant le plus long réseau ferroviaire en Europe, l’Espagne s’estime légitime, concernant l’attribution de ce méga projet. Ceci, d’autant plus que l’expérience ibérique dans la construction d’une ligne à grande vitesse entre les villes saintes, un chantier de 6,7 milliards d’euros mené par le consortium Renfe-Talgo-Adif lui a donné l’assurance qui lui faisait défaut pour prétendre à pareils marchés. Il était question aussi, entre les deux ministres, du développement de la coopération au niveau des ports.

À ce stade, les deux établissements de référence, à savoir le port Tanger Med et son voisin d’Algésiras, entretiennent depuis des années déjà des liens assez solides. Contre toute attente, et malgré la rivalité qui pourrait naître entre ces deux géants -somme toute normale- les deux terminaux ont réussi à mettre en place un modèle de coopération impeccable. L’Espagne serait toutefois intéressée par le renforcement des liaisons de fret au départ du reste des établissements portuaires marocains, et à destination des ports espagnols régionaux, qui cherchent à se faire une place sur la carte des connexions maritimes commerciales maroco-espagnoles. Il est à rappeler que le gouvernement espagnol avait placé le Maroc au centre de son action diplomatique durant la période 2020-2024, qui correspond à son mandat.

De même, l’exécutif espagnol avait annoncé son intention de donner la priorité aux projets de coopération énergétique entre les deux rives, au détriment du reste des chantiers menés avec les pays voisins européens comme la France ou le Portugal. Ce que l’on peut retenir de cette réunion, c’est la référence faite à la prochaine réunion mixte de haut niveau. La rencontre qui devait avoir lieu en décembre dernier, comme l’avait annoncé le chef de gouvernement marocain, a été reportée sine die. De plus, si elle avait été reprogrammée en février, elle ne serait plus à l’ordre du jour, alors que les dossiers cruciaux s’entassent. Or, la rédaction d’un projet de mémorandum d’entente de coopération entre les deux parties pourrait être interprétée comme un signe de l’imminente tenue de la réunion. Le derrière remonte en effet à 2015.

Amal Baba Ali,  DNC à Séville / Les Inspirations Éco

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