Maroc

Textile & habillement : les vecteurs de gains de compétitivité

Comment relever les défis de l’investissement dans la recherche et le développement (R&D), la production écologique, ou encore la traçabilité  des produits du secteur textile et habillement ? Quelles sont les pistes d’amélioration susceptibles d’améliorer la compétitivité des opérateurs marocains face à leurs concurrents asiatiques ? Les recommandations  d’un économiste.

Le secteur textile national se trouve actuellement dans une situation de compétitivité difficile. Pour l’améliorer, Nabil Boubrahimi, professeur d’économie à l’UIT Kénitra, spécialiste en commerce international et fin connaisseur du sujet, souligne qu’il est nécessaire de sortir de la partie creuse de la chaîne de production, c’est-à-dire de ne pas se limiter à la confection et au tissage, mais d’intégrer la conception, la distribution et la co-traitance. Bien évidemment, cela implique de prendre des risques et de monter en gamme.

«Pour la survie de ce qui reste de ce secteur, il faut oser et ne pas laisser de marge !». Certes, la conjoncture est un peu compliquée pour conseiller aux entreprises de textile de prendre des risques, mais il faudrait déjà profiter de la préférence nationale, améliorer la qualité du produit ainsi que l’ergonomie des showrooms où sont commercialisés les produits marocains. Les entreprises nationales doivent profiter des programmes gouvernementaux pour satisfaire les normes de l’Union européenne, leur principal client. «La bataille du commerce international, dans les années à venir, va se jouer sur les normes», souligne le spécialiste en commerce international.

Le rôle crucial des consortiums
Investir dans la recherche et le développement (R&D) et la production écologique tout en assurant la traçabilité des produits, autant de projets structurants qui vont nécessiter des sommes d’argent importantes. Pour Boubrahimi, soit ils vont être supportés par de grandes entreprises, soit par des consortiums qui peuvent mutualiser les coûts de la digitalisation et de la protection de l’environnement tout en investissant dans des machines respectueuses de l’environnement.

«À mon avis, cette culture de consortium est fondamentale pour des domaines qu’on peut prioriser pour certains marchés où la commande est disponible. Donc, il ne faut pas se focaliser uniquement sur le marché espagnol et surtout Inditex. Je pense qu’il ne faut pas concentrer 60 à 70% de la production sur des low-costs de textile. Il faut prospecter d’autres marques, diversifier, cibler de nouveaux marchés, notamment anglais et allemand. Il faut essayer d’investir ces marchés avec de la prospection, des campagnes de sensibilisation sur ce qu’on peut leur offrir. Il y a lieu aussi de travailler avec les laboratoires de conseil privés pour les questions de tests et de préparer à l’avance une offre pour un ensemble d’entreprises qui peuvent revenir à des groupements, des consortiums d’entreprises, qui sont prêts à avancer rapidement sur les questions de normes et de qualité», explique-t-il.

L’économiste recommande aussi que l’État prenne en charge les surfaces de vente, comme il l’a fait pour les produits de terroir. Selon lui, le textile marocain doit remplir les grandes surfaces nationales en premier lieu. Il doit aussi être présent dans les surfaces turques, bien sûr en trouvant des compromis.

Sortir de sa zone de confort !
«Bien que la question du prix se pose avec acuité dans le secteur tel qu’il est configuré aujourd’hui, il est fortement recommandé aux textiliens marocains de jouer sur le couple prix-qualité. Il ne faut pas oublier non plus la question de la digitalisation, parce qu’aujourd’hui, les donneurs d’ordres demandent à pouvoir suivre la chaîne de production de leurs produits à distance». L’enjeu est d’en maîtriser la traçabilité. Tout ceci pour illustrer le fait que la bataille du commerce international est de plus en plus féroce, et le secteur textile n’échappe pas à cette tendance.

Pour améliorer la compétitivité du textile marocain, il est nécessaire de sortir de la partie «creuse» de la chaîne de valeur, où la seule activité est la confection. Il est vital de passer à la conception, la distribution et la co-traitance, c’est-à-dire de prendre quelques risques.

Pour l’économiste, les entreprises turques sont un modèle à suivre, car elles maîtrisent toute la chaîne de valeur. Il est également important de noter que les fluctuations des devises ont un impact important sur la compétitivité du secteur dans sa configuration actuelle. La confection est égale à la compétitivité prix ! Qui dit coût dit devise. Sachant que dans cette activité, le coût unitaire de la minute de production est une variable essentielle utilisée pour évaluer la productivité et la compétitivité, il va de soi que la devise joue un rôle déterminant. À titre d’exemple, l’appréciation du dirham face à la livre anglaise a conduit, il y a quelque temps de cela, à la perte du marché anglais. En la matière, la Turquie, qui a des coûts de production très bas en raison de sa devise et de ses intrants, est un concurrent difficile à battre. Il faut noter que la conjoncture actuelle rend ces actions difficiles à mettre en place, mais il est vital de ne pas laisser de marge pour permettre au secteur textile marocain de survivre.

Quelques recommandations

Sur le marché international, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le respect des normes (notamment environnementales, de qualité, de traçabilité et d’étiquetage), la qualité de l’emballage, celle du tissu, la finition… sont exigés par les donneurs d’ordres.
Pour Nabil Boubrahimi, il faut absolument s’organiser pour que la question environnementale devienne une exigence de production chez les entreprises marocaines. Celles qui font de l’export n’ont pas le choix, si elles veulent maintenir et augmenter leurs parts de marché sur le marché européen, et pourquoi ne pas remplacer les entreprises asiatiques, qui peuvent ne pas être en mesure de répondre aux normes environnementales ? On peut considérer que cela peut être un avantage comparatif pour le Maroc, parce que depuis des années, le Bangladesh, le Vietnam et le Myanmar sont très compétitifs en termes de prix. Mais pas autant sur le plan de la traçabilité, du respect du salaire minimum ou des droits de l’Homme. Nous devons profiter de la dynamique qui a été enclenchée par les stratégies nationales et les programmes du ministère de l’Industrie, s’ils sont bien mis en œuvre, appliqués et s’il y a une coordination entre l’AMITH, le ministère et tous les acteurs qui militent pour l’export.
Dans les années à venir, on peut gagner et bâtir une industrie textile protectrice de l’environnement, capable de répondre aux exigences et besoins du client et consommateur européen, de plus en plus exigeant en matière environnementale.

 

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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