Maroc

Sebta-Melilia: comment en finir avec le commerce informel ?

Le Conseil économique, social et environnemental estime que l’ère de la contrebande est révolue. Dans son rapport annuel, l’institution dresse une stratégie pointue, en mesure de créer de l’emploi et d’assurer le développement des régions autour des deux enclaves.

Le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) dissipe tous les doutes sur l’éventuel retour du trafic informel autour des passages frontaliers de Sebta et Melilia, des zones qu’il qualifie de points noirs.


Dans ce document, l’organe consultatif a consacré un «focus thématique» à cette question avant de livrer ses conclusions et recommandations. En somme, le rapport fait office de feuille de route minutieusement documentée sur les prochaines étapes à suivre pour mettre un terme définitif à ce «trafic fortement organisé et structuré, dont seule une partie est apparente», souligne le document. «La question n’est plus de savoir si le Maroc doit fermer ces points de passage ou pas, mais plutôt comment développer les régions frontalières concernées et offrir une source de revenus alternative et viable aux populations locales». La messe est dite ! À relever que même le CESE a été pris de court et a avoué que, durant les auditions qu’il a tenues avec les pouvoirs publics marocains autour de ce dossier, rien ne laissait entrevoir l’interdiction imminente de ce commerce, confessent les rédacteurs du rapport. La Covid-19 aurait-elle sonné le glas de cette activité ? Tout porte à le croire. Tout en rappelant que l’arrêt du trafic informel entre les deux présides et ses régions avoisinantes est une décision souveraine et nécessaire, le rapport du conseil estime que cette mesure devra être accompagnée d’une stratégie de développement intégrée.

À cet effet, les conclusions du rapport annuel du CESE proposent une panoplie de recommandations, dont certaines sont déjà mises en œuvre. Il s’agit, par exemple, de la création de la zone d’activité économique à Fnideq. Ce projet mené par TMSA devrait fournir une alternative au commerce transfrontalier à travers la création d’emploi, talon d’Achille de cette région, qui est un grand réservoir de main-d’œuvre pour le commerce informel. Il est question, estime le CESE de reconstruire la vocation économique des zones autour des deux présides. À ce titre, l’on préconise la mise en place «d’un corridor industriel» qui traverse la bande méditerranéenne du royaume, sur l’axe logistique partant de Tanger Med à Nador West Med.

De plus, le CESE recommande l’adoption, dans cette région, d’un régime fiscal et foncier attractif à l’investissement. Outre le volet économique, le CESE attire l’attention sur l’importance de développer l’offre touristique des régions limitrophes à Sebta et Melilia, «à travers une offre d’hébergement rénovée et surtout diversifiée, adaptée à toutes les bourses, surtout la classe moyenne». Sur le volet des loisirs, le CESE préconise la création de «Villages Outlets», organisés avec des espaces de loisirs et de shopping «lesquels offrent des produits nationaux et des produits importés légalement à des prix attractifs». Voilà ce qui devrait mettre hors d’eux les dirigeants des deux enclaves. En examinant les déclarations des responsables politiques et autorités économiques, ainsi que des opérateurs des présides, il apparaît que l’objectif premier des deux enclaves est que cette région du Maroc reste à la traîne. Ces tensions ne sont pas sans rappeler le ressenti des Espagnols quand le Maroc avait annoncé le lancement des travaux du méga-projet de Tanger Med. La structure portuaire marocaine inquiétait au plus haut niveau l’autorité portuaire d’Algésiras. Fait, somme toute, normal puisque le terminal portuaire andalou régnait en maître sur le trafic dans le détroit de Gibraltar et scrutait avec une jalousie teintée de méfiance ce nouvel arrivant. Des années plus tard, les deux entités affichent une complicité sans faille et ont su entretenir d’excellentes relations de coopération. De l’autre côté de la frontière, l’on n’arrive toujours pas à admettre la fin cette activité qui apportait son lot de désolation et de scènes dégradantes, sans mentionner les pertes colossales infligées au tissu économique et à la trésorerie nationale.

Toutefois, certaines voix commencent à se projeter dans cette nouvelle ère sans commerce informel. Mais comment rétablir les équilibres d’avant la crise en l’absence de ce dernier ? C’est la question qui préoccupe les autorités de Sebta et Melilia et à laquelle s’attèlent des experts de tous bords. C’est le cas par exemple du rapport publié récemment par Kissy Chandiramani Ramesh, conseillère en charge de l’Économie, du trésor public, de l’administration publique et de l’emploi au sein du gouvernement régional de Sebta, et Jaime Bustillo Galvez, économiste et ex-conseiller régional à Sebta. Le document a relevé que les importations de Sebta avaient chuté de 44,3% durant le premier trimestre 2020, en comparaison avec la même période de l’exercice précédent.

«L’incertitude concernera 40,5% des importations, si le Maroc persiste quant à l’imperméabilité de la frontière», souligne l’analyse qui admet à contre-cœur la part inestimable de ce commerce dans l’économie des deux enclaves. Toutefois, toutes les alternatives proposées exigent de piocher dans les caisses de l’État espagnol. Ce qui complique davantage la situation pour les enclaves, en cette période de récession économique. 

Amal Baba Ali, DNC à Séville / Les Inspirations Éco

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