Maroc

Sebta/frontières : Les porteuses indésirables pendant les soldes

Les autorités de Sebta pensent à la mise en place, de manière fréquente, de périodes d’interdiction de passage des porteurs à Bab Sebta pour fluidifier le transit des touristes marocains. Une mesure qui n’offre aucune alternative aux «femmes-mulets».


Les autorités de Sebta veulent réglementer le passage des porteurs marocains au poste-frontière de Bab Sebta. Après avoir constaté une forte affluence de touristes marocains suite à la mise en place d’une période d’interdiction du transit des porteurs, les autorités de la ville veulent instaurer, plus fréquemment, ces périodes de repos technique imposé! De fait, les autorités marocaines et sebties se sont mises d’accord sur la suspension des activités des femmes-mulets du 31 décembre au 11 janvier. Durant cette période, les professionnels du secteur du tourisme et les pouvoirs publics ont relevé que la décongestion du trafic, suite à l’absence des porteurs, a revigoré le rythme des visites effectuées par les touristes marocains.

En effet, et selon plusieurs enquêtes menées par le département de tutelle, les Marocains en visite à l’enclave, pour faire des emplettes, se sont toujours plaints de la congestion du trafic avant de franchir la frontière. La fluidité du passage à Bab Sebta et ses conséquences sur le secteur du tourisme local a donné des idées aux pouvoirs publics de Sebta. Celles-ci seraient tentées par la mise en place de «couvre-feu» temporaires à l’adresse des porteurs, spécialement lors des périodes de fêtes ou des jours fériés. Mais quelles alternatives offrent les deux autorités à ces milliers d’«esclaves» des temps modernes quand leur principale source de revenus est mise en veilleuse? Aucune, dénonce l’Association pro-droits humains d’Andalousie (APDHA). Contacté par les ÉCO, Amin Souissi, militant au sein de cette association, regrette que ces mesures veillent seulement aux intérêts des secteurs liés au commerce et au tourisme.

«Au lieu de se pencher sur les moyens de mettre en place une frontière équitable, respectant les droits de ces femmes et hommes qui gagnent leur vie en transportant des fardeaux en franchissant cette frontière, l’on pense aux mesures drastiques, à savoir l’interdiction du passage, pour que certains passent des vacances agréables et puissent faire les magasins en toute quiétude», s’indigne Souissi. Pour cette ONG qui mène le combat pour ces laissés-pour-compte, ces femmes et hommes sont les pourvoyeurs de plusieurs milliers de familles marocaines. Les priver de leur principal gagne-pain est une bombe à retardement sociale qu’aucun gouvernement marocain n’a eu le courage d’examiner de près. «Plusieurs femmes-mulets devraient cesser, sous peu, cette activité car leur âge et physique ne leur permettent plus de l’exercer. Mais quel avenir les attend, sans couverture sociale ni pension de retraite?», s’interroge ce fervent défenseur de la cause des porteurs. APDHA incite les deux gouvernements, marocain et sebti, à se pencher sérieusement sur cette question.

«Aujourd’hui, les recettes des touristes marocains sont plus importantes que celles générées par le commerce de la contrebande, d’où l’idée de veiller au confort des amateurs de soldes et de shopping de la classe moyenne marocaine». Pour Souissi, il est urgent de réfléchir à des solutions à long terme et non à des solutions «de rafistolage». L’ONG andalouse accuse le gouvernement marocain mais aussi les partis politiques de gauche de Sebta. «Au lieu de débattre du respect des droits humains de cette catégorie de personnes, les sessions parlementaires se concentrent sur la fluidité de passage des véhicules et sur le touriste des deux côtés de la frontière», se lamente Souissi. 


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