Maroc

Sauvegarde de la Samir: « Les partis politiques doivent assumer leur responsabilité »

Entretien avec Mohammed Benmoussa. Vice-président du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole

Quel regard portez-vous sur les propositions de loi déposées au Parlement pour le transfert des actifs de la Samir à l’État et la régulation des prix des carburants ?
Mon avis ne peut être que favorable et positif, car ces deux textes rejoignent la position du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole. Notre association a mis en place un certain nombre d’actions depuis juillet 2018 pour traiter les deux grandes problématiques que connaît notre pays en matière d’énergie fossile : l’arrêt brutal du raffinage pétrolier à travers la mise en faillite de la Samir et une gestion chaotique du secteur des hydrocarbures sur le marché national. Les carburants liquides ont littéralement flambé, au lendemain de la libéralisation du marché. Depuis juillet 2018, nous avons mis en place un certain nombre d’actions et de dispositifs, à commencer par un rapport détaillé qui explique la genèse de la problématique de la Samir, l’origine des dysfonctionnements, les différentes responsabilités directes et indirectes… Nous avons également engagé un plan d’actions de plaidoyer pour sensibiliser l’ensemble des décideurs de ce pays en vue de trouver une solution favorable par le haut.


Comment expliquez-vous que vos actions n’aient pas trouvé un écho favorable auprès des décideurs ?
Le gouvernement est resté sourd à toutes ces tentatives et à toutes ces actions de sensibilisation. Après trois années de plaidoyer, rien ne bouge. Les actifs de la Samir sont en train de dépérir et le personnel est en train de quitter le navire. L’industrie a été mise à mort alors que l’on parle dans le contexte du post-covid-19 de la nécessité d’autonomisation et d’indépendance du pays, y compris au niveau énergétique. D’une part, on est en train de laisser cette entreprise dépérir, et d’autre part, le secteur continue de connaître des prix exorbitants avec des profits immoraux pour les distributeurs qui ont un positionnement plus au moins oligopolistiques sur le marché de la distribution des hydrocarbures. La décision du Conseil de la concurrence sur la plainte au sujet de soupçon d’entente illicite sur les prix des hydrocarbures est très attendue. Laquelle est sujette au rapport de la commission décidée au niveau du cabinet royal. On dit que la Samir est entre les mains de la justice. Or, la justice a dit son dernier mort et on est à la phase de l’exécution. Sur les 25 offres qui ont été proposées, cinq étaient sérieuses. Mais il était impossible de procéder à l’achat à deux milliards de dollars sans avoir un certain nombre d’éléments d’information, voire de garanties sur l’avenir des énergies fossiles au Maroc. Il faut dire que sur cette question, le président du Tribunal de commerce de Casablanca est dans l’incapacité d’apporter des éléments de réponse. Seul le gouvernement peut apporter des réponses en ayant une vision stratégique et une volonté de mettre en œuvre un certain nombre de dispositifs, de réglementations de choix de politique publique.

Quelles sont vos attentes quant aux deux propositions de loi ?
Le Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole considère que le pouvoir exécutif était dans l’échec total en matière de gestion de ce double dossier. Fort heureusement, la Constitution trace une répartition des rôles. Un autre pouvoir peut donc agir, en l’occurrence le législatif. D’où le travail que nous avons mené auprès de l’ensemble des organisations politiques pour cautionner et encourager ces deux propositions de loi. La première porte sur le transfert des actifs de la Samir à l’État sachant que celui-ci est le principal créancier, à travers notamment l’administration de la douane. La deuxième vise une régulation des prix des hydrocarbures à cause de l’échec total en la matière.

La cession des actifs de la Samir à l’État est-elle la seule solution aujourd’hui ?
Nous avons parlé d’autres solutions dans notre rapport dès juillet 2018. Il s’agit, par exemple, de la création d’une société à capital mixte avec l’État et un certain nombre d’investisseurs institutionnels et industriels privés marocains et internationaux, ou encore la transformation de la dette en participations au capital… Mais comme aucune solution n’a pu avancer, la seule option qui reste est celle du transfert des actifs à l’État et la régulation des prix.

L’expérience démontre que les propositions de loi demeurent dans les tiroirs des commissions. Qu’en pensez-vous ?
Ceci est un autre sujet. Ce n’est plus la responsabilité du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole. Chaque parti politique doit assumer ses responsabilités et se positionner par rapport à ces deux propositions de loi qui ont été portées pour le moment par trois formations : l’USFP et la CDT à la Chambre des conseillers et le PPS à la Chambre des représentants. Nous avons contacté toutes les formations politiques. J’avoue que deux partis politiques n’ont pas répondu favorablement à notre appel.

Lesquels ?
Il s’agit du Mouvement populaire et du RNI. Le PJD a exprimé un accord de principe en se disant favorable à notre diagnostic sur la faillite de la Samir et sur la mauvaise gestion des prix des hydrocarbures, mais n’a pas affiché sa volonté d’appuyer ces deux propositions de loi. Pour leur part, l’Istiqlal et le PAM sont favorables sur le principe, mais n’ont pas pris de démarches actives au niveau du Parlement. Les autres formations politiques ont joint la parole à l’acte en proposant ces textes. Je fonde l’espoir que l’Istiqlal et le PAM qui ont exprimé leur solidarité avec ces deux dossiers prendront des initiatives politiques puissantes à l’instar des autres formations politiques.

Quelles sont vos prochaines actions ?
Nous allons essayer de convaincre l’ensemble des parties prenantes politiques et syndicales d’appuyer ces deux propositions de loi pour qu’elles puissent voir le jour et être appliquées par le gouvernement, ce que celui-ci refuse de faire depuis trois années. Les représentants du peuple peuvent forcer le gouvernement à les appliquer. Pour ce faire, il faut que les organisations politiques soient à la hauteur des enjeux et du moment historique, assument leur responsabilité et s’expriment librement sur ces deux textes. 

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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