Maroc

Santé : que faire de nos déchets médicaux ?

En théorie, la gestion des déchets médicaux est strictement encadrée au Maroc mais, dans la pratique, ce sont des tonnes de produits dangereux qui échapperaient au contrôle des sociétés en charge de leur collecte et traitement.

Près de 8.000 tonnes de déchets médicaux sont produits chaque année par les hôpitaux au Maroc. Répartis en déchets similaires aux ordures ménagères, soit entre 75 et 80 %, et en déchets dangereux, avec 10 à 25 % du volume total, ils sont essentiellement constitués de médicaments et produits chimiques et biologiques non utilisés ou périmés, d’organes et tissus humains ou animaliers, entre autres.


Des produits qui peuvent être nocifs et sont hautement contagieux pouvant infecter les humains et d’autres êtres vivants. De par leur nature dangereuse, toxique, réactive, explosive, inflammable, biologique ou bactérienne, ils constituent également un danger pour l’équilibre écologique. Pas moins de 8 sociétés sont spécialisées dans la gestion de déchets médicaux, lesquelles possèdent les autorisations nécessaires pour opérer sur tout le territoire national.

Mais la plupart d’entre elles exercent leurs activités sur l’axe Casablanca-Rabat qui regroupe la plus grande concentration d’hôpitaux au Maroc. Si ces entreprises opèrent en fonction d’un cahier des charges précis, qu’en est-il réellement du contrôle de la gestion des déchets sanitaires dans le royaume.

En théorie, la manipulation et le traitement de ces produits sont rigoureusement encadrés. La loi n°28-00 relative à la gestion des déchets et à leur élimination prévoit dans son article 29 que les déchets dangereux ne peuvent être traités, en vue de leur élimination ou de leur valorisation, que dans des installations spécialisées désignées par l’administration.

Aussi, l’article 30 précise que la collecte et le transport des déchets dangereux sont soumis à autorisation de l’administration.

De son côté, l’article 83 de la même loi prévoit la fixation, par voie réglementaire, des prescriptions techniques concernant le tri, l’emballage, la collecte, le transport, le stockage, le traitement et l’élimination des déchets. Dans les faits, nombreux sont les professionnels de santé qui font fi de la réglementation marocaine qui impose aux établissements de santé de trier et traiter leurs déchets dans des installations agréées.

Certaines cliniques gèrent leurs déchets comme si elles géraient des déchets domestiques. Il n’est pas rare de tomber sur des organes et tissus humains ou animaliers dans des poubelles à Casablanca, regrette un expert, appelant le secteur privé à prendre ses responsabilités et à gérer ses déchets selon les normes en vigueur car, dit-on, les dangers des déchets médicaux et pharmaceutiques résident dans les risques de propagation d’épidémie, à travers le toucher direct des sécrétions du malade ou des liquides issus de son corps. Et le programme s’est aggravé avec l’arrivée du Covid.

Selon un rapport de l’OMS, daté de février dernier, les dizaines de milliers de tonnes de déchets médicaux supplémentaires, liés à la riposte à la pandémie, ont mis à rude épreuve les systèmes de gestion des déchets des activités de soins partout dans le monde, menacent la santé humaine et environnementale et montrent qu’il est urgent d’améliorer les pratiques de gestion des déchets.

Les estimations figurant dans ce rapport de l’OMS, intitulé «Analyse mondiale des déchets des activités de soins dans le contexte de la Covid : état, conséquences et recommandations», sont fondées sur les quelque 87.000 tonnes d’équipements de protection individuelle (EPI) achetées entre mars 2020 et novembre 2021 et expédiées pour répondre aux besoins urgents des pays face au Covid dans le cadre d’une initiative d’urgence conjointe des Nations Unies.

Après avoir été utilisés, la plupart de ces équipements ont certainement fini au rebut. Aujourd’hui, estime l’OMS, 30 % des établissements de santé (60 % dans les pays les moins avancés) ne sont pas équipés pour gérer les quantités de déchets existantes, a fortiori les déchets supplémentaires liés à la pandémie. Cette situation expose potentiellement les soignants à des piqûres d’aiguille accidentelles, à des brûlures et à des micro-organismes pathogènes.

Elle a aussi une incidence sur les populations habitant à proximité des sites d’enfouissement et d’élimination des déchets mal gérés, en raison de la pollution de l’air due à la combustion des déchets, de la mauvaise qualité de l’eau ou de la présence de nuisibles vecteurs de maladies.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO


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