Maroc

Salma Kabbaj: “Impact Lab a accompagné 260 startups de 17 pays différents en Afrique”

Salma Kabbaj
Fondatrice d’Impact Lab

Les nouvelles technologies sont en train de transformer le secteur agro-industriel à l’échelle internationale. Impact Lab, co-initiateur, en avril dernier, de «l’AgriTech4Morocco Innovation Challenge», accompagne également les startups sur le continent. Entretien avec sa fondatrice, Salma Kabbaj, qui évoque, également, l’utilité des solutions de l’Agritech face aux défis des entreprises de l’industrie agro-alimentaire.

Vous venez de lancer «l’AgriTech4Morocco Innovation Challenge» pour répondre aux défis les plus pressants du secteur agroalimentaire marocain. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Acteurs du secteur public et privé, scientifiques, experts sectoriels, entrepreneurs, nous sommes tous alignés sur la nécessité de favoriser des liens efficaces entre la recherche pionnière, la technologie et l’entrepreneuriat afin de créer un écosystème favorable à l’innovation dans le secteur agroalimentaire. C’est dans ce contexte que le CGIAR Accelerate for Impact Platform, la Banque Mondiale et Impact Lab ont lancé, en avril dernier, «l’AgriTech4Morocco Innovation Challenge». Cette initiative a été conçue pour identifier, sélectionner et accélérer les solutions visant à répondre aux défis les plus pressants du secteur agroalimentaire marocain. Elle est soutenue par le Digital Development Partnership, administré par le Groupe de la Banque Mondiale, en partenariat avec la GIZ, le Ministère de l’Agriculture et son Pôle de l’Agriculture Digitale (PAD).

10 innovateurs ont été sélectionnés. Comment s’est déroulé le processus de sélection ?
Après un appel à candidatures qui a mobilisé 360 innovateurs de 28 pays différents, une vingtaine de projets ont été invités à participer à un bootcamp intensif qui a eu lieu au Qualipôle Alimentaire de Meknès en mai dernier, et a permis de sélectionner les 10 innovations qui participent au programme d’accélération qui se déroule actuellement. Les participants à ce programme bénéficient d’un soutien opérationnel et de connexions pour consolider, tester et faire évoluer leurs solutions d’un point de vue business, technologique et scientifique. Ils sont, également, mis en relation avec des partenaires potentiels pour conduire des expérimentations qui pourront aboutir à des contractualisations.

Est-ce que le programme a permis d’identifier des innovations qui répondent aux enjeux de digitalisation de l’agro-industrie ?
Absolument ! Je peux citer la jeune entreprise marocaine «Fila7a.com», qui propose aux agriculteurs une plateforme digitale leur permettant de vendre leurs produits à une audience plus large, tout en réduisant les coûts d’intermédiaires, en augmentant leur pouvoir de négociation et en stimulant la transparence des prix. Je peux également citer la startup ivoirienne «Agricapture», qui connecte les consommateurs conscients aux agriculteurs et aux lieux où les cultures sont produites, assurant traçabilité et transparence. «Agricapture» utilise une combinaison de smartphones, de balances numériques, de QR codes et de paiements mobiles pour garantir que le traitement des matières premières est entièrement traçable et précis. Ces solutions innovantes ont déjà trouvé leur place dans la chaîne de valeur agro-industrielle.

En quoi l’Agritech peut-elle résoudre les problématiques des entreprises agroalimentaires ?
Les nouvelles technologies sont en train de transformer le secteur agro-industriel à l’échelle internationale. Grâce à l’IoT, l’imagerie satellite ou l’intelligence artificielle, les exploitants agricoles sont, aujourd’hui, en mesure de collecter de la donnée cruciale en temps réel, leur permettant de choisir les semences les plus adaptées à leurs fermes, d’optimiser l’utilisation de l’eau ou des engrais, ou d’identifier rapidement une maladie qui s’attaque à leurs plantations. La robotique permet d’automatiser certains processus tels que le semis ou la taille des arbres, avec un impact significatif en termes d’efficacité et de précision. La blockchain permet de sécuriser la transmission d’informations tout le long de la chaîne de valeur agricole, de la fourche à la fourchette, fluidifiant ainsi les interactions entre les acteurs et offrant au consommateur final une transparence totale sur l’origine des produits consommés. Les applications des nouvelles technologies au secteur agricole sont nombreuses et extrêmement impactantes. L’enjeu, dans un pays comme le Maroc, est de les rendre accessibles en termes de prix, mais surtout d’usage, aux exploitants agricoles, et, notamment, aux petits agriculteurs dans un contexte marocain où 70% des exploitations agricoles font moins de 5 ha.

Vous vous dites convaincue que l’innovation doit se traiter à l’échelle régionale ?
Sur ces dernières années, Impact Lab a accompagné 260 startups de 17 pays différents en Afrique (Bénin, Sénégal, Côte-d’Ivoire, Ghana, …), et nous développons vraiment notre ancrage régional. Parce que nous sommes, en effet, convaincus que l’innovation doit se traiter à l’échelle régionale. Que ce soit pour les startups, qui doivent pouvoir se développer sur des marchés locaux, ou pour les entreprises, qui doivent aller chercher les solutions les plus pertinentes à leurs besoins, quel que soit leur pays d’origine. De plus en plus d’opportunités de synergies existent entre les différents marchés en Afrique, notamment dans l’AgriTech, parce que nos problématiques sont communes, notamment l’amélioration de la productivité, la gestion des ressources, l’amélioration de la chaîne de valeur et sa désintermédiation… Autant de sujets communs à de nombreux exploitants agricoles sur le continent.

Dans ce contexte, comment le Maroc peut-il se positionner ?
Chez Impact Lab, nous sommes convaincus que le Maroc a le potentiel pour se positionner en tant que hub d’innovation majeur dans le secteur agro-industriel en Afrique. Il dispose d’un pool de talents bien formés, d’instituts de recherche reconnus à l’échelle africaine et d’entreprises rayonnant sur le marché national et à l’international. À présent, il convient de capitaliser sur ces atouts et de faire converger les différentes dynamiques, tout en créant un environnement propice au développement d’un écosystème de startups agritech performantes. Il faut aussi s’assurer que l’accès à la technologie se démocratise, tant en termes de coûts que de facilités d’usage, pour toucher l’ensemble des acteurs de cet écosystème.

Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO

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