Maroc

Représentativité politique féminine : Point d’amélioration à l’horizon

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La plupart des députées sortantes de la liste nationale ne sont pas parvenues à être mandatées au niveau des circonscriptions locales. Tout porte à croire que la représentativité au sein de la chambre basse du Parlement ne connaîtra pas une avancée significative après les élections législatives du 7 octobre.

Peu de femmes des soixante parlementaires sortantes de la liste nationale sont candidates aux élections au niveau local. Pourtant, le mécanisme de discrimination positive -de par son caractère provisoire- vise à propulser les femmes bénéficiaires au-devant de la scène politique en leur permettant d’acquérir l’expérience nécessaire en vue de mener la bataille électorale sur le plan local. Certaines femmes députées ayant accédé à la chambre basse grâce au précieux sésame de la liste nationale auraient espéré être mandatées sur le plan local. Cependant, il s’avère difficile de briser le plafond de verre. «Les circonscriptions locales sont déjà titrées au nom des hommes», soulignent avec ironie certaines d’entre elles contactées par les Inspirations Éco. Une réalité confirmée par les instances dirigeantes des partis politiques. «La priorité est accordée au niveau des listes locales aux députés sortants», précise le dirigeant istiqlalien Abdelkader El Kihel. Même son de cloche auprès de Rachid Roukbane, membre du bureau politique du Parti du progrès et du socialisme.


Les partis politiques cherchent, en effet, à miser sur les cartes gagnantes alors que l’espoir était de permettre à une majorité de députées de faire leur preuve sur le terrain, d’autant plus que certaines d’entre elles ont su briller au sein de l’hémicycle au cours des cinq dernières années. Il s’agit, à titre d’exemple, de la présidente du groupe du PAM, Milouda Hazeb, qui n’est pas candidate aux élections ou encore de la vice-présidente de la Chambre des représentants, la socialiste Rachida Benmasoud. Il apparaît clairement que la représentation politique féminine au Maroc ne pourra pas être promue sans l’adhésion des partis politiques qui ne sont visiblement pas encore prêts à donner un coup de fouet à la présence des femmes au Parlement, malgré les quelques progrès constatés. Certaines formations politiques ont plus ou moins mieux fait que d’autres dans ce domaine. Le PJD, qui a fait élire en 2011 quelque 16 femmes sur le plan national, accrédite pour ces élections législatives cinq d’entre elles. Le Mouvement populaire a mandaté une seule députée sortante de la liste nationale qui avait déjà accédé à l’institution législative à deux reprises au niveau local. Le RNI a mandaté une seule parlementaire bénéficiaire du mécanisme de la discrimination positive, tandis que le PPS n’a donné aucune chance à ses quatre députées sortantes de la liste nationale.

En gros, peu de femmes sont cooptées mandataires des listes des circonscriptions locales. Certaines formations politiques ont plutôt fait l’effort au niveau de la deuxième partie de la liste nationale dédiée aux jeunes en mandatant des candidates de moins de quarante ans. Khadija Rebbah, coordinatrice nationale du Mouvement pour la démocratie paritaire (MDP), épingle les partis politiques qui n’ont pas, d’une part, défendu au sein du Parlement les mécanismes proposés pour relever au tiers la représentativité féminine au sein de la chambre basse et qui, d’autre part, n’ont pas accordé aux femmes le classement escompté au niveau des circonscriptions locales. «Vu les données actuelles, je doute que le taux de représentativité féminine au prochain Parlement atteigne le tiers. Selon nos estimations, ce taux tournera autour de 20%», précise-t-elle.

Le Maroc, rappelons-le, est malgré les efforts déployés, derrière beaucoup de pays similaires en matière de représentativité féminine. L’expérience démontre que sans le système de quota, les femmes peinent à se faire élire dans les circonscriptions locales. En 2011, seules sept femmes ont été élues localement sur un total de 335 députés des listes locales, soit à peine un taux de 2,08%. Le royaume a reculé en matière de représentation politique des femmes en comparaison avec les pays de la région. Alors que le pourcentage des femmes députés est de 16,97% au Maroc (presque la moyenne arabe de 17%), ce taux est de 30% au Soudan, en Tunisie et en Algérie. Dans la plupart des pays arabes, les gains ont été en grande partie facilités par l’introduction de quotas ou par des nominations directes au sein d’institutions, comme les assemblées législatives, dominées par des hommes.

Encore des obstacles à dépasser
Malgré les progrès, les femmes dans les pays arabes se heurtent encore à des obstacles quand elles se lancent dans la politique, comme le confirme le forum du réseau des femmes parlementaires arabes pour l’égalité. Il s’agit entre autres de la difficulté pour une femme d’avoir un poste de responsabilité au sein d’un parti politique parce que les femmes sont perçues comme dépourvues de qualité de leadership et comme ayant moins de chances de gagner des scrutins. La participation des femmes à la vie politique est également freinée par la pauvreté et par le manque d’accès à l’information et à l’éducation. Les femmes ont à combler des manques de capacités quand elles se présentent à des élections parce que, le plus souvent, elles ne jouissent pas des mêmes ressources et des mêmes réseaux professionnels que les candidats de sexe masculin. Des études ont établi que ces derniers reçoivent plus de financements lorsque les flux de financement électoraux ne sont pas transparents. Il en résulte des manques d’équité dans le financement électoral. C’est ce qu’avaient tenu à souligner certaines députées au Parlement lors de l’examen des lois électorales. Certaines ont demandé à mettre en place un système de discrimination positive en matière de financement électoral. C’est ce qu’a mis en place le gouvernement à travers une nouvelle disposition stipulant la multiplication par cinq de la dotation financière pour chaque siège obtenu par une femme dans une circonscription locale. Cependant, elles sont nombreuses à estimer que ce mécanisme incitatif tel qu’il est conçu ne permettra pas de booster la représentativité féminine.

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