Maroc

Représentativité politique féminine : la balle est dans le camp des partis

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Les partis politiques sont appelés à faire mieux, cette fois-ci, en matière d’accréditation des femmes à la tête des listes locales. Le système de quota ne permet pas, à lui seul, de booster la présence féminine dans les conseils élus.

Dans la perspectives de la prochaine échéance électorale, les femmes seront-elles, cette fois-ci, nombreuses à être accréditées en tant que mandataires de listes locales ? Rien n’est moins sûr, comme en atteste la ruée de la plupart des partis politiques vers le recrutement des cartes gagnantes et des professionnels des élections. L’expérience démontre que peu de femmes accèdent au parlement sans avoir bénéficié du mécanisme du quota, en vigueur au Maroc depuis près de deux décennies. Aucun grand changement ne pointe donc à l’horizon au niveau de la Chambre des Représentants, hormis celui ayant permis de troquer la liste nationale, qui était partagée avec les jeunes, par les listes régionales qui permettront à 90 femmes de gagner le précieux sésame de la députation grâce au quota, soit une représentation de 22%. Un pourcentage très loin de la parité escomptée ! Malgré les avancées, l’évolution est très timide depuis 2002. Au sein de la Chambre basse, le pourcentage des femmes députées est passé de 17%, lors de la neuvième législature, à environ 21% après les dernières élections législatives. Peu de femmes arrivent, en effet, à percer au niveau local car elles sont peu accréditées par les partis politiques qui misent sur les hommes. En 2016, seules 10 femmes ont pu accéder à la Chambre des Représentants à travers les listes locales, soit un pourcentage d’uniquement 3,27% des députés élus
localement.


Manque de volonté
Cette situation interpelle les partis politiques qui doivent assumer leur entière responsabilité en matière de promotion de la présence des femmes au sein de l’institution législative et l’ensemble des conseils élus, comme l’ont souligné nombre de participants à la conférence tenue à la Chambre des Représentants sur «les femmes en politique : comment progresser vers l’égalité ?». Une rencontre organisée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) dans le cadre du projet «Appui au développement du rôle du Parlement dans la consolidation de la démocratie au Maroc», financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le Conseil de l’Europe. Le président de la Chambre des Représentants, Habib El Malki, reconnaît qu’en dépit des avancées, «le chemin vers la parité est encore long, car il ne s’agit pas seulement de la reconnaissance de celle-ci dans la Constitution et les législations qui en découlent et des décisions politiques aussi importantes soient-elles, mais surtout de la culture sociétale, des représentations sociales sur les droits des femmes, de l’autonomisation des femmes…». Même son de cloche auprès de la présidente du Conseil national des droits de l’Homme, Amina Bouayach, qui estime elle aussi que «le chemin est encore long, car les lois relatives aux droits des femmes doivent encore être adaptées avec la législation internationale et un certain nombre d’exigences de la Constitution marocaine, notamment en matière d’égalité et de parité». Et ce n’est pas uniquement la Chambre basse qui est concernée par la question de la promotion de la représentativité politique des femmes, laquelle demeure aussi en deçà des aspirations dans les autres conseils élus. Au niveau de la Chambre des Conseillers, cette représentativité ne dépasse pas 11,66%. Quelque 14 conseillères uniquement ont accédé à la Chambre haute en 2015, raison pour laquelle les formations politiques sont vertement critiquées. Les syndicats ont, en effet, su se montrer plus paritaires que les partis politiques. Sur le plan des conseils locaux, le même problème se pose. Les partis politiques accréditent les cartes gagnantes, comme les députés hommes qui sont soutenus sur le plan local et qui ont déjà un ancrage auprès de la population. Lors des dernières élections locales et régionales, la déception était au rendez-vous. Aucune femme n’a été propulsée à la tête des conseils régionaux ou communaux des grandes villes. Il a fallu attendre 2019 pour que Mbarka Bouaida soit élue à la tête de la Région Guelmim-Oued Noun après la démission de Abderrahim Ben Bouaida, suite à une crise avec l’opposition ayant mené vers le blocage du Conseil. La même année, Fatima El Hassani est devenue la deuxième femme présidente de Région, après la démission d’Ilyass El Omari de la présidence de la Région Tanger-Tétouan-El Hoceima. Le manque de volonté des principales formations politiques, aussi bien après l’annonce des résultats des élections que lors la phase de la cooptation des candidats, est pointée du doigt. Dans la plupart des circonscriptions en 2015, rappelons-le, les formations politiques se sont contentées d’appliquer la loi en cooptant des femmes dans les listes dites «additionnelles». Sur les listes générales, les femmes ont été quasi-absentes ou meublaient souvent le décor. Peu d’entre elles ont, en effet, été mandataires de ces listes. À présent, et grâce aux nouvelles mesures électorales, on s’attend à ce que le nombre de femmes dans les conseils élus augmente substantiellement. La loi organique modifiant et complétant la loi organique relative à l’élection des membres des conseils des collectivités territoriales a mis en place de nouveaux mécanismes garantissant la représentativité des femmes en leur accordant le tiers des sièges dans chaque Conseil préfectoral ou provincial et en augmentant le nombre de sièges qui leur sont réservés dans les Conseils communaux.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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