Maroc

Rapport de Bank Al-Maghrib : la banque centrale table sur la reprise économique

Bien que la pandémie continue de peser sur le Maroc, à l’instar des autres pays, Abdellatif Jouahri, qui a présenté devant le souverain le rapport 2020 de Bank Al-Maghrib, a estimé que la priorité, à court terme, se focalise sur la consolidation et l’accélération de la reprise économique, amorcées ces derniers mois.

C’est dans un contexte économique exceptionnel, où la pandémie de la Covid-19 prévaut pour la deuxième année consécutive, que Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib (BAM), a présenté, samedi dernier à Fès, devant le roi Mohammed VI, le rapport annuel de la banque centrale sur la situation économique, monétaire et financière, au titre de l’exercice 2020. Au niveau mondial, la pandémie de la Covid-19 a plongé le monde dans une crise sanitaire, sociale et économique sans précèdent, avec un bilan humain très lourd, consistant, à fin 2020, en la contamination de plus de 80 millions de personnes et près de deux millions de décès. Sur le plan national, le Maroc a enregistré, durant la même période, près de 440.000 infections et 7.400 décès.


«La persistance et les répercussions de la pandémie continuent de peser sur le Maroc, à l’instar des autres pays à travers le monde. Toutefois, les efforts consentis ont atténué l’impact humain de la crise sanitaire sur notre pays», a souligné Abdellatif Jouahri.

Sur le plan économique, le choc de la pandémie, conjugué aux conditions climatiques défavorables, pour la deuxième année consécutive, ont induit une contraction du PIB de 6,3%, en volume. Cette contraction, due également aux conditions climatiques défavorables, représente, selon la banque centrale, la plus forte baisse depuis le début de la compilation des comptes nationaux. L’impact a été largement différencié selon les branches d’activité, l’hôtellerie et la restauration ainsi que le transport et le commerce ayant affiché des contreperformances record, alors que les industries extractive, alimentaire et la chimie para-chimie ont réussi à maintenir des taux de croissance positives.

Forte dégradation du marché de travail
La situation du marché du travail a connu une forte dégradation, avec une perte de 432.000 emplois, concentrée essentiellement dans les secteurs de l’agriculture et des services. Plus de 110.000 actifs se seraient ainsi résignés, selon la banque centrale, à quitter le marché, induisant une baisse sensible du taux d’activité à 44,8%. En conséquence, le taux de chômage a enregistré une nette aggravation, s’établissant à 11,9% au niveau national et 15,8%, en milieu urbain. Du fait, par ailleurs, du recul des ressources fiscales et suite à l’effort d’investissement consenti par le Trésor, la dette publique a augmenté, pour s’établir à 76,4% du PIB.

Dans ce contexte de crise, le gouvernement a été amené à élaborer une loi de finances rectificative, la première depuis 1990. Malgré le financement d’une grande partie des mesures de soutien aux entreprises et aux ménages par les dons mobilisés à travers le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie, le déficit budgétaire s’est dégradé, s’établissant à 7,6% du PIB, contre 4,1% en 2019. Abdellatif Jouahri a ajouté que le déficit du compte courant est revenu à 1,5% du PIB, résultat de la forte diminution des échanges extérieurs, alors que les avoirs officiels de réserves de BAM se sont renforcées pour atteindre l’équivalent de plus de sept mois d’importations de biens et services, l’inflation s’étant quant à elle limitée à 0,7%.

Face à cette situation, la BAM a baissé, à deux reprises, son taux directeur, le ramenant à 1,5%, tout en libérant intégralement le compte de la réserve obligatoire, dans le cadre des efforts consentis en vue d’atténuer l’impact économique de la pandémie, alors que l’ensemble des instruments, aussi bien conventionnels que non conventionnels, ont été actionnés. Ces mesures ont permis aux entreprises de bénéficier des financements nécessaires, à des conditions très favorables, pour faire face à la crise et assurer la continuité de leurs activités.

Àméliorer la compétitivité et préparer l’ère post-Covid
Le wali de Bank AL-Maghrib a estimé que «le Maroc traverse cette crise progressivement, avec des avancées notables dans la campagne de vaccination et une nette reprise de l’économie, malgré les inquiétudes qui persistent quant à l’évolution de la pandémie».

À cet égard, la priorité à court terme devrait porter, selon lui, sur la consolidation et l’accélération de la reprise économique amorcée ces derniers mois. Toutefois, les efforts devraient s’inscrire dans une perspective de moyen et long terme, à même de renforcer la résilience de l’économie, améliorer sa compétitivité et la préparer à l’ère post-Covid. En ce qui concerne les prix à la consommation, le recul de la demande, et les perturbations importantes de l’offre de certains biens et services, se sont traduits par des évolutions contrastées, avec une inflation, certes faible, mais en accélération d’une année à l’autre, de 0,2% à 0,7%. Ainsi, après les mesures de soutien budgétaire et monétaire qui ont permis une atténuation de l’impact de la pandémie, la mise en œuvre du plan de relance de 120 MMDH, lancé par le souverain, conjuguée à l’assouplissement des restrictions, laissent espérer un rebond de l’activité et un rattrapage des revenus et des emplois mis à mal par la crise. La concrétisation de cet objectif reste tributaire également, et dans une large mesure, du renforcement de la confiance des opérateurs et de la redynamisation de l’investissement privé. Dans ce sens, une véritable impulsion est attendue de l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, et d’un recours plus conséquent aux partenariats public-privé.

Éducation : de l’importance de la réforme
Par ailleurs, le wali de Bank Al-Maghrib a indiqué que l’une des réformes majeures dont il s’agit d’accélérer la mise en œuvre est celle du système éducatif. «Au moment où toutes les évaluations rappellent ses faiblesses, la préparation de la main-d’œuvre qualifiée et de l’élite de demain devrait être érigée en priorité absolue», estime-t-il. Pour sa part, le chantier de la régionalisation avancée a enregistré des progrès notables, selon Abdellatif Jouahri, sa réussite complète restant tributaire, néanmoins, de la disponibilité de ressources humaines de haute qualité. Il a, en outre, expliqué que la réforme du secteur public, qui connaît un progrès important sur certains volets, nécessite l’accélération de la mise en œuvre de l’ensemble de ses composantes, conformément aux objectifs qui lui sont fixés. De plus, en vue de renforcer le tissu productif national, le wali de BAM a mis l’accent sur la nécessité de redoubler d’efforts pour lutter contre un certain nombre de pratiques qui ont des effets négatifs sur la compétitivité de l’économie nationale. Il s’agit principalement de la concurrence déloyale, de l’évasion fiscale et des subventions publiques non rentables. Il a ajouté qu’il est impératif, dans le même esprit, de veiller à l’application rigoureuse de la loi relative à l’Instance chargée de la lutte contre la corruption.

Yassine Saber / Les Inspirations ÉCO

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