Maroc

Politique sanitaire : le Maroc appelé à réformer son système

Dans ce contexte de crise sanitaire durant laquelle la santé fait, sans aucun doute, partie des secteurs qui ont eu le plus de défis à relever, l’institut CDG a décidé d’interroger des acteurs de la politique sanitaire du Maroc. Pour ce faire, l’institut a récemment organisé un webinaire sous le thème: «Repenser les déterminants de la politique sanitaire».

L’institut CDG poursuit sa série de webinaires dans le cadre de son cycle de conférences «Regards vers le futur» et s’intéresse, cette fois-ci, aux déterminants de la politique sanitaire. Pour discuter de cette question, l’institut a fait appel à Saad Taoujni, juriste, expert en management de la santé et de la protection sociale, Pr Azzedine Ibrahimi, directeur du laboratoire de biotechnologie médicale de la faculté de médecine et de pharmacie, Rajae El Aouad, Pr en immunologie et Pr Gabriel Malka, directeur du pôle des sciences médicales et biologiques de l’Université Mohammed VI polytechnique et Bert Brys, économiste fiscal principal à l’OCDE. Dans son intervention, Rajae Aouad a fait remarquer que l’accélération des maladies émergentes n’est pas une nouveauté avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire les déterminants, non pas de la politique sanitaire, mais de la santé pour commencer. Elle a donc rappelé que dans l’entendement général, la santé était l’affaire du ministère de tutelle, or, ajoute-t-elle, «depuis quelques années, il faut désormais élargir la définition de la santé qui désigne le bien-être et pas seulement l’absence de maladie». Après cette rapide définition, le professeur a recommandé de mettre en place des approches basées sur les déterminants sociaux de la santé. Rajae Aouad a également préconisé de mettre en place une politique de santé, notant qu’il faut protéger la population de la «dépense catastrophique».


Pour sa part, le Pr Gabriel Malka a déclaré que la crise de la Covid-19 est une occasion de nous interroger sur la place de la santé globale dans la vie des hommes, des organisations et de la société. «Je pense que nous devons réaffirmer les enjeux et les concepts de la promotion de la santé et du développement durable». Revenant sur son expérience en tant que personne ayant été infectée par le virus il y a quelques mois, Gabriel Malka a appelé le corps médical à se rappeler «qu’on ne traite pas une maladie mais un malade». Plus loin, le professeur Malka dira : «Nous devons définir un engagement collectif, placer le patient au cœur du système et faire de la qualité une boussole». Il a également recommandé une régionalisation de la santé et surtout une révolution dans la manière de former les médecins. «Si on ne régionalise pas la santé on ne réussira pas, car chaque région a ses spécificités, ses pathologies et je crois que ce sera l’occasion pour les pouvoirs publics de rendre les élus responsables».

Pour finir, Gabriel Malka a insisté sur la nécessité de mettre en place une politique maroco-marocaine avant de noter que le Maroc a les moyens pour un système adapté à sa culture. Quant au docteur Bert Brys, ce dernier estime que le Maroc s’en sortira mieux en réformant son système de santé, rappelant qu’avant la crise, le royaume faisait déjà face à des défis pour financer son système sanitaire et que ces défis sont devenus plus importants et plus urgents. «Je pense que la crise a créé une occasion à saisir, d’une part pour améliorer l’efficacité de la dépense dans le secteur de la santé et d’autre part pour augmenter les ressources pour son financement», a-t-il fait remarquer. En outre, le docteur Brys a souligné que la part de la dépense publique dans la santé au Maroc est faible, indiquant qu’elle représente environ 5% du PIB. «Moins de 50% des dépenses de santé sont financés par les impôts et les cotisations. Ça veut dire que plus de 50% des dépenses sont financés par les paiements privés des ménages, ce qui est très élevé», a-t-il ajouté. Par ailleurs, très futuriste, le Pr Azzedine Ibrahimi a fait part de son optimisme quant à l’adoption d’une médecine préventive. «Je pense que la médecine de précision et la médecine personnalisée, préventive et participative pourrait peut-être réduire le coût et les dépenses», a-t-il déclaré. Une opinion que partage le Pr Aouad qui pense que la population et le système sanitaire auraient tout à gagner avec cette médecine personnalisée. 

Mariama Ndoye / Les Inspirations Éco

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