Maroc

Pauvreté au Maroc : Un fléau aux multiples facettes

La carte de la pauvreté multidimensionnelle 2014 permet d’avoir une vue d’ensemble sur la prévalence des indices de privations. C’est aussi un outil de gestion stratégique pour les collectivités locales afin de mieux cibler les poches de pauvreté.

Plus de 4 millions de Marocains, soit 11,7% de la population, sont en situation de pauvreté, monétaire ou multidimensionnelle. Ils sont 500.000 à combiner entre les deux types de pauvreté. C’est ce qui ressort de la cartographie de la pauvreté multidimensionnelle, présentée mercredi à Rabat, par le Haut-commissariat au Plan. Mais si de manière générale la pauvreté a baissé au Maroc entre 2004 et 2014, année du dernier recensement général de la population, il n’en est pas de même dans le monde rural où, selon Ahmed Lahlimi Alami, elle n’a pas évolué. Le Haut-commissaire au Plan a expliqué que 1,3 million de Marocains souffrent de pauvreté monétaire, contre seulement 330.000 dans les villes. Quant à la pauvreté multidimensionnelle, le nombre augmente à 2,8 millions de citoyens de pauvres dans le monde rural contre 400.000 dans l’urbain. Il faut savoir qu’en termes de méthodologie et d’outils de mesure de la pauvreté, depuis les années 2000, le Maroc a commencé à mesurer la pauvreté notamment avec la Banque mondiale qui se basait sur le revenu du ménage. Par ailleurs, l’impôt sur le revenu permet de connaître le revenu et la consommation des familles. À partir de ce dernier critère, l’on peut mesurer la pauvreté monétaire.


Ensuite, avec le mûrissement des techniques, une considération particulière à été accordée au concept de pauvreté multidimensionnelle. Celle-ci prend en compte plusieurs critères, dont la qualité du logement, des services administratifs, la mobilité, l’éducation et la santé. Sous l’impulsion de l’Oxford Poverty and Human Development Initiative (OPHI), relevant de l’Université d’Oxford et de sa directrice, le développement des analyses théoriques, relatives à la pauvreté dans le monde, a fait prévaloir l’approche de la pauvreté multidimensionnelle. Elle a été adoptée depuis 2010 par le Programme des Nations Unies pour le développement et l’intégration de son indicateur dans le rapport annuel sur le développement humain comme une dimension significative de l’effort des pays dans ce domaine.

Le HCP est devenu dans ce sens un partenaire de premier plan de cette institution avant-gardiste. Résultat : l’approche de la pauvreté n’est plus cantonnée dans la démarche liée à la dépense. La conception multidimensionnelle définit la pauvreté comme un nombre de besoins socioéconomiques, culturels…qui ne sont pas satisfaits. Ainsi dix privations ont été établies pour mesurer le taux de pauvreté multidimensionnelle, dont la scolarisation des enfants, l’accès à la santé, à l’eau potable et à l’électricité, le handicap, le mode de cuisson, etc. Il en ressort que l’incidence de la pauvreté multidimensionnelle est passée de 25,% en 2004 à 8,2% en 2014 au niveau national, de 9,1% à 2,0% en milieu urbain, et de 44,6% à 17,7% en milieu rural. La pauvreté multidimensionnelle demeure principalement un phénomène rural. En 2014, 85,4% des personnes multidimensionnellement pauvres vivent dans le milieu rural, contre 80,0% en 2004. Allant aux menus détails, la carte de la pauvreté donne de la visibilité aux niveaux régional, provincial et communal. Elle permet de connaître les poches de pauvreté.

Plus encore, dans le cadre de la régionalisation, cette carte revêt une importance particulière pour les responsables régionaux qui peuvent prendre part à l’effort d’amélioration du vécu des citoyens en connaissance de cause. En termes de résultats chiffrés, la privation en termes de scolarisation des adultes explique à elle seule 34% de la pauvreté au niveau national. La non-scolarisation des enfants contribue à hauteur de 21,3% à l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM).

Dans l’ensemble, les déficits en termes d’éducation expliquent un peu plus de la moitié de la pauvreté multidimensionnelle (55,3%). Quant aux privations en termes d’accès aux infrastructures sociales de base, elles expliquent 19,7% de la pauvreté multidimensionnelle. Cette contribution s’élève à 14,1% pour les privations en termes de conditions d’habitat et à 10,9% en termes de santé. 


Marrakech, un dilemme surprenant

Si le taux de pauvreté classe la Région Béni Mellal-Khénifra comme la plus pauvre, c’est la Région Marrakech-Safi, qui abrite le plus grand nombre de pauvres au Maroc. Sa contribution relative à la pauvreté multidimensionnelle à l’échelle nationale atteint 18,5% en 2014, suivie par les Régions Fès-Meknès (14,7%), Béni Mellal-Khénifra (12,3%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (12,3%). Ces quatre régions regroupent 57,8% de la population multidimensionnellement pauvre. Au niveau communal, sur un total de 1.683 communes et centres urbains, 438 ont un taux de pauvreté multidimensionnelle inférieur à 5%, 300 un taux entre 5 et 10%, 447 un taux entre 10 et 20%, 274 entre 20 et 30%, 113 entre 30 et 40% et 111 un taux supérieur à 40%. En milieu rural, sur les 1.279 communes, le taux de pauvreté multidimensionnelle est inférieur à 10% dans 337 communes, et se situe entre 10 et 20% dans 444 communes. Il oscille dans une fourchette comprise entre 20 et 30% dans 274 communes, entre 30 et 40% dans 113 communes, entre 40 et 50% dans 55 communes, et est supérieur à 50% dans 56 communes.

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