Maroc

Où sont passés les jeunes partisans ?

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Appelées à encadrer la population et à freiner la dépolitisation rampante des jeunes, les sections de jeunesse des partis politiques sont en perte de vitesse à l’image des formations partisanes dont elles sont issues. Plusieurs causes seraient à l’origine de cette situation comme l’absence de démocratie interne. Certains brandissent le manque d’un budget qui leur est proprement dédié. L’activation d’une convention signée avec le ministère de la Jeunesse permettra aux jeunesses de bénéficier de 120.000 DH par an.

Le Maroc compte quelque 18 sections de jeunesse partisanes alors que le nombre des partis politiques dépasse 34. Ces instances sont censées jouer un rôle primordial non seulement au niveau de l’échiquier politique mais aussi au sein de la société en défendant les droits des jeunes, les encadrant en les réconciliant avec l’action politique. Sauf que sur le terrain, les actions menées par ces organisations s’avèrent insuffisantes. Elles tâtonnent et ne semblent pas parvenir à assumer, comme il se doit, la mission qui leur incombe. Leur voix est inaudible auprès de leurs directions et leurs actions sont visiblement de plus en plus limitées. Certes, il s’agit d’un constat alarmant à ne pas généraliser à l’ensemble des jeunesses dont quelques-unes arrivent un tant soit peu à s’imposer dans les débats internes et à faire entendre leur voix auprès des instances décisionnelles de leurs partis politiques et dans les médias. Mais, force est de reconnaître que les jeunesses partisanes sont essoufflées à l’image des formations partisanes dont elles sont issues, de l’avis même de certains jeunes politiciens. «Il ne faut pas dissocier les maux dont souffrent les jeunesses partisanes de ceux de leurs partis politiques», souligne aux Inspirations ÉCO le jeune progressiste et président du gouvernement parallèle des jeunes, Ismail El Hamraoui. Cet auteur du livre : «Les jeunes marocains et les défis de la participation politique», estime que les institutions représentatives politiques des jeunes ont des idées politiques pionnières sur le plan théorique alors qu’elles ne disposent pas de structures d’accueil leur permettant d’attirer massivement les jeunes marocains. Aussi, la représentativité de ces jeunesses demeure-t-elle on ne peut plus limitée.


La faiblesse de ces instances s’explique par plusieurs raisons dont le manque de transparence et de démocratie interne, les conflits de générations, les réticences quant au renouvellement et au rajeunissement des élites politiques…Sous d’autres cieux, les jeunes sont naturellement représentés dans les instances décisionnelles de leurs partis politiques et parviennent sans difficulté à s’imposer au plus haut sommet des responsabilités tant partisanes qu’étatiques alors que dans la majorité des formations politiques marocaines, ils sont plutôt considérés comme une carte électorale. Du moins, c’est le sentiment que nourrissent nombre de militants qui n’hésitent pas à pointer du doigt la gestion des accréditations aux élections, notamment celles de la liste nationale des jeunes. Ainsi, la plupart des profils qui accèdent au Parlement ne représentent pas forcément les jeunes militants des partis politiques. La discrimination positive en faveur des jeunes, qui est vertement critiquée par les observateurs, n’a pas, en effet, servi leurs causes. Aujourd’hui plus que jamais, les partis politiques sont appelés à mettre fin au clientélisme et au «parachutage» qui nuisent à l’échiquier politique et approfondit la désaffection des jeunes pour l’action politique qui ne cesse de se creuser davantage au fil des mandats électoraux. Par ailleurs, certains jeunes politiciens brandissent la carte du financement pour justifier le rôle limité des jeunes sur le terrain. Jusque-là, les jeunesses partisanes n’ont pas un budget qui leur est proprement dédiée. Leurs représentants ont déjà pris leur bâton de pèlerin en allant prêcher la bonne parole auprès des décideurs. Ils avaient, au cours du précédent mandat gouvernemental, contacté le ministre de l’Intérieur (Mohamed Hassad) pour le convaincre de la nécessité d’accorder une subvention étatique à leurs organisations mais ils n’ont pas obtenu gain de cause.

Actuellement, ils comptent sur le ministre de la Jeunesse et des sports Rachid Talbi Alami, – qui a récemment reçu les représentants de l’instance nationale des jeunes et de la démocratie -, pour activer une convention déjà signée il y a quatre ans, en vertu de laquelle chaque jeunesse partisane bénéficiera d’un budget de fonctionnement de 120.000DH par an. Un montant, certes, dérisoire par rapport aux besoins d’encadrement de la population, mais qui permettra aux jeunesses des partis d’entreprendre plusieurs actions de proximité, selon Hicham Fikri, secrétaire général de la jeunesse du Mouvement populaire. Pour ce jeune politicien qui est également membre du bureau politique du parti de l’épi, l’appui public est indispensable car la faiblesse des ressources financières impacte négativement la mission des jeunesses politiques qui sont toujours en quête de partenariat international et de financement de la part de leurs partis politiques pour pouvoir agir sur le terrain et organiser des sessions de formation. «Si on arrive à avoir le financement public, on pourrait toucher même les zones éloignées et difficiles d’accès», relève-t-il en balayant d’un revers de la main l’accusation ayant trait au manque de dynamisme des jeunesses partisanes et en précisant que ces organisations ne sont pas nécessairement le reflet de leurs partis politiques. Outre le soutien financier, un autre point est de la plus haute importance : l’appui technique pour permettre aux jeunes de défendre les dossiers nationaux au niveau international dans le cadre de la diplomatie parallèle. Les jeunes se sentent parfois désarmés face aux moyens accordés aux adversaires et ne disposent pas de suffisamment d’informations pour étayer leurs arguments. Ainsi, des formations et des briefings dispensés par le gouvernement s’imposent pour rehausser le rôle diplomatique des jeunes dans les instances internationales.


Ismail El Hamraoui,
Président du gouvernement  parallèle des jeunes

Alors que dans d’autres pays, l’idée des instances partisanes dédiées aux jeunes est dépassée en raison de la représentation effective des jeunes dans les instances décisionnelles et la facilité de leur accès aux postes de décision sur la base de la méritocratie, le Maroc a encore besoin de ces organisations pour dynamiser l’échiquier politique et mobiliser les jeunes. Des efforts doivent être déployés pour propulser les jeunes au devant de la scène».

Hicham Fikri,  
SG de la jeunesse du MP

On doit encore œuvrer pour changer certaines mentalités qui combattent les jeunes et les considèrent comme une menace. Il faut mettre en place une politique dédiée aux jeunes pour les inciter à travailler davantage. Au niveau des instances décisionnelles des partis politiques, il faut évaluer ce qu’on fait pour les jeunes. Alors que certaines directions politiques sont conscientes de l’importance du rôle des jeunes, d’autres adoptent des pratiques qui engendrent la désaffection à l’égard de l’action politique».

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