Maroc

Mariage des mineurs : une prise de conscience s’impose

Malgré les multiples actions pour endiguer ce fléau aux conséquences multiples, le mariage des mineurs reste une pratique profondément ancrée et de grande ampleur, particulièrement dans les zones reculées, enclavées et marginalisées. Un plan d’action a été élaboré en ce sens, mais il faut avant tout que les mentalités prennent conscience des conséquences de cette tragédie. Nada Azzouzi, psychiatre, hypnothérapeute et nutritionniste, livre son avis d’expert.

Si certains le considèrent comme étant un remède contre la pauvreté, il n’est en réalité qu’une souffrance à la fois morale et physique infligée à vie, qui peut provoquer un sentiment d’impuissance chez ces mineurs. Pour répondre et remédier à ce drame, un plan d’action a été dévoilé lors d’une rencontre nationale organisée par la Présidence du ministère public.

Il a été élaboré à l’initiative de la Présidence du ministère public, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports, le ministère de la Santé et de la protection sociale, le ministère de l’Intérieur (Conseils élus et INDH), le ministère de la Solidarité, de l’insertion sociale et de la famille, le ministère des Habous et des affaires islamiques, le ministère de l’Équipement et de l’eau, le ministère de la Justice et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ).

La santé des filles est en péril
Si la fiction sentimentale et charnelle de grande consommation de la nuit de noces est l’objectif ultime chez un bon nombre de personnes, elle ne se réduit pour ces jeunes filles qu’à un traumatisme, qui les hantent les jours qui suivent. Contactée par l’équipe des Inspirations Éco, Nada Azzouzi, psychiatre, explique que la violence physique n’est pas la seule raison qui pourrait traumatiser ces filles, mais il y a également l’aspect mental qui est très important et qu’il ne faut point négliger.

«Beaucoup d’entre elles ne comprennent pas ce qui se passe, personne ne leur a appris cela», déplore le psychiatre. Indépendamment de la violence dont peuvent faire preuve certains maris, ces filles subissent un acte sexuel auquel elles ne veulent pas participer. Il peut en résulter des dénis de grossesse et de dépression, fait savoir Azzouzi.

La jeune fille est contrainte de faire face à des charges matrimoniales qui la poussent à la déscolarisation et l’exposent à de graves risques de santé.

En effet, étant dans la fleur de l’âge, la mineure peut être exposée aux infections ou à une grossesse à risque vu l’immaturité de son organisme. Chose qui peut engendrer un accouchement prématuré, un avortement non voulu, des troubles psychologiques, le décès lors de l’accouchement par césarienne, une déchirure du périnée et bien d’autres problèmes méconnus de beaucoup.

«Ces jeunes filles sont encore des enfants. Elles ne sont pas encore prêtes pour la vie conjugale, et ce, ni physiquement ni mentalement. Un mineur n’a ni la maturité ni la préparation nécessaire pour avoir une vie sexuelle», déclare Dr Azzouzi, et d’ajouter qu’on constate une forte mortalité maternelle de cette tranche d’âge parce que leur corps n’est pas encore prêts.

La réalité glaçante des mariages précoces fait réagir les responsables, et oeuvrent pour des changements au niveau des mentalités, des politiques publiques, des procédures judiciaires et en matière de législation. En ce sens, une étude approfondie de diagnostic a permis d’identifier des données statistiques et factuelles qui sont principalement liées à la compréhension des différents facteurs associés à ce phénomène sur le plan juridique et sur le terrain.

Concernant l’évolution des mentalités, le facteur culturel reste une des causes à l’origine du phénomène du mariage des mineurs, constituant ainsi le principal motif de l’acceptation de ce mariage par les filles elles-mêmes. Le premier objectif stratégique du plan d’action consiste à développer des plans et programmes pour faire face à l’acceptation culturelle, en sensibilisant aux préjudices résultant des mariages de mineurs, en particulier les effets néfastes sur la santé physique et psychologique du mineur et leur coût social en général.

Le deuxième objectif stratégique concerne l’adoption d’une politique publique et une stratégie intégrée en matière de lutte contre le mariage des mineurs, en veillant à la mise en œuvre de l’obligation de scolarisation et à sa généralisation.

Pour ce qui est des procédures judiciaires, l’accent est mis sur une série de bonnes pratiques au niveau de la pratique judiciaire, dont la généralisation renforcerait les garanties entourant l’action de lutte contre ce phénomène. Le troisième objectif stratégique porte sur le renforcement des garanties liées au mariage des enfants mineurs en adoptant les meilleures pratiques judiciaires en la matière ainsi que celles liées à la procédure elle-même (âge minimum de 17 ans).

Pour ce qui est du côté législatif, le Plan préconise la mise en place d’un cadre juridique obligatoire et à caractère contraignant dans la perspective de l’abolition légale du mariage des mineurs âgés de moins de 18 ans, et oeuvre à limiter ce phénomène par l’adoption d’un amendement législatif.

Il convient de noter que cette initiative, relevant de la Présidence du ministère public et de l’Unicef, s’inscrit dans le cadre des engagements de la Déclaration de Marrakech 2020 visant à éliminer la violence à l’égard des femmes, lancée sous la présidence effective de la Princesse Lalla Meryem, à l’occasion de la Journée internationale de la femme le 8 mars 2020.

Kenza Aziouzi / Les Inspirations ÉCO

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