Maroc

Marché intérieur : le pari sur le textile sera-t-il gagné ?

Il est trop tôt pour se prononcer, mais, selon la directrice générale de l’Association marocaine de l’industrie du textile-habillement, la machine est bien partie pour le secteur : le rétablissement des règles de concurrence et la grande volonté d’investissement affichée par les opérateurs devraient suffire à gagner le pari.

Comment amener des industriels habitués à l’export à se lancer dans des projets destinés au marché intérieur ? C’est le pari fou que s’est fixé le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique ! Le département de Moulay Hafid Elalamy a, en effet, intégré le textile-habillement parmi les 9 secteurs d’activités sur lesquels il mise dans son plan d’accélération du marché intérieur. Les professionnels adhèrent à la démarche. Ils ont proposé plusieurs projets, dont 18 sont retenus, et «affichent déjà la ferme détermination d’en découdre avec les déferlantes turque et chinoise dont les produits envahissent le marché marocain ». Selon Fatima Zahra Alaoui, la directrice générale de l’Association marocaine de l’industrie du textile-habillement (AMITH), «nous partons avec certaines faveurs. Nous sommes chez nous, l’environnement concurrentiel va beaucoup changer, nous nous attaquons à un nouveau créneau très porteur et les industriels sont tous partants pour investir».


L’équilibre concurrentiel bientôt rétabli
En effet, l’équilibre concurrentiel sera bientôt rétabli ou presque. Les droits communs à l’exportation de produits industriels finis, y compris textiles, passeront prochainement à 40%. Ce sera notamment dès l’entrée en vigueur du Projet de loi de Finances 2021, actuellement en fin de parcours dans le circuit d’adoption. À signaler qu’en quelques mois, cette taxe a atteint des sommets. Elle est en effet successivement passée de 25% dans la loi de Finances 2020 à 30% dans la loi de Finances rectificative avant de monter à 40%. S’agissant des produits textiles turcs, ils vont désormais être taxés à 36% (17,5% pour le textile de maison), conformément aux résultats obtenus de haute lutte par le ministère de tutelle. Ce n’est pas tout ! En plus de cette protection tarifaire, les industriels vont avoir l’occasion de réaliser un rêve caressé de longue date. C’est celui de pouvoir se positionner enfin sur l’amont de la confection (filature, tissage, tricotage, teinture, impression…), et fabriquer des produits qui vont renforcer la valeur ajoutée locale. C’est sur cet objectif-là qu’ils se sont mis d’accord avec leur tutelle.

12 projets sur l’amont de la confection
Et parmi les 18 projets de substitution aux importations qui vont être développés, «lesquels sont tous élaborés suivant une démarche éco-responsable», souligne Fatim Zahra Alaoui, 12 sont positionnés sur ce créneau. Ils vont nécessiter un investissement global de l’ordre de 2,990 MMDH et semblent tous très porteurs. Prenons deux exemples. Premièrement, le projet «Tissage Denim», tissu en fils de coton ou de coton mélangé avec des fibres synthétiques de différentes couleurs, utilisé pour la fabrication de jeans. Le jean est fabriqué à partir de machines à tisser. Il est généralement teint et tissé par la même unité. Ce projet a été retenu par le ministère, parce le marché est attractif sur le créneau fast fashion, où il a enregistré une croissance importante ces dernières années notamment sur les vêtements féminins. Il permet un positionnement idéal sur le segment moyen de gamme où les professionnels pourront facilement lancer une concurrence sur les prix. Et ce, sans oublier le potentiel important d’export vers l’Europe et les États-Unis. Selon le ministère, ce projet nécessitera un investissement potentiel de 150 à 250 MDH. Il pourra générer un chiffre d’affaires de 50 à 200 MDH ; et un bénéfice net de 10% à 20%. Autre exemple : le projet «Filature coton mélanges peignés et cardé». Il s’agit de filature de fils de coton en fibres peignées, fils de fibres synthétiques discontinues et fils à coudre de coton conditionnés. Ces fils passent par un processus de filature, première étape dans la transformation du coton, afin de devenir un produit textile intermédiaire. Il est ensuite utilisé dans la conception de produits finis (e.g. pulls, vêtements d’hiver). Ce projet a été également retenu par le ministère, parce que c’est une opportunité pour les unités respectueuses de l’environnement représentant une forte demande pour l’export, notamment sur le moyen de gamme. Et parce que le tiers des consommateurs des principaux marchés européens prennent en compte le facteur durable pour leurs achats.
En plus de ces arguments très favorables, les industriels sont gonflés à bloc. Selon la directrice générale de l’AMITH, «ils affichent beaucoup de volonté pour investir». 

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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