Maroc

Les jeunes, grands absents des listes électorales

Les jeunes âgés de 18 et 24 ans ne représentent que 3 % des inscrits sur les listes électorales. Les appels se multiplient pour les inciter à participer aux prochaines élections. Seront-ils au rendez-vous ?

Les jeunes seront-ils nombreux à répondre aux appels des partis politiques qui les invitent à s’inscrire sur les listes électorales? Rien n’est moins sûr, si l’on en croit les chiffres. Malgré l’ouverture, fin 2020, du délai légal de soumission des demandes d’inscription aux fins de la révision annuelle ordinaire des listes électorales générales, les électeurs manquent à l’appel.


Le nombre d’inscrits sur les listes électorales est passé de 15.325.811 au 31 mars 2020 à 15.746.600 en mars 2021, soit à peine quelque 420.789 nouvelles inscriptions. Cette fois-ci, l’espoir est de faire mieux. Jusqu’au 1er juillet, les citoyens non-inscrits sur les listes électorales, notamment les jeunes d’entre eux, sont appelés à franchir le pas en vue de participer aux élections du 8 septembre. Jusque-là, peu de jeunes entre 18 et 24 ans sont considérés comme des électeurs. En effet, ils ne représentent que 3 % uniquement au niveau des listes électorales, contre 19 % pour la tranche des 25-34 ans, 22 % pour ceux âgés entre 35 et 44 ans, 21 % pour les citoyens de 45 à 54 ans, 9 % pour la catégorie des 55-59 ans alors que les 60 ans et plus représentent plus de 26 %. Il faut dire, aussi, qu’un grand écart existe entre le nombre des électeurs en âge de voter, qui dépasse 23 millions, et celui des inscrits sur les listes électorales qui est inférieur à 16 millions.

Taux de participation : la grande inconnue
D’un point de vue arithmétique, l’augmentation du nombre des inscrits sur les listes électorales influera certainement sur le quotient électoral. Celui-ci se basera justement, dans le cadre des élections législatives, sur le nombre des inscrits aux listes électorales. La nouvelle méthode de calcul, rappelons-le, diminuera le score des « grands partis » et réduira l’écart en termes de résultat entre les premières formations partisanes.

Les sièges seront, en effet, gagnés par le plus fort reste. Seule une participation massive des électeurs pourrait changer la donne, mais ce scénario est écarté par plusieurs observateurs en raison de la crise de confiance dans la politique qui est loin de s’estomper avec le temps, comme en attestent les réactions des jeunes sur les réseaux sociaux et les récents appels au boycott des élections.

Le taux de participation demeure ainsi la grande inconnue. La crainte est de faire pire que les élections de 2016 qui avaient été marquées par un taux d’abstention de 57 % des électeurs inscrits et celles de 2015, où le taux de participation était de 53 %. La mobilisation des électeurs constitue un enjeu majeur pour les prochaines élections, jusqu’à conditionner la légitimité des institutions élues. D’aucuns estiment que le redressement de la situation s’impose car personne ne peut le rôle important que les partis politiques ont à jouer, en tant que rouages cruciaux pour l’exercice démocratique.

Toutefois, les formations partisanes qui tirent, elles aussi, la sonnette d’alarme sur la crise de confiance ont-elles su mettre en place les mesures nécessaires pour mettre fin aux différents maux dont souffre le champ politique à l’image de la faiblesse de démocratie interne, l’absence d’idéologie claire dans la majorité des partis, l’opportunisme, la mauvaise gestion des accréditations… ? Rien n’est moins sûr en raison de la persistance de certaines pratiques, pourtant décriées, à la veille des élections.

Il s’agit notamment du « mercato électoral » dont le coup d’envoi a été donné, il y a quelques semaines. Comme à l’accoutumée à quelques mois du rendez-vous électoral, plusieurs politiciens n’hésitent pas à changer de couleur politique. Pointé du doigt en raison des questions éthiques qu’il soulève, le phénomène pose toujours problème bien qu’il ait été limité par le législateur pour sauvegarder les équilibres politiques et garantir le respect des engagements des candidats vis-à-vis des électeurs. La Constitution de 2011 a interdit la transhumance politique en prévoyant la déchéance du mandat du nomade en vue d’avoir un parlement crédible. Néanmoins, en fin de mandat, rien n’empêche les « militants », voire les députés, de rallier les rangs d’un autre parti politique.

Contrer le nomadisme
Aucune des grandes formations partisanes n’échappe au nomadisme politique. Les partis politiques cherchent les cartes gagnantes quitte à les « voler » aux autres formations. Les accréditations ne privilégient pas les militants et les cadres du parti car, estime-t-on, le peu d’électeurs qui se rendent aux urnes ne votent généralement pas pour eux. Les « créatures électorales » et les notables permettent d’obtenir le maximum de strapontins. « Une pratique qui élargit le fossé entre les citoyens et les partis, mais que nous sommes contraints de suivre pour garder notre place.

En l’absence d’une charte politique claire qui impose à l’ensemble des partis de respecter les règles déontologiques, la situation ne changera jamais», confie un dirigeant politique qui préfère garder l’anonymat. En janvier dernier, quatre partis politiques (PAM, RNI, Istiqlal et PPS) ont convenu de ne pas empiéter sur le terrain les uns des autres en évitant d’accréditer les candidats portant la couleur des autres formations concurrentes. L’objectif est de crédibiliser l’action politique, mais, rien n’y fait car cet engagement n’a pas été respecté. Une source au parti de l’Istiqlal explique que le deal portait uniquement sur la nécessité d’informer l’autre partie de l’opération de recrutement du candidat. Et de préciser que le changement de couleur politique s’inscrit dans le cadre de la liberté personnelle, même si cette situation ne fait qu’approfondir la crise de confiance. 

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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