Maroc

Le défi de la co-construction en matière de formation

Face aux nombreux défis à relever, notamment ceux relatifs à la démographie et à la sécurité alimentaire, le Maroc veut cerner ses besoins en compétences dans le secteur de l’agroalimentaire. Comment s’y prend-t-il ?

Les compétences deviennent rapidement obsolètes de nos jours et face à la difficulté de quantifier ou profiler les besoins futurs en ressources humaines qualifiées, le ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences préconise aux acteurs de l’agro-alimentaire de s’engager résolument dans une approche de co-construction de l’avenir.


«Dire qu’on peut imaginer faire de la prospective, dans le sens propre du terme, relève de l’utopie», souligne Noureddine Benkhalil, secrétaire général du ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences.

Générant près de 17% des emplois au Maroc, le secteur de l’agroalimentaire est stratégique pour le Royaume et joue un rôle clé pour sa sécurité alimentaire et sa souveraineté industrielle.

Pour ce faire, «deux leviers sont à maîtriser : les tendances lourdes et la co-construction», a récemment expliqué Benkhalil, lors de la 1re édition du Forum sur les compétences pour l’avenir, organisé sur le campus de l’UM6P.

Par tendances lourdes, il faut entendre la maîtrise des phénomènes prévisibles qui devraient structurer le secteur et introduire des changements profonds dans 4 à 10 ans. À cela, s’ajoute le fait d’intégrer et rendre opérationnel la co-construction, qui va consister, pour les opérateurs de formation, les universités et les professionnels, à travailler main dans la main et à décider d’un commun accord du devenir du secteur à moyen et long terme.

«Et à partir de là, se projeter sur la base d’éléments qu’on maîtrise. Pour ce faire, il va falloir être agressif. La co-construction est, à mes yeux, la seule science qui permet de prédire l’avenir», souligne Benkhalil. Selon lui, ce nouveau paradigme, qui succède à diverses approches antérieures déployées par le ministère et les établissements en relevant, gagnerait à être adopté.

La veille prospective de l’ANAPEC progresse vers l’e-prospective
Depuis une quinzaine d’années, l’ANAPEC organise une veille prospective qui touche près de 10.000 entreprises pour identifier leurs besoins en recrutement, en compétences ainsi que les pratiques en vigueur à ce niveau. L’objectif étant aussi de cerner les difficultés rencontrées lors de la recherche d’un certain nombre de profils et compétences. Cet outil de veille, sans cesse affiné, s’appuie de plus en plus sur les atouts du digital.

Ainsi, avec l’appui du Millennium challenge corporation (MCC) et d’universités de renom, le Maroc est en train de «construire de la e-prospective pour toucher un maximum d’entreprises et essayer d’être de plus en plus précis», explique Benkhalil. Il y a aussi des études sectorielles, réalisées par le Département de la formation professionnelle, qui permettent d’identifier les tendances lourdes sur une échéance de 5 à 10 ans.

S’ajoutent, enfin, à cela l’organisation de plusieurs ateliers prospectifs et des programmes menés en coopération avec le Bureau international du travail en vue d’identifier les compétences clés dans les domaines de l’exportation et du développement du commerce.

Le projet ProAgro exemple d’initiative co-construite
Lancé en partenariat avec l’Organisation internationale du Travail, le projet ProAgro ambitionne de faire converger les efforts visant à renforcer l’accompagnement des jeunes entrepreneurs des secteurs agricole et agroalimentaire. Le projet, dont le périmètre d’action est circonscrit à la Région de Rabat-Salé-Kénitra, initie les entrepreneurs aux meilleures pratiques de pré-création et création d’entreprises.

Objectif : développer les compétences, la chaîne de valeur et la formation à moyen terme dans le cadre d’une démarche de co-construction.

Le big data s’invite dans le profilage des compétences
En partenariat avec l’Université Mohammed VI polytechnique et le MCC, une plateforme est en cours de développement dans l’optique de profiler les besoins futurs en ressources humaines qualifiées. Cette dernière, qui «va s’appuyer sur l’intelligence artificielle et le big data, devrait permettre, à travers l’analyse des données, d’arrêter un certain nombre de tendance concernant les besoins et compétences futures», explique le secrétaire général du ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi, et des compétences.

Des pistes d’amélioration pour le volet formation

Pour Noureddine Benkhalil, «Rien ne remplacera un processus de formation complet. Pour ce faire, il va falloir mettre de plus en plus l’accent sur le potentiel à développer chez la ressource humaine, pour l’amener à être autonome, capable de s’auto-former continuellement et de travailler en équipe. Il s’agit aussi de trouver des solutions personnalisées, de supporter le stress et de s’adapter aux situations de changements technologique ou organisationnel, voire de s’adapter aux changements de chaînes d’approvisionnement ou de production.»

Au-delà de la clé du potentiel, «il faut construire un dispositif sur plusieurs étapes. À commencer par le système éducatif, qui doit développer chez les ressources humaines l’autonomie, la vivacité d’esprit, le réflexe d’entreprendre, et ce, à partir du préscolaire… En un mot de développer des habiletés et de bons comportements».

À l’embauche, «les mécanismes de formation sont à diversifier et améliorer afin d’apporter des réajustements au niveau des compétences par rapport à des postes à pourvoir. Les entreprises doivent aussi jouer leur rôle d’espace de formation». Sans parler de la formation continue, «qu’il va falloir améliorer et actionner continuellement» pour que les compétences soient en phase avec les enjeux du futurs.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO


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