Maroc

La révolte d’Aedemon, le Spartacus marocain

 

En l’an 40 après J C, Ptolémée, dernier roi amazigh de Maurétanie est assassiné par l’empereur Caligula. N’ayant pas laissé d’héritier, le Royaume de Maurétanie (actuel Maroc) était condamné à la disparition, et au contrôle direct par l’empire romain. Mais cette transition ne s’est pas faite sans résistance, car pendant 4 longues années, des révoltés amazighs conduits par Aedemon, un affranchi du roi Ptolémée, tint en échec les légions romaines, tentant d’empêcher une totale domination romaine sur le pays.


Le contexte historique

L’existence du Royaume de Maurétanie reviendrait à trois siècles avant Jésus-Christ, selon la légende il serait encore plus ancien. La légende dit même qu’Atlas, roi légendaire de Maurétanie, serait même l’inventeur de la sphère représentant la voûte céleste. Mais le premier roi, dont l’existence historique est attestée, est Baga, qui fut contemporain de la deuxième guerre punique, qui opposa Rome à sa rivale, Carthage au troisième siècle avant notre ère.

 Au premier siècle avant J.C., suite à la longue guerre qui opposa Rome au royaume voisin de Bacchus, le roi de Maurétanie obtient le titre d’«ami de Rome» pour son aide à la capture du roi Jugurtha de Numidie. En 33 av. J. C., le Royaume de Maurétanie perd son indépendance et devient un royaume vassal de l’empire romain, et les Romains installent Juba 2 sur le trône. Le royaume jouit d’une certaine autonomie, mais reste contrôlé indirectement par l’Empire romain. À la mort de Juba 2 en 23 ap. J. C., son fils Ptolémée, issu de son mariage avec Cléopâtre Séléné, fille de la célèbre reine égyptienne, lui succède.

Assassinat de Ptolémée et début de la révolte

En l’an 40 ap. J. C., Ptolémée est invité à Rome par l’empereur Caligula mais Ptolémée suscite la méfiance et la colère de ce dernier en portant un manteau pourpre, couleur réservée à l’empereur, il est assassiné par l’ordre de ce dernier lors d’un spectacle de gladiateurs. La motivation de Caligula n’est pas claire. Les historiens anciens comme Suétone et Cassius Dion évoquent la jalousie de Caligula envers la richesse ou la popularité de Ptolémée, ou encore qu’il ait été provoqué par l’accoutrement impérial de Ptolémée. D’autres prétendent que  Ptolémée aurait pu être impliqué dans un complot fomenté par des ennemis de Caligula.

Ce qui est certain, c’est que le roi étant mort sans héritier, son poste reste vacant, et est ainsi annexé par Rome, qui va désormais contrôler le territoire directement. Mais Aedemon, esclave domestique affranchi de Ptolémée, indigné et loyal à son maître, ne comptait pas laisser Rome agir à sa guise.

Le peu qu’on sait de ce mystérieux personnage est qu’il fut un affranchi et un proche du roi Ptolémée, peut-être était-ce lui qui gérait les affaires du royaume en l’absence de son maître, comme il était coutume avec les affranchis. On retrouve l’une des seules mentions de son nom dans «L’histoire naturelle» de l’historien romain Pline, qui cite  une inscription de Volubilis : « Les armes romaines combattirent pour la première fois en Maurétanie sous le principat de Claude, alors que l’affranchi Aedemon cherchait à venger le roi Ptolémée mis à mort par Caius César (Caligula) ». Toutefois sa révolte fut particulièrement violente, et difficile à réprimer pour l’Empire romain.

 Le lendemain de l’assassinat de Ptolémée, Aedemon forma une grande armée amazighe, issue d’une grande partie de l’armée de Ptolémée, à l’arrivée des troupes romaines, il fut rallié par des tribus maures de toutes les régions du royaume et rassembla une foule de résistants dans la campagne et les pentes du Grand Atlas,  tous mécontents de l’ingérence ouverte de Rome qui signifiait la fin de l’indépendance nominale de la Maurétanie.

Cette révolte est très que peu documentée, mais le peu qui nous est parvenu sur elle montre qu’il s’agissait d’une violente révolte qui a donné à l’Empire romain du fil à retordre. On pourrait deviner, par les dégâts recensés par les romains à la fin de la guerre, que le révolté berbère a eu recours à la politique de la terre brûlée, attaquant et incendiant les villes et les centres romains en Maurétanie, détruisant probablement des forteresses romaines ainsi que des postes avancés militaires.

Pendant quatre ans, les troupes romaines ont eu du mal à contenir cette révolte et à l’encercler militairement, probablement parce que les rebelles ont établi leurs fortifications dans les montagnes de l’Atlas, difficiles d’accès pour l’armée romaine, à cause de la difficulté des voies et des montagnes escarpées.

Face à cette situation, l’empereur Claude, devenu empereur entre-temps après l’assassinat de Caligula en l’an 41, dépêche en Maurétanie de nouvelles légions, dirigées par les prestigieux généraux romains, Caius Suetonius Paulinus et Cnaeus Hosidius Geta, pour combler le vide du pouvoir, rétablir le pouvoir central et subjuguer les tribus nomades rebelles. Paulinus est devenu le premierRomain à traverser les montagnes de l’Atlas, pendant la campagne. La légion romaine put aussi compter sur le soutien de citoyens romains d’origine berbère, comme ceux de Volubilis qui se rangent alors résolument dans le camp des Romains en créant une milice d’auxiliaires qui contribue à l’anéantissement final de la révolte. 20 000 hommes, légionnaires et auxiliaires, sont nécessaires pour mater la révolte qui occasionne des destructions et de lourdes pertes dans le camp romain et de ses alliés, comme peuvent en témoigner des traces archéologiques.

En l’an 44, après quatre ans de révolte, une bataille décisive dans laquelle les Romains, surtout des amazighs romanisés, ont infligé de grandes pertes aux insurgés d’Aedemon, les Romains ont, après la révolte, offert des termes, et la vie saine aux survivants. Quant au Spartacus berbère, tout ce qu’on sait de lui est qu’il fut « écrasé » au cours de cette guerre, c’est-à-dire, selon toute apparence, non seulement qu’il fut défait, mais aussi qu’il y perdit la vie.

Les pertes dans le camp romain furent très lourdes. Tingis, l’actuelle Tanger, fut partiellement détruite lors des batailles contre les Romains, ainsi que la ville de Volubilis. Claude a décidé de diviser le royaume en deux provinces romaines, la Maurétanie tingitane et la Maurétanie césarienne, qui seront désormais gouvernées directement par l’Empire romain, par un procurateur équestre nommé par l’Empereur.

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