Maroc

Jesko Hentschel: Comment le Maroc va renforcer son positionnement portuaire

Jesko Hentschel. Directeur du département Maghreb, Banque mondiale

La Banque mondiale est fortement engagée dans le développement du secteur portuaire national. Elle étudie de près le potentiel d’intégration régionale et internationale pour les ports marocains, notamment en lien avec le transport ferroviaire.


Comment jugez-vous la dynamique du secteur portuaire national en général ?
À travers son ouverture sur l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, le Maroc mise de plus en plus sur son atout maritime pour mieux se positionner comme un acteur commercial incontournable d’Afrique du Nord et aussi pour renforcer ses infrastructures maritimes en tant que plateformes de logistique et d’activités économiques qui peuvent bénéficier aux territoires et aux populations. Aujourd’hui, le dynamisme du secteur portuaire marocain se reflète tout d’abord à travers une capacité opérationnelle conséquente des ports marocains, mais également par un nombre important de ports en cours de construction, d’extension ou de définition. Un nombre important d’investissements en infrastructures portuaires sur les vingt années à venir a été défini et planifié dans le cadre d’une stratégie portuaire nationale claire. Cette politique portuaire ambitieuse se traduit par une augmentation sensible du trafic global de l’ensemble des ports marocains (environ 11 pour cent entre 2018 et 2019), hors conditions particulières notamment en lien avec le contexte de la pandémie. Enfin, l’émergence de Tanger Med en tant que plateforme portuaire de classe internationale se confirme sur le plan international ; ce port se positionne désormais comme l’un des principaux hubs portuaires et logistiques de l’Afrique. Le Port Tanger Med est également une illustration de l’impact plus large des ports sur le développement: le dynamisme économique et les opportunités générées autour des ports représentent des vecteurs de croissance des entreprises et de création d’emplois.

Comment la Banque mondiale soutient-elle le Maroc en matière d’infrastructures portuaires ?
Le dynamisme du secteur portuaire revêt une importance particulière, car il constitue un outil au cœur des enjeux du développement territorial, industriel et commercial que le Maroc ambitionne de mettre en place pour atteindre une croissance inclusive et tournée vers la productivité. En ce sens, il s’agit d’un chantier important pour la Banque mondiale qui, rappelons-le, concentre son soutien au gouvernement marocain autour d’interventions qui peuvent constituer des leviers d’inclusion sociale, territoriale et économique. Dans ce cadre, la Banque mondiale apporte un soutien technique et de conseil aux autorités marocaines à travers l’analyse de la résilience post-Covid-19 du secteur portuaire mais aussi des questions de gouvernance, de performance et de financement du secteur. D’autre part, la Banque mondiale étudie de près le potentiel d’intégration régionale et internationale pour les ports marocains, notamment en lien avec le transport ferroviaire.

Selon vous, que reste-t-il à faire dans le domaine portuaire pour mieux positionner le Maroc dans l’échiquier mondial des échanges commerciaux ?
Le Maroc poursuit ses efforts pour renforcer son positionnement portuaire au niveau de la région méditerranée et au niveau du continent, à travers le lancement de plusieurs hubs portuaires et la mise en place d’écosystèmes industriels prometteurs autour de ces ports. Aujourd’hui, l’enjeu consisterait à améliorer la performance logistique des ports marocains, afin qu’ils puissent tirer pleinement profit des investissements importants réalisés dans le secteur, y compris à travers une meilleure connectivité des ports à l’arrière-pays. Autre enjeu important: l’optimisation de la gouvernance du secteur portuaire, en réduisant la complexité et la fragmentation institutionnelle et en créant davantage de synergies entre les acteurs. Enfin, pour améliorer le financement du secteur, une plus grande mobilisation de ressources privées et innovantes y compris à travers les Partenariats public-privé (PPP), permettrait de réduire la pression sur les finances publiques, notamment en cette période de crise.

Quel est votre avis sur la résilience de ce secteur depuis l’avènement de la crise sanitaire ?
Hormis des difficultés temporaires, le transport maritime a fait preuve d’une résilience importante face à la crise de la Covid-19. Le système portuaire marocain a continué de fonctionner de façon quasi-normale pour le transport maritime de marchandises qui constitue la grande partie de l’activité. Au premier trimestre 2020, l’impact a été peu ressenti au niveau des principaux ports marocains (Tanger Med et Casablanca notamment), à l’exception du trafic de voyageurs en provenance ou à destination de l’Europe. Selon les données de l’Agence nationale des ports (ANP), à fin novembre 2020, le trafic transitant par les ports gérés par l’ANP (soit l’ensemble des ports du pays à l’exception de Tanger-Med) a atteint un volume global de 84,7 millions de tonnes, soit une hausse de 5,3 pour cent par rapport à la même période en 2019. De son côté, le port de Tanger Med, géré par la Tanger Med Port Authority (TMPA) et axé en grande partie sur des activités de transbordement maritime, devrait réaliser pour l’année 2020 un volume de près de 80 millions de tonnes, soit une hausse de 23% par rapport à 2019, du fait de la récente ouverture de son deuxième terminal.

Sanae Raqui / Les Inspirations Éco

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