Maroc

Huiles de table : suspension des droits d’importation et après ?

Le gouvernement a décidé récemment de suspendre les droits d’importation applicables à certaines graines oléagineuses et aux huiles brutes. Une mesure, certes salutaire, mais qui ne devrait pas produire tous les effets escomptés, dont la baisse du prix final. Les consuméristes  s’attendaient plutôt à une baisse de la TVA.  

Présentes dans toutes les sauces, les huiles de table sont emblématiques de l’art culinaire marocain. Chaque année, il s’en consomme de grandes quantités, à tel point que le Royaume est classé parmi les 10 premiers importateurs de ces produits dans le monde. Aujourd’hui, face à la croissance démographique et au changement des habitudes alimentaires des ménages, la demande ne cesse d’augmenter. La consommation, sur les 10 dernières années, a crû de 20% pour l’huile et 60% pour le tourteau, selon les spécialistes.


77.000 tonnes d’huiles consommées par an
Sur la période 2020-2021, 77.000 tonnes d’huiles de colza et de tournesol et 460.000 tonnes de tourteaux de colza et tournesol ont été consommés dans le pays. Seulement voilà, aujourd’hui, peu de ménages peuvent se permettre le luxe de s’offrir cette denrée devenue rare et quasi inaccessible aux petites bourses. En l’espace de quelques mois, les prix ont connu des hausses vertigineuses.

À titre d’exemple, la bouteille d’huile de cinq litres, d’une marque très prisée, qui coûtait 129 DH en avril, se vend aujourd’hui à 146,95 DH. Et pour cause, le Maroc subit de plein fouet la flambée des prix des matières premières, en particulier ceux entrant dans la fabrication des huiles de table. En réalité, les prix de vente de ces derniers sont en hausse continue depuis fin 2020.

Pour amortir les effets de cette flambée sur le panier de la ménagère, dans ce contexte inflationniste, le gouvernement a décidé récemment de suspendre les droits d’importation applicables à certaines graines oléagineuses et aux huiles brutes. Une décision qui devrait en principe contribuer à faire baisser sensiblement les prix à la consommation. Censés confirmer ou infirmer cette hypothèse, les professionnels de la filière que Les Inspirations Eco a approchés ont préféré se murer dans le silence.

De quoi ont-ils peur ? Les consuméristes, eux, applaudissent cette décision qui arrivent toutefois “un peu tard”. Il fallait suspendre depuis longtemps les droits d’importation sur ces produits d’autant plus que «les hausses signalées ne datent pas d’aujourd’hui», remarque Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs qui salue, cependant, la mesure.

Reste que, dit-il, la TVA appliquées aux dits produits demeure problématique car elle est de 10% pour les huiles brutes importées et raffinées au Maroc et de 7% pour les matières premières.

98% des matières premières importées
Une charge très importante pour les opérateurs qui la répercutent sur les prix de vente. Pour rappel, la production locale des huiles de table provient à hauteur de 98% de matières premières importées. Dès lors, tout porte à croire que la baisse attendue sur les prix de vente des huiles ne sera pas vraiment significative. En attendant, Kherrati recommande aux Marocains de changer leurs habitudes alimentaires en consommant moins d’huile de table.

«Celle-ci a été introduite au Maroc dans les années 1930. Vu que, malgré tous les efforts, la production locale peine à se développer au niveau souhaité, il vaudrait mieux que l’on s’adapte à la situation», suggère-t-il. Le pays produit annuellement, et en fonction des conditions climatiques, entre 25.000 et 40.000 tonnes de graines oléagineuses qui contribuent à répondre à ses besoins. L’introduction du colza et du tournesol avait été motivée par la nécessité de diversifier la rotation des cultures afin de renforcer les performances des cultures céréalières, mais également pour améliorer l’autonomie nationale en huiles et protéines végétales.

Les cultures oléagineuses, notamment du tournesol et du colza, sont localisées essentiellement dans les Régions de Rabat-Salé-Kénitra et Fès-Meknès. La culture du colza est en cours de développement au niveau de deux autres régions, celles de Casablanca- Settat et Béni Mellal-Khénifra. Toutefois, les importations restent toujours importantes, et ce, au détriment de l’économie nationale.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO


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