Maroc

Hausse des prix des locations de voitures: ce qu’il en est vraiment

Pointés du doigt en raison des tarifs appliqués en cette période estivale, les loueurs de voitures plaident non coupables ! Contacté par Les Inspirations Eco, Choukra Alla Mahmoud, président de l’Association des loueurs d’automobiles sans chauffeurs de Marrakech, et vice-président de la fédération des loueurs d’automobiles sans chauffeurs au Maroc (FLASCAM), avance ses arguments. 

Sous le feu des projecteurs depuis quelques jours, les loueurs de voitures montent au créneau, et se disent incompris.


«Il n’y a pas de flambée des prix. Les tarifs appliqués sont juste revenus à leur niveau normal», réagit Choukr-Alla Mahmoud, président de l’Association des loueurs d’Automobiles sans chauffeurs de Marrakech, et vice-président de la fédérations des loueurs d’automobiles sans chauffeurs au Maroc (FLASCAM).

«Pendant des années, nous étions à la merci des grandes entreprises, qui vendent aux touristes des offres packagées comprenant le trajet en avion et la voiture tout le long du séjour, pour une location leur revenant à 12 euros la journée. Mais pour une PME, ce montant ne représente même pas 50% du prix auquel ces locations devraient être faites», explique-t-il.

Conjugaison de plusieurs facteurs

Pour notre source, le réajustement des prix est un phénomène «occasionnel qui dure depuis un mois, voire un mois et demi, et cela résulte d’une longue période d’inactivité où personne ne s’est préoccupé des loueurs de voitures». Le secteur a connu plus de 20 mois d’arrêt total d’activité, ce qui a laissé des traces.

«Nous n’avons bénéficié d’aucune aide de l’État, ni d’indemnité forfaitaire de la CNSS. Bref, nous avons été livrés à notre triste sort.

A cela s’ajoutent nos démêlés avec les assurances et les banques. Pendant ces vingt mois, plus de 40% des loueurs de voitures ont mis la clé sous le paillasson».

Selon le dirigeant, la hausse des loyers des véhicules de tourisme sans chauffeur résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs, et se sont traduits par la fermeture de 40% des agences et la mise en vente de plus de 50% des véhicules constituant le parc disponible, du fait des litiges avec les créanciers, notamment les banques et assurances.

Ces dernières «nous ont harcelés, et saisi les voitures par des moyens illégaux, c’est-à-dire sans passer par les tribunaux. S’y ajoutent les primes d’assurance qui ont augmenté», ajoute-t-il. Afin de subvenir à leurs besoins urgents de trésorerie, plusieurs loueurs ont dû donc céder une partie de leur parc.

Vu l’ampleur de la crise, la plupart n’ont pas pu acquérir de nouveaux véhicules. Le représentant des loueurs estime le taux de renouvellement du parc à une moyenne fluctuant entre 5 et 10% cette année.

Ce qui, au passage, a directement impacté les concessionnaires automobiles et vendeurs de voitures, pour qui ces professionnels représentent une clientèle non négligeable. Le tout combiné à la loi de l’offre et la demande, comme on pouvait s’y attendre. En effet, l’offre de véhicules disponibles a fondu de manière drastique, pour les raisons évoquées plus haut, et en face, la demande a explosé pendant la période estivale.

Après un été 2020 sans touristes et son lot de Marocains résidant à l’étranger (MRE), du fait du confinement général des populations, le Maroc a parié cette année sur un scénario moins confiné, et décidé de faciliter le retour des MRE.

Pour de nombreux secteurs d’activité, dont les loueurs de véhicules de tourisme, cette déferlante a été l’occasion rêvée pour faire des affaires et réduire l’impact d’une trop longue période de «jachère».

Selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), pour le seul mois de juin, les recettes touristiques ont augmenté de 15,2%, bénéficiant de la réouverture graduelle des frontières nationales à partir de mi-juin et du lancement de l’opération Marhaba 2021.

Ainsi, la baisse des recettes du secteur du tourisme s’est atténuée à -10,5% au deuxième trimestre 2021, après -68,8% au premier trimestre et -77,4% l’année précédente. Gardons à l’esprit, qu’avant la Covid-19, les mois de juillet et août contribuaient à hauteur de 70% au chiffre d’affaires annuel, les 30% restants étant réalisés sur le reste de l’année. «Dans le contexte actuel, ces deux mois vont représenter près de 90% des revenus de l’année 2021», estime Choukr-Alla Mahmoud.

Les prix vont revenir à la baisse

«Vu la pression de la demande, les prix devraient, normalement, se situer à un niveau trois à quatre fois supérieur aux tarifs appliqués actuellement», soutient l’opérateur, qui n’a pas manqué d’évoquer une probable baisse du coût de location dans les jours à venir.

«Les tarifs vont s’inscrire à la baisse à partir du 1er septembre, se stabilisant entre 150 et 200 DH, ce qui est en dessous du prix de revient réel d’un véhicule utilitaire», souligne-t-il. Se basant sur une étude réalisée, il y a de cela six ans, par un bureau d’étude missionné par l’association des professionnels du secteur, notre interlocuteur souligne que les clients ont été, depuis un certain temps, habitués à louer en deçà du prix de revient des voitures. «Les gens se sont accoutumés à louer à des prix variant entre 10 et 12 euros. Louer à 300 DH la journée une voiture achetée à 500.000 DH est un prix tout à fait raisonnable», fait-il valoir.

La demande se tasse

Depuis une semaine, les loueurs de voitures commencent à se rouler les pouces. En effet, la demande se tasse, du fait notamment que la plupart des MRE ont regagné leurs pays de résidence.

Ce qui suscite beaucoup d’appréhension chez les loueurs. «Nous n’avons plus de demande. Les jours qui viennent seront catastrophiques pour nous», prédit, fataliste, notre invité.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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