Maroc

Enseignement privé: la crise sera lourde de conséquences (entretien avec Kamal Daissaoui)

Entretien avec Kamal Daissaoui. Président de la FEP

La nouvelle donne sanitaire a-t-elle poussé à réactiver la Fédération de l’enseignement privé ?
La réactivation de la Fédération de l’enseignement privé (FEP) a eu lieu il y a plus d’un an et demi. Sa reprise a été lancée au cours du mandat de Salaheddine Mezouar, et l’arrivée de Chakib Alj à la présidence de la fédération a été très importante pour l’avancement de cette reprise. Celui-ci est aussi conscient de l’intérêt que peut procurer une telle fédération au niveau de la CGEM, d’autant plus que les employeurs sont demandeurs de ressources humaines de qualité. Depuis que Alj est à la tête de la fédération, il n’a cessé d’agir en réunissant l’ensemble des acteurs du secteur pour assurer au mieux la réactivation de notre fédération. Le couronnement de ces multiples rencontres a ainsi eu lieu jeudi dernier à travers l’élection du président et des vice-présidents de la fédération.


Quelle est votre feuille de route à moyen terme ?
Nous avons un plan d’action à court terme qui consiste à réussir la rentrée 2020-2021. Vous savez sans doute que cette rentrée est particulièrement difficile à cause des conditions sanitaires liées à la pandémie de la Covid-19. Le choix du distanciel ou du présentiel a rendu les choses difficiles pour les ménages, ainsi que pour les établissements d’enseignement de tous les niveaux (fondamental, collégial et secondaire), d’enseignement professionnel privé ou encore d’enseignement supérieur privé. Il faut dire qu’une moyenne nationale de 80% souhaite procéder à l’enseignement présentiel: ceci démontre la difficulté et la délicatesse de la gestion du flux d’élèves en présentiel tout en respectant les mesures sanitaires dictées par les autorités nationales dans les meilleurs conditions.

Justement, que pensez-vous des nouvelles mesures prises pour la ville de Casablanca ?
Effectivement, de nouvelles mesures ont été prises en ce qui concerne l’enseignement en présentiel au sein de la ville ; le distanciel est aujourd’hui la seule option. Dans ce sens, je pense qu’il faut être très réactif : les établissements d’enseignement doivent réagir au plus vite pour basculer vers les 100% distanciel. Un dispositif doit impérativement être mis en place par les établissements pour assurer une meilleure communication avec les familles. Notre mission est de leur permettre d’être agiles. Les établissements présents dans des régions peu impactées par le coronavirus doivent établir l’enseignement présentiel. Pour ce faire, il faut assurer une communication sereine entre les établissements, les pouvoirs publics et les parents d’élèves, l’objectif étant d’éviter les tensions et de se baser sur des données réelles, scientifiques et chiffrées.

Quelles sont donc vos priorités actuelles ?
Il faut réussir la rentrée dans le cadre d’un respect scrupuleux des consignes des pouvoirs publics. La santé des élèves et étudiants passe en premier. Dans ce sens, la mise en place d’un cahier des charges sanitaire est obligatoire, que ce soit pour l’enseignement public ou privé. Puis, à travers tous les moyens pédagogiques existants, soit en présentiel, soit en distantiel, soit en hybride, il est impératif de réussir les objectifs pédagogiques de cette année.

Quel est l’objectif de l’étude que vous avez commanditée récemment ?
Nous avons lancé une étude d’impact de la Covid-19 sur le secteur de l’enseignement, et avons présenté les premiers résultats de cette dernière lors de notre Assemblée générale élective. Cette étude avance quelques données chiffrées sur la santé de l’enseignement privé. Un bon nombre d’écoles présentent des difficultés financières conséquentes, d’autres ont déjà fermé leurs portes. Nous estimons ainsi un impact financier se chiffrant à plusieurs milliards sur le secteur. J’ajoute dans ce sens que l’objectif de l’étude que nous avons commanditée est de préciser scientifiquement et de répondre, à travers des chiffres économiquement et financièrement avérés, aux détracteurs de notre secteur et ainsi dissiper toute ambiguïté à ce sujet. Malheureusement, plusieurs familles ont été impactées négativement par la crise sanitaire ; en tant qu’école citoyenne, il faut trouver des solutions adéquates pour ces dernières. La grande majorité des établissements privés a accordé des réductions importantes aux familles pouvant aller jusqu’à 100% pour celles qui n’ont plus aucun revenu. Je cite également le cas des familles qui n’ont pas été touchées par la crise sanitaire et qui ont affiché leur solidarité en payant leurs frais habituels de scolarité. C’est vous dire que la solidarité est importante dans ces circonstances car la seule source de revenu des établissements d’enseignement provient des recettes des familles des élèves. Par ailleurs, il est à préciser que les pouvoirs publics ont exclu notre secteur de certaines mesures. Je note également que notre secteur ne demande pas d’aides, seulement des mesures de facilitation comme l’accès au crédit Damane Oxygène. Plusieurs établissements d’enseignement se retrouvent dans une situation financière délicate, et ce n’est pas normal que les pouvoirs publics estiment que notre secteur n’a pas été impacté par la crise du coronavirus. D’où l’intérêt de notre étude qui permettra de relayer, à travers des chiffres, le degré d’impact de la crise sanitaire sur les établissements d’enseignement. Je précise que ses résultats finaux seront validés très prochainement par le bureau de la fédération et partagés publiquement. Je rappelle que nous voulons éviter toute tension entre les établissements privés et les familles. 

Sanae Raqui / Les Inspirations Éco

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