Maroc

Emploi : le taux d’insertion professionnelle des femmes au ralenti

Au Maroc, les écarts concernant le taux d’emploi entre hommes et femmes demeurent encore largement défavorables à la population féminine. Toujours est-il que le gouvernement a établi quelques modifications afin de renforcer l’accès des femmes à l’activité. C’est à cet effet que plusieurs points figurent dans  le rapport axé sur le genre du Projet Loi de Finances 2023.  

L’intégration des femmes dans l’activité économique demeure à ce jour un dilemme et un grand défi de politique sociale et économique. Malgré les efforts déployés pour améliorer l’insertion de la femme dans le marché du travail, les résultats sont loin d’être réconfortants. En effet, selon le dernier rapport axé sur le genre dans le projet de loi de Finances 2023, le volume global de l’emploi féminin au Maroc, mesuré par la population féminine active occupée âgée de 15 ans et plus, a connu une progression annuelle timide de 1,09%.

Le nombre des femmes actives occupées, quant à lui, ne dépasse pas 2,5 millions de femmes, soit un taux de féminisation de l’emploi de 18,6% en 2019 contre 28% en 2000. Un constat qui demeure largement inférieur à celui des hommes qui avoisine 65,5% en 2019, et qui se résume à 3,5 fois plus celui des femmes en 2019 contre 2,8 fois plus en 2000.

Le document s’est également penché sur la caractérisation des femmes en dehors de la population active, faisant ressortir 3 catégories de femmes inactives. Il s’agit des femmes peu scolarisées qui résident dans les zones urbaines et qui représentent 35% des femmes inactives en 2019. Suivies de celles peu scolarisées, vivant dans les zones rurales avec 24,1%. La troisième catégorie est constituée des femmes citadines ayant un niveau d’études plus élevé.

Pour remédier à ce constat quelque peu déplaisant, un outil de soutien a été élaboré dans le cadre du programme commun d’ONU femmes et de l’Organisation internationale du Travail (OIT) intitulé «Favoriser l’emploi décent pour les femmes grâce à des politiques inclusives et aux investissements dans l’économie des soins à autrui». Le Maroc a été retenu pour faire partie de cette initiative globale avec l’Argentine, l’Égypte, le Népal et l’Éthiopie.

LES FEMMES OCCUPÉES  MAJORITAIREMENT DANS LE SECTEUR PRIMAIRE
Par milieu, le taux d’emploi des femmes en milieu rural s’est établi à 26,3% et à 14,5% pour les femmes citadines en 2019 contre respectivement 32,9% et 21,9% en 2000. Par diplôme, près de 60% des femmes actives occupées en 2019 n’ont aucun diplôme contre 53,3% pour les hommes, alors qu’en 2000 plus de 80% des femmes actives occupées étaient sans diplôme contre 73,7% pour les hommes.

En ce qui concerne la répartition sectorielle de l’emploi féminin, le rapport indique qu’au titre de la période 2000-2019, 47% des femmes occupées sont employées en 2019 dans le secteur ‘’agriculture, forêt et pêche’’ contre 62,1% en 2000. La part de ce secteur est dominante dans le milieu rural.

S’agissant de la part des femmes employées dans le secteur de l’industrie et l’artisanat, elle a connu un repli entre 2000 et 2019, passant de 17,4% à 14,5%. Par ailleurs, la branche d’activité qui a créé le plus d’emploi pour les femmes est celle des ‘’services ‘’, avec un taux d’emploi féminin passant de 20,5% en 2000 à 38,5% en 2019. Cela dit, ce sont les femmes citadines qui ont davantage profité de la dynamique de la création d’emplois dans les services.

Le ministère  mobilisé  pour  renforcer l’accès des femmes à l’activité
Ceci étant, pour renforcer l’accès des femmes à l’activité, le ministère de la Solidarité, de l’insertion sociale et de la famille a élaboré, dans le cadre d’un partenariat avec ONU Femmes et avec l’implication de l’ensemble des départements ministériels, le «Programme national intégré d’autonomisation économique des femmes et des filles (PNIAEF) à l’horizon 2030».

Baptisé «Maroc-Attamkine», ce programme a pour but de promouvoir le cadre institutionnel régissant l’autonomisation économique des femmes, tout en développant les leviers à même de renforcer leur accès aux opportunités économiques. Le programme porte sur trois axes majeurs, à savoir : l’accès aux opportunités économiques, l’éducation et formation ainsi que la création d’un environnement propice et durable à l’autonomisation économique des femmes, protégeant et améliorant leurs droits.

QUELQUES progrès législatif, réglementaire et institutionnel ENREGISTRÉS
Afin de rééquilibrer le cadre législatif, le conseil de gouvernement a approuvé le projet de décret n°2.22.194 portant sur la création de la Commission nationale de l’égalité de genre et l’autonomisation de la femme. Le décret prévoit 3 instances de gouvernance, à savoir: une commission nationale présidée par le Chef du gouvernement, composée de l’ensemble des départements concernés, des représentants des collectivités territoriales et de la société civile; un comité technique présidé par la ministre de la Solidarité, de l’insertion sociale et de la famille et composée des représentants des différents acteurs concernés à l’instar de la commission nationale; et des groupes de travail thématiques.

Par ailleurs, un projet de loi portant sur la fonction publique a été publié au Bulletin officiel. Il comprend l’octroi d’un congé de paternité rémunéré pendant une période de 15 jours continus et rémunérés au profit du fonctionnaire père biologique de l’enfant ou ayant adopté un enfant. Cela concerne également l’octroi de congé de maternité, selon les mêmes dispositions en vigueur relatives au congé de maternité, pour la fonctionnaire femme adoptant un enfant. Et enfin, l’octroi d’un congé de maternité et d’une heure d’allaitement.

D’autre part, le ministère de l’Industrie et du commerce (MIC) est actuellement engagé dans plusieurs chantiers législatifs ayant pour objectif, entre autres, la promotion de l’égalité de genres dans les activités industrielles et commerciales. Ainsi, le MIC est actuellement en phase de préparation d’un projet de loi pour l’intégration de mesures favorables à l’emploi féminin dans les cahiers de charges d’aménagement et de gestion de zones industrielles (crèche, transport sécurisé et bien d’autres .. ).

Pour rappel, un protocole d’accord visant la promotion du travail décent et l’amélioration de la participation des femmes dans le marché du travail marocain a été signé entre le ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Organisation des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes) pour le Maroc.

D’une durée de trois ans, renouvelable par tacite reconduction, le protocole porte sur différents domaines, à savoir le renforcement des capacités du ministère et l’élaboration d’outils en matière de promotion de l’emploi des femmes et leur accès égal au marché du travail.

LA FORMATION  PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR REMONTER LA PENTE 

Sous l’effet de la crise liée au Covid conjuguée aux problèmes de sécheresse qu’a connus récemment le Maroc, plusieurs emplois dans le milieu rural ont été perdus. Contactée par Les Inspirations Eco, la militante féministe et directrice de l’association Tahadi pour l’Egalité et la citoyenneté (ATEC), Bouchra Abdou, affirme que la sécheresse ainsi que la période post-Covid ont lourdement impacté le secteur informel, ce qui a conduit à une perte considérable d’emplois. Selon elle, «hormis le secteur informel, ces femmes n’ont pas pu retrouver de travail parce qu’elles n’ont malheureusement pas les compétences requises étant donné leur faible niveau d’études». «La majorité opte pour le métier de nounous, quand elles ne se contentent pas d’être femmes au foyer», nous confie Bouchra Abou.

Selon la militante, il est plus que nécessaire d’instaurer une formation professionnelle continue pour faire face aux crises et aux évolutions technologiques, et recommande vivement une sensibilisation sur les métiers et genre. «Malgré les efforts déployés par les femmes au niveau de l’enseignement, de la formation et de la qualification professionnelle, et bien que les données témoignent de leur primauté dans ces domaines, elles restent tout de même privées de l’accès équitable au marché du travail formel et rémunéré», déplore Bouchra Abdou.

Kenza Aziouzi / Les Inspirations ÉCO


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