Maroc

DOSSIER. Enseignement supérieur : la Covid-19, l’élément déclencheur ?

La Covid-19 a infligé un véritable coup de massue à tous les secteurs. Le secteur de l’enseignement, en particulier, est considéré comme l’un des plus touchés par cette crise. Mais chose étonnante : que ce soit pour les étudiants ou les universités, publiques comme privées, l’onde de choc a été un véritable élément déclencheur pour de nouvelles pratiques pédagogiques.

Les estimations de l’UNESCO sont des plus alarmantes : plus de 1,5 milliard d’élèves et d’étudiants dans 165 pays ne sont plus scolarisés à cause de la Covid-19. La situation s’est, en effet, avérée difficile pour les étudiants comme pour les enseignants, qui doivent faire face aux difficultés émotionnelles, physiques et économiques imposées par la pandémie. Alors, pour y faire face, la communauté universitaire mondiale multiplie les initiatives, à savoir de nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage, notamment à travers l’enseignement à distance et en ligne.


Au Maroc, de nombreux établissements rivalisent d’originalité afin de proposer à leurs étudiants un enseignement de qualité, malgré la crise. Autrement dit, la crise sanitaire et économique, qui fait encore de nombreux dégâts, a permis au Maroc d’opérer une accélération de la transformation de l’enseignement supérieur, d’autant plus que, peu avant la crise de la Covid-19, le Maroc était à pied d’œuvre pour mettre en œuvre sa vision stratégique 2030. Que ce soit pour les étudiants ou les universités, publiques comme privées -lesquelles ont subi les conséquences ravageuses de la pandémie- il fallait donc relever de grands challenges. Et parmi ceux-ci figurait l’enseignement à distance. Une situation nouvelle aussi brutale que complexe. En effet, il a fallu, du jour au lendemain, basculer d’un enseignement qui se déroulait intégralement dans les salles de cours vers un enseignement collectif d’un nouveau genre. Le défi a été également très grand pour certains parents, obligés de s’improviser maîtres ou maîtresses d’école, avec la fermeture des établissements scolaires. Mais cela, c’est une autre paire de manches. En somme, dans un pays où la connexion Internet coûte encore trop chère ou demeure inaccessible à certaines couches de la société, et où la disponibilité des ressources numériques fait encore défaut alors que l’insuffisance de formation pédagogique des enseignants reste une réalité, il fallait faire preuve d’une résilience rigoureuse. Aujourd’hui, avec le peu de données encore disponibles à ce sujet, il semble difficile de faire un bilan sur le seul usage du numérique dans l’enseignement supérieur.

Néanmoins, en mai 2020, au plus fort de la crise, il a été annoncé que 725.000 classes virtuelles tous types d’enseignement confondus ont été tenues, et 95% du parcours scolaire dématérialisé. Dans la foulée, la participation de pas moins de 83.000 enseignants a été notée alors qu’au total, 10 millions d’élèves, étudiants, jeunes en formation professionnelle et professeurs ont été touchés. La situation a, depuis, évolué. Ce qui est en revanche constant, d’après la tutelle, c’est que l’expérience du modèle d’enseignement à distance au Maroc, qui n’est pas 100% en ligne, a été qualifié de «succès».

Le ministre de l’Éducation nationale, Saaïd Amzazi, qui revendique une «large satisfaction des enseignants et des inspecteurs», n’a d’ailleurs pas caché son souhait de maintenir ce modèle au-delà de la crise sanitaire. En réalité, si l’usage du numérique pour l’enseignement, l’éducation et la formation au Maroc n’était pas une priorité pour certains établissements avant que la crise de la Covid-19 leur force la main, la pratique ne date pas d’hier. En effet, faut-il le rappeler, la plateforme Maroc université numérique, dédiée à des cours en ligne ouverts et massifs, a été officiellement lancée dans le royaume le 12 juillet 2019 à Rabat. Bearing Point, cabinet de conseil en management et technologie indépendant aux racines européennes mais à la couverture mondiale, rappelle, dans un rapport intitulé «L’Enseignement supérieur au Maroc, en quête d’un nouveau souffle», que cette plateforme, première du genre au Maroc et en Afrique, vise aussi à développer des cours en ligne privés auprès de petits groupes (SPOC) et à promouvoir la coopération entre les universités marocaines et françaises en matière de formation à distance commune, adaptée aux spécificités de l’enseignement supérieur national. La plateforme, dit-on, propose des contenus dans des domaines variés : l’éducation et la formation, les sciences de l’ingénieur, l’informatique, l’économie et les finances, les sciences fondamentales, la santé, les langues, le management et l’entrepreneuriat, l’environnement, les sciences humaines et le droit. En décembre 2020, le ministère de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a procédé au lancement de l’application mobile pour l’enseignement à distance «TelmidTICE», toujours dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Cette application a pour but d’assurer une réussite pédagogique continue et pérenne aux apprenants et élèves à travers un mécanisme d’enseignement à distance, conformément aux souhaits exprimés par les parents d’élèves et tuteurs, entre autres efforts déployés pour améliorer le dispositif d’enseignement à distance. Cependant, de grandes contraintes persistent, notamment le manque de financement et les difficultés d’accès à Internet. D’un autre côté, et c’est peut-être l’un des aspects «positifs» de la Covid-19, la crise sanitaire a été l’occasion, pour de nombreux étudiants, de faire preuve de créativité et d’innovation.

En effet, le génie créateur des écoles et universités marocaines ne s’est jamais autant épanoui. Nous avons eu droit à des trouvailles qu’on n’aurait peut-être jamais vu naître, n’eût été la Covid-19. De l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à l’Université privée de Fès (UPF), en passant par l’école de management ESCA, ou encore l’École supérieure des sciences économiques et commerciales et l’Université Mohammed VI des sciences de la santé, l’imagination des étudiants n’a jamais été aussi débordante. Ce qui présage un développement fulgurant de l’usage des TIC dans l’enseignement supérieur, à condition de favoriser l’égalité des chances, la compétitivité, la croissance économique et l’emploi.

Khadim Mbaye / Les Inspirations Éco Docs

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