Maroc

Course contre la montre !

Le compte à rebours est enclenché. Après la définition de l’ordre du jour des négociations triparties, les trois commissions du dialogue social devaient entamer, hier après-midi, leurs travaux pour aboutir à un accord avant la Fête du travail. La négociation d’un compromis s’avère difficile.

Le gouvernement et les partenaires sociaux et économiques viennent d’engager une véritable course contre la montre. Les trois commissions fraîchement constituées pour accorder les violons autour des différents points des cahiers revendicatifs devaient se réunir hier après-midi pour entamer l’examen de fond en comble des différents points en suspens. L’heure est à l’accélération de la cadence. La finalisation des travaux des commissions est prévue pour la première semaine d’avril afin de ficeler un accord bien négocié avant le 1er mai. En théorie, tout paraît accessible. Mais, l’expérience a démontré qu’il était on ne peut plus difficile d’atteindre le consensus entre les trois parties.Cette fois-ci, sera-t-elle la bonne ? Rien n’est moins sûr en dépit de la volonté affichée de part et d’autre de réussir le dialogue social après des mois de léthargie. Les syndicats gardent un brin d’espoir avant le jour J bien qu’ils demeurent toujours sceptiques. Après plus de cinq années qualifiées de blanches, le gouvernement est attendu de pied ferme sur le volet de l’amélioration des revenus auquel est dédiée une commission sous la supervision de la Primature. Le succès de ce round du dialogue social est tributaire de l’aboutissement des négociations de cette commission.


La mission de l’Exécutif, qui cherche à tirer son épingle du jeu et à apaiser les tensions syndicales, ne s’annonce pas de tout repos. Il faut dire que certains syndicats ne comptent pas faire des concessions sur leur cahier revendicatif. Ils n’entendent pas lâcher du lest sur la question de l’augmentation générale des salaires. C’est le cas de l’Union marocaine du travail, la première centrale syndicale en termes de représentativité. Le gouvernement va-t-il satisfaire cette éternelle doléance ? Contacté par Les Inspirations ÉCO, Abdelhak Elarabi, chargé du dossier social au sein du cabinet du chef de gouvernement, estime que l’augmentation des salaires n’est qu’une composante parmi d’autres dans le dossier de l’amélioration des revenus qui comprend aussi les allocations familiales, le SMIG, l’indemnité pour les zones éloignées et difficiles d’accès, l’impôt sur le revenu…Un package auquel adhèrent certains syndicalistes. «Le salarié espère, in fine, l’amélioration de son salaire et se soucie peu de l’origine de cette valorisation qui peut passer par différents mécanismes dont l’augmentation des allocations familiales et la baisse de l’IR», souligne Khadija Zoumi, dirigeante à l’UGTM et membre de la commission de l’amélioration des revenus.

Saad Eddine El Othmani est appelé à faire mieux que Benkirane pour amener les syndicats à signer un accord sur trois ans. L’ancien gouvernement, rappelons-le, avaient proposé, entre autres, l’augmentation des allocations familiales de 200 DH à 300 DH pour les trois premiers enfants et 136 DH à partir du quatrième enfant, alors que les centrales syndicales tendaient à les élever à au moins 400 DH ou à généraliser les 300 DH à tous les enfants. S’agissant de la commission chargée du secteur public, nombre de points sont à l’ordre du jour. Il s’agit, entre autres, de la révision du statut général de la fonction publique qui date de 1958. La réforme de ce texte est très redoutée par les partenaires sociaux qui craignent le cantonnement de l’administration publique à un rôle purement régulateur et la mise en place d’un système qui ne garantit pas la stabilité professionnelle des fonctionnaires, sous prétexte de faire valoir la mobilité, le rendement et la contractualisation. L’examen de ce dossier permettra de discuter en profondeur le système des salaires et de promotions, les différentes indemnités… Le bras de fer s’annonce serré. Les prochaines semaines sont décisives pour l’avenir du dialogue social tripartite. Outre le volet social, les trois parties devront rapprocher leurs points de vue en matière législative. Plusieurs points risquent de provoquer des étincelles. À leur tête figue la révision du Code de travail qui fait grincer les dents des syndicats alors que la Confédération générale des entreprises du Maroc, qui appelle depuis des années à cette réforme, ne compte visiblement pas lâcher prise. La CGEM réclame une flexibilité responsable au service de la compétitivité et de l’emploi et en phase avec les nouveaux enjeux de l’économie marocaine et les attentes des opérateurs économiques à commencer par le volet contractuel. On s’attend, ainsi, à des discussions animées au sein de la commission du secteur privé. Autre pomme de discorde : le projet de loi sur les syndicats. Le gouvernement entend réglementer l’échiquier syndical en introduisant dans le circuit législatif le texte qui est très contesté par quelques partenaires sociaux depuis de longues années. Le gouvernement pourrait tirer son épingle du jeu en la matière grâce à la divergence des points de vue entre les centrales syndicales les plus représentatives. Quant au projet de loi organique sur la grève, sa discussion n’est pas prévue lors de ce round du dialogue social. L’Exécutif ne compte pas le retirer du Parlement, comme le réclament les syndicats, mais se dit prêt à le discuter avec les partenaires sociaux pour y introduire d’éventuels amendements au sein de l’institution législative.


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