Maroc

Conjoncture : le gouvernement en première ligne dans la gestion de la crise ?

Tout porte à croire que l’Exécutif est en première ligne dans la gestion de la crise, induite par la guerre en Ukraine et la conjoncture internationale, au vu des batteries de mesures prises ces derniers mois. En réalité, le tableau est moins lisse qu’on ne le croit, selon certains spécialistes et commentateurs.

Les rayons de certaines denrées alimentaires sont soumis depuis quelques semaines à davantage de tensions d’approvisionnement dans les magasins. C’est un phénomène mondial qui ne concerne pas que le Maroc. Et contrairement aux autres pays, le royaume s’en sort plutôt pas mal. Du moins, l’Exécutif se veut rassurant sur les stocks à court et long terme.


Lors d’un récent point de presse, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, a affirmé que le Maroc dispose de stocks de blé suffisants pour cinq mois. Concernant les carburants, le stock pour satisfaire le marché national est disponible, selon lui, notant que les prix des carburants connaissent des variations quasi quotidiennes.

Bien avant cette déclaration, la Direction de la concurrence, des prix et de la compensation (DCPC), relevant du ministère de l’Économie et des finances, s’est fendu d’un communiqué, au début du mois de Chaâbane, insistant sur le fait que les marchés sont approvisionnés de façon normale et avec une diversité en produits de large consommation.

Si l’on en croit la DCPC, l’offre disponible couvre largement les besoins, pas uniquement du mois sacré de Ramadan mais aussi ceux de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, indique la Direction dans un communiqué sur la réunion de la Commission interministérielle chargée du suivi de l’approvisionnement, des prix et des opérations de contrôle des prix et de la qualité, tenue mercredi, sous la présidence du ministère de l’Économie et des finances.

Une position d’«observateur» et non d’«acteur»
Bien que la plupart des prix des produits continuent à augmenter relativement par rapport à ceux enregistrés durant la même période de l’année dernière, compte tenu des effets du marché international et des conditions climatiques dans le Royaume, d’autres produits par contre ont commencé à enregistrer des baisses, comme c’est le cas de certaines farines, semoules, riz, fruits, épices…, fait savoir la même source.

En ce qui concerne les prix de la tomate, ils ont commencé à régresser suite à la commercialisation de la récolte de printemps. Bref, circulez, il n’y a rien voir. En réalité, le tableau n’est pas aussi lisse que veut bien nous l’exposer le gouvernement qui multiplie, pourtant, ces dernières semaines, les mesures pour permettre aux Marocains de faire face à la douloureuse flambée des prix des denrées de première nécessité sur le marché international. C’est du moins «le regard simple» de l’économiste, Mohamed Rahj, pour qui l’Exécutif est dans une position d’«observateur» et non d’«acteur».

Pour appuyer son propos, Rahj donne l’exemple de la subvention des prix sur le carburant au profit des transporteurs. «Une mesure ponctuelle, limitée dans le temps et dans l’espace et qui ne bénéficie ni à tous les professionnels ni aux ménages qui ne sont nullement concernés», regrette-t-il.

Si notre interlocuteur salue la mesure compensatoire concernant le gaz, le sucre et l’huile, une mesure vieille de plusieurs décennies, l’urgence aujourd’hui est la hausse du pouvoir d’achat des ménages à travers notamment l’augmentation des salaires, à la fois dans le public et dans le privé. «La hausse des prix est un fait quotidien alors que les salaires restent gelés depuis longtemps», ajoute l’universitaire.

Baisse des salaires…
Pour le privé, Mohamed Rahj suggère que l’État prenne sa part dans le sacrifice, d’autant plus qu’il est relativement responsable de la hausse de certains prix. «C’est vrai que le Maroc subit de plein fouet la flambée des prix sur le marché mondial, mais le royaume est en partie responsable de cette hausse au niveau local à travers un certain nombre de mesures fiscales. Prenons l’exemple des carburants.

Pour chaque litre acheté, nous payons une taxe d’environ 5 DH, entre la Taxe intérieure de consommation et la TVA, alors que la marge est exorbitante», soutient l’expert qui demande à l’État d’intervenir en réduisant l’impôt sur les produits pétroliers, et aux entreprises de jouer leur «rôle citoyen» en renonçant à une partie de leurs bénéfices.

«Avant la libéralisation des prix, la marge bénéficiaire des distributeurs était de 50 centimes par litre, maintenant elle passe à 1,50 DH. Aujourd’hui, il y a des sociétés qui sont en train de se sucrer sur le dos des consommateurs en imposant leurs propres prix», alerte le spécialiste.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO


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