Maroc

Cheick-Oumar Sylla: “La croissance verte du Maroc va améliorer sa résilience face aux chocs externes !”

Cheick-Oumar Sylla
Directeur régional de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique du Nord

Cheick-Oumar Sylla, directeur régional de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique du Nord, a visité le Maroc au début du mois de juillet, mission qui s’est terminée le 9 juillet 2022. A l’issue de sa visite de travail, le dirigeant a accordé une interview exclusive aux Inspirations Eco, dans laquelle il fait le point sur les projets de l’IFC. Des sujets comme l’inflation, les PPP, l’attractivité des IDE… sont aussi abordés.

Vous venez d’effectuer une visite de travail au Maroc. Quels étaient les objectifs de cette mission ?
Je suis toujours très heureux de venir au Maroc dont l’énergie et le dynamisme économique sont stimulants. L’objectif principal de cette mission était de faire le point avec nos différents partenaires au Maroc – en particulier avec le gouvernement marocain et les acteurs du secteur privé – sur nos programmes en cours et à venir, afin de voir comment nous pouvons encore mieux soutenir une participation accrue du secteur privé.

La stratégie d’IFC au Maroc est en phase avec le Nouveau modèle de développement du Royaume et est axée autour de quatre piliers: (i) promouvoir le développement durable, (ii) soutenir la mise en œuvre de réformes permettant de favoriser la croissance du secteur privé, (iii) renforcer le développement régional, et (iv) accompagner la création de champions nationaux capables d’élargir leurs activités au-delà des frontières du Royaume. J’ai conclu ma visite par la signature d’un partenariat visant à soutenir l’inclusion financière dans le pays.

Vous êtes le nouveau directeur régional d’IFC pour l’Afrique du Nord. À ce titre, vous dirigez les équipes d’investissement et de services-conseils d’IFC en Égypte, au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en Libye. Quelle évaluation faites-vous de l’évolution de la stratégie d’investissement et de conseil d’IFC dans ce domaine ? Comment évaluez-vous les efforts des pays sous votre responsabilité à cet égard, notamment dans le contexte actuel de crise?
Dans la région, IFC s’appuie sur une forte dynamique de réformes pour créer de nouveaux marchés en faveur du développement du secteur privé, lui permettant ainsi de renforcer son rôle dans l’économie. En complément à ses investissements directs, IFC a mis en place un ambitieux programme de services-conseils dans la région qui nous a permis de développer de nouveaux marchés, renforcer la compétition et améliorer de manière générale le climat des affaires.

Les différentes crises qui se sont succédé ces deux dernières années, de la pandémie de Covid-19 au conflit Russie- Ukraine, en passant par les défis liés au changement climatique, interpellent les gouvernements à bien des égards. Ces derniers doivent œuvrer pour une relance verte, résiliente et inclusive. Le secteur privé joue un rôle-clé pour soutenir le développement économique et la création d’emplois. Le secteur privé est également primordial pour alléger la pression fiscale croissante et aussi faire face aux défis climatiques auxquels nous sommes confrontés.

Quelles sont vos priorités en Afrique du Nord, et en particulier au Maroc ? Quelle est votre opinion sur le secteur privé national ? Pensez-vous qu’il joue pleinement son rôle ?
Les priorités d’IFC en Afrique du Nord visent à développer l’intégration régionale, à accroître la résilience des pays de la région, en particulier en ce qui concerne la sécurité alimentaire, et à renforcer la participation du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique.

L’objectif est de favoriser la création d’emplois de qualité et d’accroître la valeur ajoutée des exportations. IFC met également au cœur de sa stratégie le digital, l’énergie verte, l’accès au financement des Petites et moyennes entreprises (PME), le logement ainsi que la santé. Le rôle d’IFC est d’aider les pays de la région Afrique du Nord à assurer une croissance verte, résiliente et inclusive qui leur permettra d’améliorer leur résistance face aux chocs externes.

Au cours des dernières années, le Maroc a réalisé d’importants progrès pour améliorer son climat des affaires. Le Royaume a placé le développement du secteur privé, en tant que moteur principal de la croissance et de la création d’emplois, en tête des priorités du gouvernement. Le Maroc a réussi à attirer les investissements directs étrangers (IDE) dans des secteurs industriels stratégiques comme l’automobile, à orienter les investissements publics dans les infrastructures et à soutenir les projets industriels.

Des progrès restent à faire en matière d’intégration des entreprises nationales dans les chaînes de valeur mondiales permettant ainsi de stimuler la création d’emplois et d’accroître davantage les exportations. Pour donner toute sa place à un secteur privé dynamique, il faut développer l’entrepreneuriat et des règles saines de concurrence pour stimuler l’investissement et l’innovation.

La pandémie a également mis en lumière la dépendance des industries marocaines à quelques produits ainsi que son accès à un nombre limité de marchés. Il est donc crucial de diversifier encore plus l’économie et de renforcer la présence dans le mécanisme mondial de normes. Tout ceci pour permettre au secteur privé de jouer pleinement son rôle de moteur d’une croissance plus inclusive et plus résiliente. Dans ce contexte, il est essentiel de poursuivre le développement des régions.

IFC est une référence en matière de promotion des investissements. Quelle place accordez-vous à ce sujet au Maroc, notamment dans ce contexte de reprise économique ? Quelle lecture faites-vous des projets prioritaires du Maroc dans les domaines de la privatisation, des PPP, de la transition énergétique et de la santé ?
Le Maroc a de nombreux atouts pour les investisseurs internationaux. C’est un pays stable politiquement, disposant d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un secteur industriel compétitif et connecté aux marchés internationaux par une vingtaine d’accords de libre-échange.

La pandémie de Covid-19 a aussi eu pour conséquence d’amener les grands groupes à rechercher des sources d’approvisionnement plus proches. Le Maroc est idéalement positionné pour être une base industrielle verte aux portes de l’Europe et profiter pleinement du Pacte vert européen qui vise à rendre l’Union Européenne neutre en carbone d’ici 2050. Le plan de transition énergétique du Maroc représente un acte concret dans cette direction tout comme la volonté des différents secteurs de verdir leurs cycles de production.

Par exemple, en juin dernier, IFC a organisé, en collaboration avec le ministère de l’Industrie et du commerce et en partenariat avec l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), une journée pour discuter de l’avenir du secteur du textile. Nous pensons que ce secteur doit se transformer en intégrant des modèles de production circulaires pour assurer la compétitivité du Maroc et augmenter les exportations de manière durable.

Dans le domaine des partenariats public-privé (PPP), IFC travaille en étroite collaboration avec le gouvernement pour mettre en place des projets pilotes qui peuvent ouvrir la voie à d’autres projets PPP transformateurs. IFC a déjà une longue histoire dans les PPP au Maroc. Nous avons en effet conseillé le ministère de l’Agriculture, en 2005, pour développer le premier PPP au monde dans le domaine de l’irrigation à Al Guerdane.

Nous avons aujourd’hui au Maroc une équipe de trois experts en PPP afin d’aider le Royaume à développer un programme de PPP à fort impact, aussi bien dans le domaine des infrastructures que dans le secteur social. Le Maroc poursuit également le renforcement de son secteur de la santé.

Cette année, IFC s’est associée à la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP) en vue d’améliorer l’efficacité et la productivité du secteur. IFC aide les membres de la FMIIP à réduire leur empreinte carbone et leur consommation d’eau afin d’améliorer l’efficacité de leurs processus de production. Cela permettra de renforcer la productivité et d’accroître la compétitivité du secteur.

Quels sont les projets post-Covid qu’IFC a entrepris et envisage de lancer au Maroc à court et moyen terme ?
L’année dernière, IFC a aidé un bon nombre d’entreprises marocaines à renforcer leur présence en Afrique subsaharienne telles que le groupe Dolidol et le groupe CIMAF. Nous aidons aussi à préparer le cadre pour plus d’investissement privé. Nous avons par exemple un projet avec le Centre Régional d’Investissement (CRI) de Marrakech-Safi qui va permettre d’attirer beaucoup plus d’investissements nationaux et étrangers.

En mars dernier, le CRI et IFC ont organisé à Marrakech l’événement «Marrakech Investor Day», qui a été un grand succès pour promouvoir l’investissement international et domestique dans la région.Nous travaillons également avec Bank Al-Maghrib pour soutenir le financement des chaînes d’approvisionnement, ce qui permettra aux petites entreprises de mieux faire face aux problèmes de retard de paiement qui est préoccupant au Maroc.

Enfin, lors de ma visite, j’ai signé aussi un accord de financement avec l’un de nos partenaires de longue date dans le domaine de la microfinance, al Amana Microfinance. Ce soutien financier aidera non seulement les microentreprises à se remettre en selle après la pandémie, mais il permettra aussi aux femmes entrepreneures de bénéficier d’un accès plus facile aux financements.

À l’heure où les économies de votre zone de compétence sont confrontées à l’inflation, et voient leurs caisses se vider et leurs dettes s’alourdir, que leur recommandez-vous qui puisse effectivement contribuer à la reprise ?
Il y a effectivement un certain nombre de recommandations qui peuvent contribuer efficacement à la relance. Il faut en priorité résorber les déséquilibres structurels qui freinent la résilience. Plus précisément, il s’agit d’augmenter la production nationale pour limiter la dépendance aux importations (en particulier les produits agricoles pour la sécurité alimentaire) et d’améliorer la logistique et les infrastructures afin d’accroître la compétitivité sur les marchés mondiaux.

Il faut aussi renforcer l’intégration régionale entre les pays d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, renforcer les exportations. La Banque mondiale et IFC travaillent avec les gouvernements et le secteur privé des pays d’Afrique du Nord pour appuyer les réformes prioritaires, créer des emplois et promouvoir une croissance plus verte et inclusive.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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