Maroc

Charte de la majorité : Une entente vraiment cordiale ?

C’est désormais chose faite. La coalition gouvernementale a signé la Charte de la majorité pour recoller les morceaux et aplanir les différents.  Mais l’ambition de sauvegarder  la cohésion entre les six composantes de l’alliance risque de se heurter à la réalité du terrain.

La coalition gouvernementale tente d’aplanir ses différents en signant, enfin, la Charte de la majorité, dix mois après sa formation. L’alliance gouvernementale qui a vu le jour au forceps entend tourner la page des différends qui l’ont récemment secoué pour pouvoir mettre en œuvre les objectifs tracés dans le programme gouvernemental. C’est du moins le souhait exprimé par les six chefs de file des partis politiques de la coalition gouvernementale. S’agit-il d’un vœu pieux dans le contexte actuel ? Saâd-Eddine El Othmani parviendra-t-il à calmer les esprits échauffés notamment au sein du parti qu’il dirige ? Le chef de la coalition gouvernementale est appelé à user de beaucoup de tact pour parvenir à appliquer les règles de la nouvelle charte de la majorité qui semble comme un pacte d’actionnaires visant à mettre fin aux passes d’armes entre alliés. Une grande responsabilité incombe aux secrétaires généraux des six partis politiques alliés qui, à force d’insister sur la solidité et la cohésion de la coalition, paraissaient plutôt sur la défensive lors de la cérémonie officielle de la signature de la charte, lundi soir. Les médias ont été vertement critiqués et accusés de faire propager des «rumeurs infondées». En balayant d’un revers de la main les informations ayant circulé sur la crise entre les composantes de la majorité, le chef de gouvernement ne s’enfonce-t-il pas dans le déni ? Une interrogation posée par les observateurs et même en coulisses par quelques membres de la majorité. En tout cas, il apparaît clairement qu’El Othmani tente de minimiser l’importance des voix dissonantes de part et d’autre. À plusieurs reprises, il a, en effet, souligné les atouts de la différence et de la divergence des points de vue entre les partis politiques. Il a aussi multiplié les appels du pied envers ses détracteurs. «Le gouvernement n’a pas deux têtes», a-t-il précisé en affichant la mine des grands jours.


En signant la Charte de la majorité, l’alliance gouvernementale entend éviter de nouveaux couacs. Les membres des six partis de la coalition doivent dorénavant se tenir à carreau. Du moins, c’est l’espoir des dirigeants de l’alliance. Au sein du Parlement, la coordination devra être renforcée entre les députés et les conseillers de la majorité. Cette mission ne sera pas de tout repos en raison des divergences des positions entre les groupes et groupements de la majorité gouvernementale. Rappelons, à titre d’exemple, le dossier de la retraite des parlementaires qui divise les députés de la majorité en raison de la position catégorique des représentants du parti de la lampe qui veulent mettre fin à ce système, alors que leurs alliés souhaitent le garder et le réformer. Désormais après la signature de la charte, en présence des présidents des groupes parlementaires, les députés du PJD seront-ils contraints de s’aligner sur la position de leurs cinq alliés ? Les nouvelles instances de la majorité devront être un espace d’échange entre les différents acteurs concernés de la coalition gouvernementale pour parvenir à un terrain d’entente. Le dossier de la retraite est la première épreuve que devra affronter la coalition gouvernementale au Parlement. À cela s’ajoute la nécessité du renforcement des relations entre les ministres et les parlementaires de la majorité qui n’ont pas toujours été paisibles. Des réunions sont dorénavant prévues entre l’instance de la présidence de la coalition et celles des parlementaires dans les deux Chambres pour rapprocher les points de vue, notamment lors de la préparation du projet de loi de finances qui suscite toujours des débats animés de la part non seulement de l’opposition, mais aussi de la majorité. Les parlementaires de la majorité espèrent l’interactivité des ministres avec leurs observations et propositions pour qu’ils puissent jouer pleinement la mission pour laquelle ils ont été élus au lieu de se contenter d’appuyer aveuglément l’Exécutif. L’expérience démontre que le gouvernement arrive toujours à tirer son épingle de jeu au sein de l’institution législative grâce à l’appui inconditionnel de sa majorité. Mais cette fois-ci, le contexte est différent. 


Principales dispositions  

La Charte de la majorité, signée lundi soir entre les six chefs de file des partis politiques formant la coalition gouvernementale (PJD, RNI, PPS, USFP, UC et MP), tient en six feuillets. C’est à peu près la même que celle du gouvernement de Benkirane avec à peine quelques réajustements. En gros, la charte vise à régir les relations entre les composantes de la majorité. Les différends doivent être résolus via les mécanismes stipulés par la charte. Les alliés devront œuvrer à travers trois instances. La première est celle de la présidence de la majorité qui est composée du chef de gouvernement et des secrétaires généraux des composantes de la coalition outre un dirigeant de chaque parti politique de l’alliance. La seconde est celle des présidents des groupes et groupements parlementaires de la Chambre des représentants. La troisième instance est celle de la majorité à la Chambre des conseillers. Des réunions périodiques sont à tenir entre l’instance de la présidence de la majorité et celles des deux Chambres du Parlement. Pour leur part, les députés et les conseillers sont appelés à renforcer leur coordination concernant les propositions et projets de loi ainsi que les amendements et tout ce qui a trait à l’action parlementaire.

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