Maroc

Banque mondiale/Maroc : La crise éducative en tête des priorités

La visite que vient d’effectuer au Maroc le vice-président de la Banque mondiale pour la région MENA, Hafez Ghanem, lui a permis de faire le point sur plusieurs questions, dont l’épineux dossier de la réforme éducative. Le Maroc, qui se situe en bas de l’échelle mondiale et régionale en matière d’éducation, contrairement aux attentes de ses partenaires, est appelé à redoubler d’efforts pour pallier tous les dysfonctionnements dont pâtit l’enseignement au Maroc. 


L’amélioration de la qualité de l’enseignement dans les pays arabes -dont le Maroc- est un sujet qui tient visiblement à cœur au vice-président de la Banque mondiale pour la région MENA, Hafez Ghanem, qui vient de s’entretenir avec plusieurs responsables marocains dont le chef de gouvernement et le ministre de l’Éducation nationale. Pour atteindre les objectifs escomptés, la réforme de l’enseignement s’impose, et ce en vue de garantir un avenir meilleur aux jeunes. La mission ne semble pas de tout repos pour le Maroc qui se situe en queue du peloton tant au niveau mondial que régional. Il est, en effet, à la traîne dans le classement du TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) qui mesure la maîtrise des sciences et des mathématiques chez les élèves du primaire et du collège.

Les élèves marocains, rappelons-le, se situent dans les trois derniers rangs de ce classement. Une situation pour le moins inquiétante. D’ailleurs, le vice-président de la Banque mondiale dans la région MENA affiche son étonnement au regard du niveau de l’économie marocaine et des infrastructures dans le royaume. Le Maroc doit accélérer la cadence de la réforme éducative. Dans son dernier mémorandum sur le Maroc à l’horizon 2040, les termes utilisés par la Banque mondiale sur la réforme éducative ont suscité l’ire des responsables marocains. Pour cette institution internationale, le Maroc a besoin d’un miracle éducatif pour pouvoir concrétiser ses desseins. L’enjeu est de taille. Cependant, le défi n’est pas impossible à relever, selon la Banque mondiale, qui appuie le Maroc dans le secteur de l’éducation à travers des opérations d’assistance technique et financière, ses recherches et la production des connaissances.

D’ailleurs, les équipes de cette institution au Maroc vont entamer une étroite collaboration avec le ministère de Hassad sur la vision de la réforme éducative. Ce premier contact de Hafez Ghanem avec les responsables marocains lui a permis de faire le point sur les priorités gouvernementales qui «sont bien définies» (éducation, santé, développement régional et développement du secteur privé pour la promotion de l’emploi). Il se dit aussi «impressionné» par le niveau des infrastructures au Maroc qui est «comparable aux pays développés». À cela s’ajoutent le dynamisme et «l’énergie» enregistrés à plusieurs échelles dont l’entrepreneuriat des jeunes et le niveau des investissements publics. 


Hafez Ghanem
Vice-président de la Banque mondiale pour la région MENA

Les Inspirations ÉCO :  Le Maroc serait-il capable de provoquer le miracle éducatif?
Hafez Ghanem : Le Maroc peut provoquer ce miracle éducatif, et doit d’ailleurs le faire. Le problème de la qualité de l’éducation ne se pose pas uniquement au Maroc. Il est plutôt commun à beaucoup de pays en développement, et est très aigu dans notre région arabe. C’est une véritable problématique au Maroc. Partout dans le monde au vingtième siècle, on misait sur la quantité. Le Maroc est passé à un taux de presque 100% de scolarisation. Cette question est importante. Mais l’aspect qualité a été relégué au second plan. Dans les pays arabes, le problème est pire. Dans les tests internationaux comme le TIMSS, aucun pays arabe n’a la moyenne.

Croyez-vous que le niveau scolaire dans les pays arabes -dont le Maroc- s’est dégradé au cours des dernières années?
Beaucoup de personnes soulignent cette question. Auparavant, les tests internationaux n’existaient pas. On ne peut donc pas confirmer ou infirmer la chose. En outre, il faut souligner que, dans les pays arabes, le système était très élitiste auparavant. Le Maroc arrive derrière plusieurs pays alors qu’il a un taux d’investissement très élevé et a beaucoup d’atouts économiques. Ainsi, il a besoin de renforcer et d’améliorer son système éducatif. Un problème se pose au niveau de l’apprentissage des langues, des mathématiques et des sciences. À cela s’ajoute la nécessité pour les élèves et les jeunes d’acquérir les soft skills, soit la capacité de résoudre des problèmes, d’être créatif, d’avoir de la flexibilité, de travailler en équipe, de respecter autrui… Ce sont des capacités importantes aussi bien pour le marché du travail que pour le développement social du pays. Il faut aussi revoir le système d’éducation même et la manière dont le savoir est transmis aux élèves.  

Quel regard portez-vous sur le Maroc en matière d’éducation?
Le Maroc est en bas de l’échelle. J’étais très surpris car le Maroc dispose d’une longue culture et tradition de l’éducation. Il ne s’agit pas d’une question d’argent. Le Maroc investit beaucoup dans l’éducation. Mais il s’agit aussi de la gestion de cet investissement, de la gouvernance du système, du curriculum des enseignants…L’argent ne règle pas tous les problèmes.    


Le ciblage: une priorité

La Banque mondiale accompagne le Maroc en matière de ciblage de la population vulnérable à travers la constitution d’un système d’identification unique des personnes physiques en vue de permettre, d’ici deux ans, le transfert direct des aides monétaires aux couches défavorisées. Le projet est en cours. Le Maroc est appelé à s’inspirer de l’expérience de l’Inde qui a réussi ce pari en dépit du nombre élevé de ses habitants. Il est grand temps de passer du système «vieillot» des subventions à un autre, plus moderne, permettant de toucher directement la population vulnérable grâce au développement de la technologie, comme le souligne Hafez Ghanem. Les deux programmes expérimentés par le Maroc (le RAMED et Tayssir) doivent, en effet, être améliorés car l’expérience démontre qu’ils souffrent de plusieurs défaillances.


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