Maroc

Allègement du couvre-feu : ce qu’en pensent les professionnels…

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Suite à la décision gouvernementale de desserrer les horaires du couvre-feu, des dirigeants de fédérations et d’associations professionnelles réagissent. Les feed-backs sont mitigés, entre secteurs directement touchés et ceux qui sont épargnés. Il faut dire que les enjeux sont importants !

Le gouvernement vient de décider l’allègement des mesures de restriction. Ainsi, depuis le vendredi 21 mai, le couvre-feu est appliqué de 23h00 à 4h30 du matin. Le gouvernement indique avoir pris une batterie de mesures pour la gestion de cette étape, portant également sur la fermeture des commerces, des restaurants et des cafés à 23h00, ainsi que le maintien de toutes les autres mesures de précaution en vigueur dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, relatives aux fêtes, rassemblements, manifestations, salles de cinéma et funérailles… Suite à cette décision, la rédaction fait un focus sur les réactions de dirigeants de fédérations et dirigeants d’associations professionnelles…


Mohamed Elfane,
président de la Fédération marocaine de la franchise et vice-président de la Confédération marocaine des métiers de bouche

Pour nous la décision est bonne. Nous en sommes ravis. Nous félicitons le ministère du Commerce et de l’industrie, le ministère de l’Intérieur et l’ensemble du gouvernement d’avoir eu assez de recul, de courage et d’avoir écouté toutes les associations et fédérations qui les ont sensibilisés pour la relance économique et pour la décision de rajouter, en moyenne, deux heures d’activité. Vu que le couvre-feu est fixé à 23 heures, la fermeture devrait se faire à partir de 22 heures. Cette décision nous soulage aussi bien dans la restauration que dans le secteur du commerce. Car, auparavant, les clients devaient faire un choix entre aller faire leur shopping ou aller manger.

Aujourd’hui, ils vont pouvoir faire aussi bien leur shopping que leurs activités, puis aller dîner en famille ou prendre la décision de se faire livrer en temps et en heure. Nous sommes contents pour nous-mêmes en tant qu’acteurs économiques et aussi pour nos collaborateurs, parce qu’avec un seul service, nos collaborateurs n’arrivaient pas à assurer leurs pourboires. Les livreurs avaient moins de prestations donc moins de pourboires aussi. Une telle décision viendra donner au moins un coup de pouce au moral de l’ensemble des équipes et des acteurs du secteur. Il faut savoir que les entrepreneurs du secteur de l’industrie alimentaire se réjouiront aussi, dans la mesure où les commandes vont logiquement croître. On devrait partir sur du 20 à 30% minimum de chiffre d’affaires supplémentaire.

Au-delà du temps d’adaptation, on devrait atteindre un cap de 40% de ventes supplémentaires. N’oublions pas que le service de nuit contribue fortement aux ventes des commerces, restaurants et cafés d’un minimum de 40 à 50%. Sur la partie indemnités du mois de ramadan, nous espérons que le gouvernement l’activera au plus vite, parce que plus de 40 à 50% du secteur de la restauration souffre de trésorerie négative. Cette mesure leur permettra d’arrondir leurs fins de mois vis-à-vis des salariés. Par ailleurs, ce n’est pas parce que cette décision est prise que tout est réglé. Nous espérons que la révision des horaires de couvre-feu et l’activation des indemnités sociales vont aller de pair. Pour le volet fiscal, ce n’est pas parce que cette décision est prise que, deux mois après, il faut commencer à exercer de la pression.

Il faut donner du temps au secteur pour prendre son souffle. Nous, professionnels de la restauration, espérons aussi que l’abattement sur la taxe professionnelle que nous avons demandé sera accordé, car tout le monde a reçu sa taxe professionnelle des années 2020 et 2021. Déjà, nous n’avons pas travaillé plus de 5 mois, et quand cela était possible nous avons travaillé avec seulement 50% de nos capacités et 50% du nombre d’heures de travail, vu que nous fermions à 20 heures. Nous espérons que tout cela sera mis en place.

Nous souhaitons et recommandons fortement à tous les acteurs et clients de rester vigilants, de continuer à respecter la distanciation physique, le port de la bavette et la désinfection. En effet, le gouvernement a décidé de donner un coup d’accélérateur à la machine économique, mais cela ne veut pas dire que nous sommes sortis de la crise et que la pandémie a disparu. Rappelons que d’autres pays ont desserré les restrictions anti-Covid et on dû resserrer juste après. Donc, il faut rester vigilant, continuer à respecter les gestes et mesures barrières, pour ne pas causer un retour des fermetures dans les mois qui arrivent, surtout que dans la période d’été, le soir est vital pour l’activité du commerce et de la restauration.

Nidal Lahlou,
président délégué de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) et président de l’AIH Meknès

Les Marocains et le secteur du tourisme attendaient avec impatience et beaucoup d’espoir le Conseil de gouvernement du 20 mai, surtout après toutes les nouvelles parvenues du Conseil scientifique, et qui étaient plutôt rassurantes sur la situation pandémique et l’avis favorable émis par leurs soins quant à l’allègement des restrictions exigées par la situation.

Les Marocains ont reçu une réponse: ils auront la liberté de circuler dans le périmètre de leurs villes jusqu’à 23h. En tant que citoyen marocain, je suis rassuré au sujet de la pandémie et content de retrouver un peu de liberté. Malheureusement, pour le secteur touristique, on ne peut considérer ces décisions comme une réponse au calvaire que nous vivons : 15 mois d’arrêt de travail, des centaines de milliers d’employés soumis à la précarité et en passe d’être mis au chômage, des dizaines d’entreprises au bord du redressement judiciaire et parfois de la faillite, un contrat-programme mort-né puisqu’une seule des 21 mesures prévues est appliquée, et encore, dans la douleur ! Bref, bientôt nous ne pourrons plus parler de sauvegarde ou de relance.

Il nous faudra reconstruire une industrie touristique sur des ruines, abandonnant ainsi des dizaines d’années de travail et des centaines de milliers d’employés. Pourtant, le tourisme représente bon an, mal an, 7 à 8% du PIB national depuis un certain nombre d’années. Diminuer la durée du couvre-feu de quelques heures ne peut être considéré comme une réponse aux inquiétudes des opérateurs. Rappelons que le contrat-programme porte la signature de plusieurs ministres, des mesures sociales, financières, fiscales, la formation et la mise à niveau de l’outil de production et la digitalisation. Un plan de soutien à la relance y était prévu.

Ce contrat-programme a été signé en août 2020, c’est-à-dire depuis plus de 9 mois. Une seule mesure appliquée, pourquoi ? C’est une véritable question qui exige une véritable réponse. Aujourd’hui, bien évidemment, ce contrat-programme est caduc et les acteurs privés du secteur veulent d’abord un calendrier clair et précis de reprise de leur activité tant nationale qu’internationale, avec pour objectif de sauver la saison estivale. Ils espèrent aussi le maintien des mesures sociales jusqu’au 31 décembre 2021, un moratoire en matière fiscale et bancaire, en attendant l’aménagement et l’application des mesures du contrat-programme.

Pour conclure, les professionnels du tourisme ont accueilli avec beaucoup de satisfaction les annonces rassurantes quant à la pandémie, comme pour la liberté retrouvée pour les citoyens de profiter des soirées d’été qui s’annoncent. Mais, ils restent très inquiets pour l’avenir de leur métier si des décisions courageuses immédiates et concertées ne sont pas prises par notre gouvernement.

Fatima Zahra Alaoui,
directrice générale de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH)

Les mesures de restriction mises en place pour maîtriser l’évolution de la pandémie dans notre pays et dans nos principaux marchés à l’export ont, naturellement, entraîné un ralentissement de l’activité économique, incluant notre secteur. À ce titre, le report du couvre-feu à 23h pourrait avoir un impact positif pour l’industrie textile marocaine à travers la distribution et les ventes au détail si, et seulement si, la production marocaine est consommée et que le made in Morocco est priorisé dans les décisions d’achat.

Il sera donc important d’observer quel sera l’ordre de priorité des dépenses des ménages dans le contexte actuel de la Covid et son incidence sur l’industrie textile marocaine. En revanche, l’assouplissement récent des mesures restrictives ne bénéficiera pas à certains segments de notre industrie qui fournissent l’industrie hôtelière et celle des loisirs & événementiel. Ces filières continueront de pâtir des conséquences de la pandémie tant que les liaisons aériennes n’auront pas été rétablies et que l’arrivée des touristes étrangers ne sera pas encore programmée, et celle des touristes nationaux sera toujours limitée en raison des restrictions de déplacement inter-villes.

Othman cherif Alami,
président de la Fédération des transports touristiques (FTT)

Pour notre fédération nationale du transport touristique affiliée à la CNT et à la FTL-CGEM, puisqu’il y a une dénomination identique à la nôtre en français, mais qui est davantage un syndicat des professionnels du transport touristique affilié à l’UGEP (Istiqlal), nous félicitons le gouvernement pour cette nouvelle décision d’assouplissement des horaires, comme première étape de déconfinement. Pour notre secteur, je suis très triste de voir qu’aucun agenda d’ouverture des frontières internationales n’a été communiqué.

L’été est donc pratiquement raté à nouveau, comme en 2020, et nos clients partenaires vont définitivement annuler les vols charters et spéciaux pour cet été 2021, par manque de visibilité. Donc, zéro activité jusqu’en avril 2022 ! Enfin, si le gouvernement est en passe de vaincre la Covid-19 -et j’en suis très heureux- en ne donnant aucune réponse à la reprise, il aura peut-être contribué à détruire le secteur touristique. Un nouveau rapport de réclamations pour la sauvegarde du secteur du transport touristique est en cours et nous espérons qu’il pourra être bouclé d’ici fin mai.

Mustapha El Khayat,
président de l’Association marocaine pour la logistique (AMLOG)

La décision publique prise résume bien l’incertitude concernant l’évolution du futur proche qui s’installe dans les décisions publiques. Si on compare la situation sanitaire au Maroc à celle des pays européens, on pourrait s’attendre à une ouverture plus marquée que la France par exemple. Malheureusement, il faut dire que le Maroc reste plus sévère au niveau des diverses activités socio-économiques de services et activités sociales et culturelles. Il faut voir les coûts sociaux de ces mesures, surtout avec l’avènement de l’été, où beaucoup d’activités génératrices d’emplois seront pénalisées. Ces décisions reflètent la politique de l’absolue précaution dans un avenir incertain et aux conséquences imprévisibles.

David Toledano,
président de la Fédération des industries des matériaux de construction (FMC)

Nous sommes sur le chemin d’un retour contrôlé à une vie «normale» que complète bien l’accélération des vaccinations. Nous espérons une ouverture progressive des autres activités en maintenant la pandémie sous contrôle. 

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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