Maroc

Abdelmoumen Benabdeljalil : “La profession d’architecte connaîtra de profonds changements”

Abdelmoumen Benabdeljalil
Président et co-fondateur de l’École d’architecture et de paysagede Casablanca–EAC

Le président de l’École d’architecture et de paysage de Casablanca explique l’intérêt du projet «Plus qu’un simple lien», lancé par la métropole. Il présente également sa vision sur le développement de la profession d’architecte.


Le projet «Plus qu’un simple lien» est un appel à idées, lancé par l’Institut français de Casablanca (IFC), en partenariat avec l’École d’architecture et de paysage de Casablanca (EAC) et l’Association de l’espace Mohamed Abdou. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Effectivement, le projet «Plus qu’un simple lien» est un appel à idées lancé par l’Institut français de Casablanca, en partenariat avec l’École d’architecture et de paysage de Casablanca et l’Association de l’espace Mohamed Abdou, dont l’objectif est de promouvoir le principe d’une passerelle piéton, enjambant le boulevard Zerktouni, qui soit aussi une nouvelle façon de traverser, offrant une transition élégante entre le square Mohamed Abdou et le Parc de la Ligue Arabe. Les passerelles existent depuis des années, mais récemment, elles sont devenues bien plus que de simples innovations architecturales. Elles sont désormais perçues comme des éléments essentiels de connectivité urbaine pour les grandes métropoles mondiales, permettant une densification horizontale, mais aussi verticale. Dans les métropoles modernes comme Casablanca, où prédomine la circulation automobile, elles visent, avant tout, à limiter les embouteillages, et à permettre un flux constant de véhicules et de personnes. En plus de permettre de franchir les obstacles ou de libérer les liaisons, les passerelles ont pour vocation de créer un lien, permettre des rencontres, offrir de nouveaux liens d’interaction sociale, différents de ceux des espaces publics traditionnels, boulevards ou parcs. Plus qu’un lien, la passerelle est l’expression spatiale d’une nouvelle manière de vivre la ville et ses espaces publics. En architecture, le plan est important, et c’est ce qui rend le choix du boulevard Zerktouni pertinent pour la préservation de l’architecture urbaine de Casablanca. Ce boulevard périphérique et son prolongement du boulevard de la Résistance datent du tracé du premier plan d’urbanisme de la ville, dressé par l’ingénieur-géomètre Albert Tardif en 1912. Il définit alors l’emprise de la ville et ses premières limites.

Comment se fera le choix des lauréats ?
Le choix des lauréats s’effectuera principalement en fonction de critères tels que la fonctionnalité, l’esthétique, l’originalité et la valeur ajoutée (usages multiples, diversité des usagers, etc.).

Y aura-t-il un suivi pour les gagnants par la suite ?
Les gagnants bénéficieront d’une campagne de communication sur les réseaux sociaux et les médias ainsi que de l’exposition de l’ensemble de leurs travaux à l’IFC puis à l’EAC, et nous l’espérons, dans d’autres lieux publics institutionnels, tels que l’Agence urbaine et la Mairie de Casablanca.

Quels sont les autres projets  en vue ?
Depuis sa création, l’École d’architecture et de paysage de Casablanca s’est fixée pour objectif d’ancrer sa formation dans le contexte urbain de la métropole économique de Casablanca, tout en s’ouvrant aux enjeux urbains internationaux du bassin méditerranéen et des grandes villes africaines. Au cours de chaque année universitaire, nous organisons deux ateliers intensifs, d’une durée d’une semaine chacun, mobilisant l’ensemble des enseignants et des étudiants des trois filières (Architecture, Paysage et Urbanisme) de l’école, autour de problématiques urbaines liées à la métropole casablancaise. Les travaux de nos étudiants donnent lieu à des publications largement diffusées à travers les institutions culturelles locales, et sont mises à la disposition des collectivités locales et des instances administratives concernées.

Quel avenir pour les jeunes architectes au Maroc ?

«La profession d’architecte connaîtra, dans les années à venir, de profonds changements, tant au sein du métier à proprement parler, que dans la forme juridique, la taille du cabinet, ou les diverses compétences à mobiliser dans la conception du projet (ingénieurs, urbanistes, paysagistes, designers, sociologues, juristes, etc.)», déclare Abdelmoumen Benabdeljalil, président et co-fondateur de l’École d’architecture et de paysage de Casablanca–EAC. Selon lui, l’architecte se doit de traiter avec les différents spécialistes intervenant dans le secteur. Tout en restant un généraliste, il sera aux prises avec une complexité croissante, face à l’évolution des techniques, telles que l’adoption du Building Information Modeling (BIM) , l’intelligence artificielle, la construction par impression 3D. Il s’agira également de répondre aux nouveaux enjeux sociétaux en matière de santé, réchauffement climatique, biodiversité, approche innovante, écologie et développement durable, mutualisation des énergies des services et des espaces, etc. Le défi, pour le futur professionnel, lauréat de l’École d’architecture et de paysage de Casablanca, réside dans la conception de nouvelles formes spatiales et de modèles d’organisation urbaine innovants, où la préoccupation, en terme de qualité de vie, se conjugue harmonieusement avec le développement durable.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

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