Politique

Femmes parlementaires : où en est le Maroc depuis 1993 ?

Certaines femmes parlementaires sont passées inaperçues, alors que d’autres sont parvenues à briller et à marquer de leur empreinte l’action parlementaire.

Pourquoi faut-il évaluer l’expérience des femmes parlementaires ? Si certaines voix estiment que cette évaluation ne doit pas se faire indépendamment de l’action parlementaire dans sa globalité, d’autres, au contraire, soulignent la plus haute importance de cet exercice.


Cette démarche devrait permettre de jeter la lumière non seulement sur l’action des femmes députées mais aussi les contraintes qui restent encore à dépasser pour qu’elles puissent exercer pleinement leur mission, sans obstacles. L’étude sur les femmes parlementaires, lancée lors d’une rencontre tenue par le groupe parlementaire thématique sur l’égalité et la parité, a été l’occasion de passer au crible ce sujet qui nécessite une enquête approfondie afin de mettre fin aux préjugés et dresser un bilan objectif, basé sur des données scientifiques. Les femmes députées ont-elles pu s’imposer au sein de l’hémicycle depuis leur entrée au Parlement en 1993 ? Sont-elles aussi compétentes que les hommes en matière de contrôle du gouvernement, de législation et de diplomatie parlementaire ? Hélas, les données statistiques manquent cruellement ! Les résultats préliminaires d’une étude de l’association «Simsim-Participation citoyenne» nécessitent d’être enrichis pour refléter la véritable image de l’action des femmes parlementaires.

L’expérience démontre qu’au fil des dernières législatures, certaines femmes parlementaires sont passées inaperçues alors que d’autres sont parvenues à briller et à marquer de leur empreinte l’action parlementaire malgré les dysfonctionnements structurels qui existent encore en matière d’organisation des instances parlementaires. À titre d’exemple, peu de femmes sont représentées dans certaines commissions, comme celles des Finances, de l’Intérieur, des Secteurs productifs ou encore du Contrôle des finances publiques.

«Ce n’est pas par manque de compétence», estiment plusieurs députées, mais en raison des consensus qui dominent au sein des groupes parlementaires et du parti, parfois au détriment de la méritocratie. Il faut dire que la volonté de la formation partisane est on ne peut plus déterminante dans l’accès des femmes au Parlement et aux différentes instances qui le composent. On est encore loin de l’égalité tant espérée. Tous les groupes parlementaires à la Chambre des représentants sont actuellement présidés par des hommes.

Parmi les neuf commissions permanentes, seule celle des Secteurs sociaux est présidée par une femme. Quant au bureau de la première Chambre, l’on compte seulement quatre femmes sur 14 membres. S’agissant des questions orales, combien de femmes prennent la parole ? Aucune évaluation n’a encore été faite en la matière. Mais vu le nombre de députées, poser une question orale relève souvent de la croix et la bannière. Il faut, en effet, non seulement attendre son tour, mais aussi mener un véritable combat surtout pour les femmes issues de la liste nationale qui ne sont pas considérées prioritaires comme les députés des circonscriptions locales. «Les femmes parlementaires acceptent ce qu’on daigne leur donner, car elles ne constituent pas une force numérique», comme le relève la présidente de la Commission des secteurs sociaux, Saida Ait Bouali. Elle souligne, à cet égard, la plus haute importance de la volonté du parti et du groupe. La question du manque de moyens humains et logistiques pour accompagner l’action des députés se pose également avec insistance, d’après la députée du PJD, Boutaina Karrouri. Certes, cette problématique concerne l’ensemble des parlementaires, mais elle déteint particulièrement sur le rendement des femmes. Le manque de moyens, rappelons-le, est souvent pointé du doigt par les parlementaires des deux Chambres. Ces élus plaident pour le renforcement de l’assistance parlementaire par le recrutement de véritables experts afin de développer l’action de contrôle et celle de législation, ainsi que l’expérience d’évaluation des politiques publiques.

Une évolution timide

La femme marocaine n’a pu accéder, pour la première fois, au Parlement qu’en 1993. Ensuite, il a fallu attendre les élections législatives de 2002 pour que le nombre des députées passe de deux à 35 grâce à la liste nationale. Depuis cette date, l’évolution de la représentativité politique des femmes au sein de la Chambre basse avance à pas de tortue. Le pourcentage des femmes députées est passé de 17% pendant la neuvième législature à environ 21% après les élections législatives de 2016. L’évolution demeure, donc, timide par rapport aux ambitions. Les instances dirigeantes des partis politiques sont épinglées sur cette question. Il faut dire que seules 10 femmes ont pu accéder, lors des dernières législatives, à la Chambre des députés à travers les listes locales. Le mouvement féminin aspire désormais à atteindre le tiers. Des efforts considérables sont encore à déployer pour concrétiser les objectifs escomptés. En attendant, il est peu probable que les nouvelles mesures ayant remplacé la liste nationale par des listes régionales permettent d’atteindre le tiers de femmes à la Chambre basse.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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