Politique

El Otmani malmené par la crise et l’opposition

En ces temps de crise, le gouvernement est très attendu pour apporter des solutions concrètes sur les plans économique et social. Sauf que les parlementaires de la Chambre haute estiment que l’Exécutif n’a pas été au rendez-vous, comme en témoignent les dispositions du PLF 2021. Les conseillers qui viennent d’interpeller le chef de gouvernement sur la situation économique et sociale n’ont pas été tendres avec lui.

Du déjà entendu. Le discours du chef de gouvernement, Saad Dine El Otmani, devant les parlementaires de la Chambre haute, mardi dernier, sur la gestion des répercussions de la crise sanitaire, n’a visiblement pas convaincu les conseillers, y compris certains membres de la majorité. Les parlementaires de l’opposition n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère avec l’Exécutif. Les reproches fusent à la pelle, à commencer par le projet de loi de Finances en cours d’examen à la commission des Finances à la Chambre basse.


À cet égard, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) estime que bien que certaines mesures gouvernementales soient positives, il n’en demeure pas moins que le PLF 2021 est marqué par nombre de lacunes et ne répond pas à tous les défis de la relance escomptée «alors qu’il s’avère nécessaire d’élaborer une vision claire pour les entreprises, surtout les TPE et les PME». Le parlementaire Abdelkrim Mehdi de la CGEM cite, en premier lieu, l’absence de mesures pour soutenir la demande alors que «la consommation est un levier fondamental pour la croissance économique et le développement des recettes fiscales». La confédération patronale reproche au gouvernement de ne pas avoir honoré ses engagements fiscaux. Il s’agit, selon la confédération, notamment de la baisse progressive du taux de l’IS pour passer à 25 % en 2025, conformément aux recommandations des assises nationales de la fiscalité et de la non-accélération de la réforme fiscale sur la TVA pour en faire un impôt neutre pour les entreprises, «alors que c’est une condition fondamentale pour alléger la pression sur la trésorerie des entreprises».

Par ailleurs, le patronat ne lâche pas de lest en ce qui concerne ses deux requêtes insistantes : la mise en place de la flexibilité responsable dans le cadre du code du travail et l’adoption du projet de loi organique sur le droit de grève. Deux doléances qui sont complètement rejetées par les partenaires sociaux. D’ailleurs, la présidente du groupe parlementaire de l’Union marocaine du Travail (UMT), Amal Amri, n’a pas hésité lors de la séance d’interpellation de Saad Dine El Otmani, à accuser le gouvernement de vouloir passer des lois sociales, comme la loi organique sur le droit de grève, de manière unilatérale, sans passer par «l’institution» du dialogue social. Cette syndicaliste n’y va pas de main morte en critiquant le gouvernement, à l’instar de tous les parlementaires relevant des centrales syndicales au sein de la Chambre des conseillers. En tête des reproches, la contribution sociale de solidarité. Le gouvernement est en effet accusé, en cette conjoncture de crise, de vouloir porter une estocade au pouvoir d’achat des citoyens, en instaurant cette mesure au moment où l’Exécutif était très attendu pour le soutien des classes moyennes et des couches défavorisées qui ont beaucoup souffert à cause de la pandémie. Telle qu’elle est proposée dans le cadre du projet de loi de Finances, cette mesure fait grincer les dents de l’ensemble des composantes du Parlement. Rappelons à cet égard que même dans la Chambre des représentants, cette mesure a suscité une vive polémique au point que le ministre de l’Économie et des finances, Mohamed Benchaâboun, s’est dit «prêt à interagir avec les propositions d’amendements concernant la contribution de solidarité pour les personnes physiques». Donc, tout porte à croire que cette disposition sera amendée dans les deux chambres du Parlement.

De grandes attentes
L’emploi est un autre dossier épineux sur lequel le gouvernement est épinglé. L’Exécutif est appelé à mettre en place un plan de relance pour la création de l’emploi et la réintégration sur le marché du travail de tous ceux qui ont perdu leur poste à cause des effets de la pandémie de la Covid-19. Les parlementaires affichent en effet leurs inquiétudes quant au taux de chômage et plaident pour des mesures urgentes pour rectifier le tir. Ce qui est prévu dans le PLF est jugé insuffisant pour répondre aux défis du marché du travail. La mesure d’exonération de l’IR, durant deux ans, des salaires versés aux personnes de moins de 30 ans lors de leur premier recrutement, devra être élargie à d’autres catégories pour pouvoir diminuer le taux de chômage. S’agissant des autres secteurs sociaux, les mesures pour le soutien de la santé et de l’enseignement ne sont pas à la hauteur des aspirations, alors qu’il aurait fallu mettre le paquet sur ces deux piliers fondamentaux, d’après nombre de parlementaires. Certes le budget de ces deux secteurs a augmenté, mais cette hausse ne permettra pas de répondre à tous les besoins. On craint en effet que le secteur de la santé soit bientôt dépassé à cause de l’évolution de la situation épidémiologique et que celui de l’enseignement ne puisse pas assurer l’égalité des chances espérée entre tous les élèves, à cause du manque de moyens nécessaires au suivi de l’enseignement à distance. L’agriculture, qui souffre doublement des effets de la crise sanitaire et des répercussions de la sécheresse structurelle, n’est pas en reste. Les parlementaires plaident pour le soutien de ce secteur à travers des mesures concrètes destinées notamment aux petits agriculteurs. Jusque-là, les mesures prises par le gouvernement pour ce secteur sont jugées très timides, alors que le milieu rural a été frappé de plein fouet par les aléas de la conjoncture actuelle.

Pour sa part, le chef de gouvernement balaie d’un revers de la main toutes les critiques acerbes. El Otmani souligne que, certes, certaines mesures pourraient s’avérer insuffisantes en raison des faiblesses structurelles, mais le gouvernement «a déployé de grands efforts tant sur le plan économique que social pour contenir les effets de la pandémie, dont le gouvernement n’est pas responsable». Le chef de l’Exécutif n’écarte pas la possibilité de revenir au confinement si la situation sanitaire devenait incontrôlable.

Ce que propose le PJD sur le plan économique

Même le groupe parlementaire du PJD à la Chambre des conseillers appelle le gouvernement à améliorer son dispositif pour donner un coup de fouet à la situation économique et sociale. Le conseiller Abdessamad Marimi estime que les indicateurs enregistrés sur les plans économique et social sont inquiétants en dépit des efforts déployés. Au niveau économique, il propose l’instauration d’une politique économique à même de corriger les effets négatifs de la pandémie tout en rationnalisant les dépenses publiques. Ce parlementaire de l’UNTM plaide aussi pour le repositionnement de certains secteurs stratégiques, comme l’industrie médicale et biomédicale, les télécoms et les équipements en énergie renouvelable et pour l’encouragement des entreprises porteuses de projets qui s’inscrivent parmi les chaînes de valeur du secteur industriel ( automobile, aéronautique), de manière à augmenter le taux d’intégration. Le groupe du PJD propose aussi l’élargissement des incitations dédiées aux entreprises pour englober l’exonération des charges sociales, afin d’encourager l’emploi et restaurer la compétitivité. À cela s’ajoutent la nécessité d’un repositionnement géographique des investissements pour insuffler une nouvelle dynamique à l’économie nationale, l’appui aux collectivités territoriales pour jouer leur rôle en matière de revitalisation de l’économie au niveau local, l’intégration du secteur informel dans l’économie nationale, la réforme fiscale et la mise en place de mesures «fermes» et «correctives» pour lutter contre la corruption et mettre fin à l’économie de rente et au monopole.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco


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