Politique

Bilan du gouvernement : la politique prend le pas dans le débat

Visiblement, rien ne va entre le PJD et certaines composantes de la majorité, notamment le RNI, comme en témoignent les interventions musclées lors de la séance dédiée au débat du bilan gouvernemental. L’opposition critique vertement le gouvernement pour le manque d’harmonie entre ses composantes.

Le volet politique a dominé le débat sur le bilan gouvernemental au sein de la Chambre basse. C’était, d’ailleurs, prévisible à quelques semaines des élections législatives, communales et régionales. Il faut dire que l’opposition n’est, pas l’unique concernée par les passes d’armes, mais aussi les composantes de la majorité gouvernementale qui n’hésitent pas à dégainer et à se tirer tous azimuts les uns sur les autres. Et cette situation est loin d’être récente. La tension a, en effet, toujours été palpable entre certaines composantes de la coalition gouvernementale qui se regardent en chiens de faïence depuis la formation, au forceps, du gouvernement en 2017 après un blocage de six mois. C’est particulièrement le cas du Parti de la justice et du développement (PJD) et du Rassemblement national des indépendants (RNI), mais l’USFP est également concernée par les échanges d’hostilités.


La séance consacrée au débat du bilan gouvernemental a été l’occasion pour réitérer les reproches entre alliés. Le PJD n’apprécie pas l’absence des ministres du parti de la colombe à la séance de présentation du bilan du gouvernement, précisant que leur présence s’imposait pour donner du sens au principe de reddition des comptes. Bien que le Chef du gouvernement ait justifié l’absence des ministres par des occupations ministérielles, les parlementaires de son parti ne l’entendent pas de cette oreille.

Par ailleurs, les députés du PJD ont également tenu à évoquer le sujet du quotient électoral, une pilule qui reste toujours difficile à avaler pour le parti de la lampe où chaque occasion est saisie pour clasher les alliés sur ce dossier qui aura un impact sur la carte électorale. Rappelons-le, ce quotient permettra à davantage de «petits» partis d’accéder à la Chambre basse et réduira l’écart entre les premières formations partisanes. Même le Chef de gouvernement a soulevé, encore une fois, ce sujet en accusant les autres formations de faire bloc uni contre le PJD pour faire diminuer son score aux prochaines élections.

Du côté des autres composantes de la majorité, les positions varient d’un groupe à l’autre. Le Mouvement populaire et l’USFP ont choisi de tempérer leurs critiques alors que le RNI n’a pas hésité à accuser le PJD de créer une atmosphère politiquement chargée au parlement, dans la mesure où il s’est abstenu de voter des projets de loi approuvés par le gouvernement et a voté contre d’autres. Une première dans les annales de la démocratie au Maroc ! Le groupe du PJD est accusé par les bleus de «sélectivité» dans le contrôle du gouvernement en ce qui concerne certains secteurs alors qu’il était très attendu pour jouer le rôle de «soupape de sécurité» pour l’Exécutif.

Toile de fond
Ce climat de tension au sein de la majorité n’est-il pas de nature à creuser davantage le fossé entre l’échiquier politique et les citoyens ? Pour certains membres de la majorité, il aurait fallu véhiculer un discours responsable vis-à-vis des citoyens et éviter, d’une part, de diffuser des messages semant le doute dans les esprits des Marocains sur certains dossiers tels que l’enrichissement illicite et, d’autre part, d’étaler publiquement les guéguerres intestines qui exacerbent la crise de confiance. Pour sa part, l’opposition, qui n’a pas hésité à tacler le gouvernement sur «la faiblesse» de son bilan tant sur le plan économique que social, n’a pas manqué de tirer à boulets rouges sur le manque d’homogénéité de l’Exécutif qui a déteint de plein fouet sur l’action gouvernementale.

Depuis quelques mois, les trois partis de l’opposition parlementaire déplorent cette situation et critiquent vertement Saad Dine El Otmani qui, en tant que chef d’orchestre, devait «accorder les violons des composantes de sa majorité», estime-t-on. Le Chef de gouvernement balaie d’un revers de la main toutes ces accusations, estimant que «certes quelques divergences émergent de temps à autre entre les partis de la majorité, mais l’équipe gouvernementale travaille en harmonie, contrairement aux rumeurs». Par ailleurs, El Otmani a particulièrement chargé le PPS dont la présidente du groupement parlementaire a vivement critiqué le bilan gouvernemental, lui rappelant le limogeage de deux ministres progressistes suite aux évènements du Rif. 

La pandémie a bon dos ?

Le bilan du gouvernement est jugé trop modeste par rapport aux aspirations, selon l’opposition qui a évoqué plusieurs dossiers, dont celui de l’emploi et du chômage des jeunes qui demeure très élevé. Nombre de députés estiment que le gouvernement ne devrait pas «se cacher derrière la pandémie de la Covid-19 pour justifier son échec dans nombre de domaines», à commencer par le taux de croissance qui était faible même avant la crise sanitaire et l’augmentation du taux d’endettement. Les critiques concernent également les secteurs sociaux, notamment l’enseignement et la santé «qui demeurent émaillés de nombre de dysfonctionnements». Les reproches ont également concerné le volet économique, dont les réalisations sont jugées insuffisantes par rapport aux engagements gouvernementaux et aux attentes des Marocains. La lutte contre la corruption a aussi été évoquée, eu égard au fait que le Maroc reste toujours mal classé au niveau de l’indice de perception de ce fléau. Par ailleurs, l’Exécutif est épinglé pour la lenteur dans la mise en œuvre de certaines réformes, telles que celle de la régionalisation avancée et de l’officialisation de l’amazigh.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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