Monde

Présidentielle française : Jeu, set et match ?

Mercredi, le débat télévisé ayant opposé Emmanuel Macron et Marine Le Pen a tourné à l’avantage du président sortant. La candidate d’extrême droite qui n’est pas parvenue à mettre en difficulté son adversaire a raté sa revanche. Sauf surprise, Macron devrait gagner, le 24 avril, la course à la présidentielle française. 

Emmanuel Macron a-t-il déjà gagné face à Marine Le Pen ? Après le traditionnel débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, tenu mercredi, tous les sondages le donnent favori. Le président sortant a largement pris le dessus lors de cet exercice, instauré en 1974. Pourtant, le clan de la candidate du Rassemblement national avait promis une belle revanche après la gifle infligée lors du débat en 2017.

À aucun moment, elle n’est parvenue à mettre en difficulté le candidat de La République en marche. Pendant plus de deux heures, les deux prétendants à l’Élysée ont confronté devant 15,6 millions de téléspectateurs leur projet pour la France et les Français. Un projet diamétralement opposé sur les questions du pouvoir d’achat, l’Europe, l’écologie, la santé, l’éducation, le voile, l’immigration…

Bilan contre programme basé sur la peur

Dès les premières minutes du débat, le président sortant et la candidate d’extrême droite ont lancé les hostilités et joué leur va-tout pour tenter de convaincre les indécis et les abstentionnistes du premier tour, notamment de gauche, dont le choix devrait être déterminant dans les bureaux de vote dimanche prochain. Consciente de l’enjeu, Marine Le Pen a affiché plus d’assurance que lors du débat, il y a cinq ans, et s’est employée tout au long des échanges à apparaître comme proche du peuple.

Tout en assumant son bilan, Emmanuel Macron lui a opposé de nombreux chiffres, l’accusant d’avoir un programme sans fondement, n’ayant «ni queue ni tête». «Je vous ai entendu avec votre gouvernement vous réjouir d’avoir augmenté le pouvoir d’achat des Français, moi je n’ai vu que des Français me dire qu’ils n’y arrivaient plus», a dégainé Le Pen, avant d’ironiser sur «le Mozart de la finance» au «bilan économique qui est très mauvais» et «un bilan social qui est encore pire».

Lui reprochant de ne «vivre que de la peur et du ressentiment», le président sortant a également accusé sa rivale de vouloir pousser à «la guerre civile» avec son projet d’interdiction du voile islamique dans l’espace public.

Coups pour coups
Déjà vif sur les questions de politique intérieure, le ton est encore monté d’un cran entre les deux adversaires à l’évocation du conflit qui fait rage en Ukraine depuis le début de l’invasion russe le 24 février. «Vous avez été, je pense, l’une des premières responsables politiques européennes, dès 2014, à reconnaître le résultat de l’annexion de la Crimée», a dénoncé Macron, faisant référence à l’annexion non reconnue par la communauté internationale de la péninsule ukrainienne par Moscou.

«Vous l’avez fait pourquoi ? (…) Parce que vous dépendez du pouvoir russe et que vous dépendez de M. Poutine», a-t-il ajouté dans une allusion à un prêt de 9 millions d’euros contracté en 2017 par le parti d’extrême droite de Mme Le Pen auprès d’une banque russe. «Je suis une femme absolument et totalement libre», a rétorqué sa rivale, en affirmant qu’aucune banque française ne lui avait accordé de prêt à l’époque et qu’elle n’avait «d’autre dépendance que de rembourser son prêt».

«Je soutiens une Ukraine libre qui ne soit soumise ni aux États-Unis ni à l’Union européenne ni à la Russie, voilà ma position», a-t-elle ajouté. La virulence des échanges s’est poursuivie sur la question de l’Union européenne, Marine Le Pen démentant les accusations selon lesquelles elle souhaiterait toujours faire sortir la France du bloc. «Je veux faire évoluer cette organisation européenne, mais M. Macron, je ne pensais pas que vous tomberiez dans une forme de complotisme», a ironisé la candidate.

«Vous n’êtes pas claire, votre projet quand on remet brique à brique les choses en place, c’est un projet qui ne dit pas son nom mais qui consiste à faire sortir de l’Europe», a répliqué M. Macron, faisant du scrutin de dimanche un «référendum pour ou contre l’Europe». Outre les questions internationales et nationales, les deux candidats ont divergé sur presque tout mercredi soir, des retraites à l’écologie.

Sur ce dernier point, Emmanuel Macron a accusé la candidate du Rassemblement national d’être «climato-sceptique», cette dernière lui répondant qu’il était pour sa part «climato-hypocrite».

Pour qui voteront les électeurs de gauche ?
Si le débat ne bouleverse habituellement pas les dynamiques d’intentions de vote, il pourrait cette fois remobiliser certains électorats et «déplacer davantage de voix que ce qu’on a observé depuis le début de la Ve République» en 1958, selon Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondages Ipsos. Mais, l’incertitude plane concernant le vote à venir d’une partie des électeurs de gauche, notamment ceux ayant voté pour le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon – arrivé troisième au premier tour – qui restent méfiants ou tentés par l’abstention.

À deux jours de la fin de la campagne du second tour, les sondages donnent invariablement l’avantage au président sortant, avec 54 à 56,5% des intentions de vote contre 43,5 à 46% pour la candidate d’extrême droite. Un écart beaucoup plus serré qu’en 2017 où Macron l’avait emporté avec 66% des suffrages. il est vrai qu’il y a cinq ans, Marine Le Pen avait sombré en direct devant les 16,5 millions de téléspectateurs du débat, apparaissant agressive et mal préparée face à un jeune candidat alors inconnu, calme et maîtrisant ses dossiers.

Mais elle a patiemment remonté la pente, travaillé ses dossiers, adouci son image, et s’est préparée intensément au débat. Le président sortant, lui, n’a plus l’atout de la fraîcheur, et doit défendre le bilan d’un quinquennat critiqué.

Sami Nemli avec Agence / Les Inspirations ÉCO

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