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Inflation aux USA, quel impact pour le Maroc ?

Après avoir alerté les banques centrales des pays émergents sur les risques que peut engendrer le recours massif à l’achat d’actifs, l’institution de Breton Woods s’interroge, en ce début de semaine, sur les répercussions que la hausse de l’inflation aux États-Unis pourrait avoir sur le reste du monde, dont les échanges extérieurs sont notamment libellés en dollars.  Quid du Maroc ?

Le Fonds monétaire international (FMI) revient à la charge. Après avoir alerté les banques centrales des pays émergents sur les risques que peut engendrer le recours massif à l’achat d’actifs, l’équipe de l’institution de Breton Woods s’interroge, en ce début de semaine, sur les répercussions que la hausse de l’inflation aux États-Unis pourrait avoir sur le reste du monde, dont les échanges extérieurs sont notamment libellés en dollars. En effet, jamais l’augmentation des prix n’y a atteint un rythme aussi rapide depuis quatre décennies. Le marché du travail est, de ce fait, devenu tendu au point que l’inflation à commencé à se répercuter sur les augmentations de salaires. S’ajoutent à cette situation, les inquiétudes supplémentaires suscitées par le nouveau variant Omicron qui multiplie à la vitesse grand V les contaminations et augmente la pression chez les entreprises. Face à cette situation, la Réserve fédérale a décidé d’accélérer la réduction de ses achats d’actifs.


Les perspectives des marchés émergents plus incertaines
Des changements qui ont rendu les perspectives des marchés émergents plus incertaines. Ces pays sont, en effet, confrontés à une inflation haute et à une dette publique nettement plus élevée. La dette publique brute moyenne des marchés émergents a augmenté de près de 10 points de pourcentage depuis 2019, atteignant environ 64 % du PIB à fin 2021, avec de grandes variations d’un pays à l’autre. Mais, contrairement aux États-Unis, leur reprise économique et leurs marchés du travail sont moins robustes.

D’ailleurs, c’est sur cette base que le FMI a établi deux scénarios. Dans le premier, il anticipe une croissance robuste aux États-Unis où l’inflation se modérera probablement plus tard cette année alors que les perturbations de l’offre s’atténuent et que la contraction budgétaire pèse sur la demande. La politique de la Fed selon laquelle elle augmenterait les coûts d’emprunt plus rapidement n’a pas entraîné une réévaluation substantielle des perspectives économiques par le marché. Si les taux directeurs augmentent et que l’inflation se modère comme prévu, l’histoire montre que les effets pour les marchés émergents seront probablement bénins si le resserrement est graduel, bien annoncé et en réponse à un renforcement de la reprise. Les devises des marchés émergents pourraient encore se déprécier, mais la demande étrangère compenserait l’impact de la hausse des coûts de financement.

Alors que dans l’autre scénario, le FMI annonce que les retombées sur les marchés émergents pourraient être moins bénignes. Une inflation salariale généralisée aux États-Unis ou des goulots d’étranglement persistants pourraient, en effet, faire grimper les prix plus que prévu et alimenter les attentes d’une inflation plus rapide. Des augmentations plus rapides des taux de la Fed, en réponse, pourraient secouer les marchés financiers et resserrer les conditions financières à l’échelle mondiale. Ces évolutions pourraient s’accompagner d’un ralentissement de la demande et du commerce aux États-Unis et pourraient entraîner des sorties de capitaux et une dépréciation de la monnaie sur les marchés émergents.

D’ailleurs, certains de ces marchés émergents ont déjà commencé à ajuster leur politique monétaire et se préparent à réduire leur soutien budgétaire pour faire face à la hausse de la dette et de l’inflation. En réponse à des conditions de financement plus strictes, les marchés émergents devraient adapter leur réponse en fonction de leur situation et de leurs vulnérabilités. Ceux dont la politique est crédible en matière de maîtrise de l’inflation peuvent resserrer leur politique monétaire plus progressivement, tandis que les autres, dont les pressions inflationnistes sont plus fortes, ou les institutions plus faibles, doivent agir rapidement et de manière globale.

Des choix difficiles
Dans les deux cas, les réponses devraient inclure le fait de laisser les devises se déprécier et d’augmenter les taux d’intérêt de référence. Face à des conditions désordonnées sur les marchés des changes, les banques centrales, disposant de réserves suffisantes, peuvent intervenir à condition que cette intervention ne se substitue pas à un ajustement macroéconomique justifié. Néanmoins, de telles actions peuvent poser des choix difficiles pour les marchés émergents, car elles font le compromis entre le soutien d’une économie nationale faible et la sauvegarde de la stabilité des prix et de l’extérieur. De même, étendre le soutien aux entreprises, au-delà des mesures existantes, peut augmenter les risques de crédit et affaiblir la santé à long terme des institutions financières en retardant la comptabilisation des pertes. Et l’annulation de ces mesures pourrait durcir davantage les conditions financières, affaiblissant la reprise.

Renforcer les cadres politiques et réduire les vulnérabilités
Pour gérer ces compromis, les marchés émergents peuvent prendre des mesures dès maintenant pour renforcer les cadres politiques et réduire les vulnérabilités. Pour que les banques centrales se resserrent pour contenir les pressions inflationnistes, une communication claire et cohérente des plans politiques peut améliorer la compréhension du public de la nécessité de poursuivre la stabilité des prix. Les pays ayant des niveaux élevés de dette libellée en devises étrangères devraient chercher à réduire ces asymétries et à couvrir leurs expositions lorsque cela est possible.

Et pour réduire les risques de refinancement, l’échéance des obligations devrait être allongée même si cela augmente les coûts. Les pays lourdement endettés devront peut-être aussi amorcer un ajustement budgétaire de plus en plus vite. Le soutien continu de la politique financière aux entreprises devrait être réexaminé, et les plans visant à normaliser un tel soutien devraient être soigneusement calibrés en fonction des perspectives et pour préserver la stabilité financière. Pour les pays où la dette des entreprises et les créances douteuses étaient élevées même avant la pandémie, certaines banques et prêteurs non bancaires plus faibles peuvent être confrontés à des problèmes de solvabilité si le financement devient difficile. Des régimes de résolution devraient être préparés. Au-delà de ces mesures immédiates, le FMI souligne que la politique budgétaire peut également contribuer à renforcer la résilience aux chocs.

Le Maroc, peu concerné

L’incidence d’une forte montée inflationniste aux États-Unis serait insignifiante, voire dérisoire pour le Maroc. En effet, «notre principal partenaire commercial est l’Union européenne qui accapare 65% de nos exportations, lesquels sont libellées en euros», rappelle l’économiste Ahmed Azirar. «Même s’il est vrai que notre facture énergétique en dollars s’est récemment alourdie avec l’importation supplémentaire de gaz naturel, ce montant ne pèse pas encore très lourd dans notre balance des paiements. Partant, nous ne sommes pas très concernés par les tensions inflationnistes pouvant survenir aux États-Unis, hormis sur la levée de financements auprès des bailleurs de fonds internationaux», a-t-il poursuivi.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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