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Exportations agricoles : la région andalouse déploie son lobbying

La chargée du portefeuille de l’Agriculture andalouse a appelé le gouvernement central à durcir les contrôles contre les exportations marocaines et à saisir les organes européens pour infliger des sanctions en cas de non-respect des contingents.

Le gouvernement régional andalou (PP) vient à la rescousse de son secteur le plus vital. Dans une sortie médiatique, Carmen Crespo, la conseillère en charge du département de l’Agriculture, a lancé un appel en faveur de la défense de la filière agricole andalouse exportatrice. La conseillère souhaite une “révision des quotas des pays tiers”. En somme, ce que Crespo demande, c’est un accord à la carte qui «protège» les plates-bandes du secteur agricole andalou. Originaire d’Almeria – le potager de l’Europe, comme l’on dénomme cette grande région exportatrice de fruits et légumes -, Crespo est partisane d’une protection musclée des produits agricoles de son terroir. À cet effet, elle a adressé un appel au gouvernement central, sollicitant son intervention pour intensifier drastiquement les contrôles des produits hortofruticoles en provenance du Maroc. La chargée de l’agriculture andalouse a exhorté le cabinet de Pedro Sanchez à dénoncer, auprès de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), les exportateurs marocains qui dépassent les contingents accordés dans le cadre de l’accord agricole Maroc-UE. D’après elle, le renforcement des contrôles s’avère le seul moyen pour défendre les intérêts du secteur agricole espagnol. À entendre le propos de cette dirigeante du Parti populaire, l’on a l’impression que la filière agricole andalouse nage dans le marasme. Loin s’en faut ! Selon les statistiques officielles, la filière andalouse jouit d’une santé olympique. Entre janvier et juillet de cette année, ce secteur a exporté des marchandises d’une valeur de 7.255 millions d’euros. Un record ! De l’aveu de l’ensemble des acteurs du secteur, il s’agit de la meilleure performance de cette filière agricole ibérique.


De plus, la province d’Almeria, celle qui ne cesse de se plaindre, à tort d’ailleurs, de la concurrence marocaine en lui attribuant toutes ses supposées pertes, a encaissé à elle seule 2.085 millions d’euros de recettes, issues de ventes de produits agricoles. En somme, le secteur andalou a tous les voyants au vert, et ce, malgré le contexte difficile de la crise sanitaire et la baisse du pouvoir d’achat. Enfin, cette prise de position de la responsable régionale ne manquera pas de donner des ailes au lobby espagnol. Celui-ci bombera le torse et adoptera cette posture afin de mettre la pression sur le gouvernement central dans le but de soutirer des bénéfices, que ce soit sous forme d’aides financières directes ou cadeaux fiscaux. De fait, les propos de Crespo (PP) vont à l’encontre de ce qu’avait déclaré en son temps l’actuel ministre de l’Agriculteur espagnol, Luis Planas. Celui-ci a occupé le poste de Crespo durant le mandat des socialistes andalous, et connaît donc sur le bout des doigts les rouages de ce dossier. Planas avait cloué le bec des producteurs exportateurs en les appelant à se diversifier au lieu de s’en prendre, à chaque campagne, aux expéditions de la concurrence, en l’occurrence le Maroc.

D’ailleurs, dans sa dernière déclaration à propos du secteur agricole, cet ex-ambassadeur espagnol au Maroc a indiqué, sur les colonnes du quotidien La Vanguardia, que le secteur agricole “est rentable et pourrait être une bonne opportunité d’emploi pour les jeunes”. Une position qui balaye d’un revers de main les allégations du lobby espagnol sur les pertes causées par l’entrée des produits agricoles nationaux et leur rôle présumé dans la chute des cours sur les marchés européens. Par ailleurs, la responsable régionale a relativisé l’impact des produits marocains reconditionnés par des entreprises importatrices espagnoles, dans le but de vendre au prix fort, sans les encombrements de la production. À ce sujet, la chargée du portefeuille de l’Agriculture andalouse a souligné que seulement 4,9% des importations marocaines restaient en Andalousie. Le reste est dirigé vers les marchés européens. Elle a ajouté que, malgré ce faible pourcentage, son département a procédé à la réalisation de 400 inspections auprès des entreprises suspectes, dont seules 11 sont en cours d’investigation. Un faible pourcentage qui révèle, une fois de plus, les contre-vérités du lobby espagnol concernant la fraude marocaine. 

Amal Baba Ali, DNC à Séville / Les Inspirations Éco

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