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Climat : l’AIE planche sur un plan zéro CO2 en 2050

L’Agence internationale de l’énergie publiera en mai prochain la première feuille de route complète pour que l’ensemble du secteur mondial de l’énergie atteigne le zéro net d’émission de CO2 d’ici 2050. Elle présentera une analyse détaillée des mesures économiques à mettre en place à l’échelle mondiale afin de se rétablir de la crise sanitaire liée à la Covid-19, et de faire en sorte que la hausse des émissions soit contenue à 1,5°C. Les détails.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’apprête à créer une onde de choc dans le domaine du climat ! Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, et son équipe vont en effet publier au mois de mai prochain un rapport dans lequel ils vont prouver au monde qu’«il est possible de parvenir à zéro émission de gaz à effet de serre dans le secteur de l’énergie à l’horizon 2050». Rien que ça ! C’est-à-dire que dans 30 ans -et moins de 50 ans avant l’échéance (2100) que s’est fixée l’Accord de Paris pour stabiliser les émissions de gaz à effet (GES) à 1,5°C voire 2°C- l’humanité pourrait faire plus des trois quarts du chemin selon l’agence. Cela demandera des efforts titanesques à la communauté internationale et en particulier aux États signataires de l’Accord de Paris, qui ont du mal à répondre à l’appel de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNCC) pour relever leur contribution nationale déterminée (CDN), lancé à la COP 24 à Katowice en Pologne, suite aux conclusions alarmantes du GIEC.


Le défi climatique mondial est un défi énergétique
En attendant la sortie de ce rapport inédit, que tout le monde scrute, l’AIE avance que «le défi climatique du monde est un défi énergétique, car l’énergie qui alimente notre vie quotidienne produit les trois quarts des émissions mondiales. Et rendre toute cette énergie neutre en carbone d’ici 2050 est une entreprise herculéenne pour nos économies et nos sociétés, mais c’est possible». Parce que l’engagement est déjà là. En effet, bon nombre des plus grandes économies et entreprises de la planète ont annoncé, l’année dernière, leur intention de ramener leurs émissions à zéro net d’ici le milieu de ce siècle ou peu de temps après. Parmi ces économies, on retrouve les États-Unis, à la tête desquels Joe Biden a remplacé le climato-sceptique Donald Trump. Ainsi, si le nouveau président américain tient ses promesses, les pays développés, qui représentent plus de 60% des émissions mondiales de carbone liées à l’énergie, auront tous des ambitions nettes nulles. L’AIE s’attend donc à un effet domino, arguant que «les ambitions climatiques croissantes ajoutent à la dynamique significative derrière l’énergie propre. Ainsi, les investisseurs s’assurent tous, désormais, que leurs portefeuilles sont respectueux du climat. C’est devenu une question de gestion des risques». Et Fatih Birol de déclarer : «Aujourd’hui, je suis plus optimiste que jamais quant à la capacité du monde à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, qui consistent à limiter la hausse des températures mondiales ce siècle à bien en dessous de 2°C. Même l’objectif plus ambitieux de 1,5°C semble moins éloigné qu’il y a un an.»

Les objectifs seuls ne suffisent pas
Ceci étant, reconnaît l’AIE, les objectifs à long terme ne réduiront pas à eux seuls les émissions suffisamment rapidement pour atteindre le zéro net d’ici le milieu du siècle. Une transformation totale de l’infrastructure énergétique mondiale est nécessaire. Et c’est une entreprise mondiale qui doit être exécutée à une vitesse et une ampleur sans précédent. Cela appelle une action décisive au cours de cette décennie. Autrement dit, d’ici 2030, il faudrait augmenter la part des voitures électriques dans les ventes annuelles de 3% actuellement à plus de 50% la production d’hydrogène à faible teneur en carbone de 450.000 tonnes à 40 millions de tonnes et les investissements dans l’électricité propre de 380 millions de dollars à 1,6 milliard de dollars. Pour favoriser le passage des objectifs à l’action, l’AIE publiera en mai prochain la première feuille de route complète pour que l’ensemble du secteur mondial de l’énergie atteigne le zéro net d’ici 2050. Elle interviendra donc avant la COP26 sur le changement climatique en novembre à Glasgow (Écosse), lorsque les pays présenteront leurs derniers plans de réduction des émissions. Selon l’AIE, «Nous devons veiller à ce que nos aspirations collectives puissent devenir une dure réalité car les promesses, aussi bien intentionnées soient-elles, peuvent être rompues. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont mis en place des structures juridiques nationales pour tenir les gouvernements d’aujourd’hui responsables de la réalisation de leurs promesses pour demain. Mais les approches nationales ne suffisent pas pour réaliser le changement dont nous avons besoin. Nous devons penser globalement».

Il faut penser et agir global
Pour les experts de l’AIE, de meilleurs mécanismes doivent être déployés pour coordonner le soutien aux économies émergentes et en développement afin qu’elles aient un accès rapide au savoir-faire, au financement et aux technologies de sorte à fournir une énergie propre et fiable à tous leurs citoyens. Cela suppose des efforts mondiaux plus importants pour stimuler l’innovation et le déploiement de nouvelles technologies. Cela signifie aussi adopter une approche globale des défis de sécurité énergétique que ces nouvelles technologies posent, comme assurer un approvisionnement suffisant en minéraux critiques tels que le cuivre, le nickel, le cobalt et les terres rares, et intégrer de plus grandes quantités d’énergie éolienne et solaire dans l’approvisionnement en électricité. Enfin, selon l’AIE, cela signifie, par ailleurs, des systèmes fiables et indépendants pour suivre les progrès et renforcer la confiance des pays dans le fait qu’ils ne sont pas seuls à prendre les mesures nécessaires pour tenir leurs promesses climatiques. Et Fatih Birol d’asséner : «Notre système international est ce que nous choisissons d’en faire. Nous devons nous assurer que nos objectifs climatiques sont plus que de simples chèques qui ne peuvent pas être encaissés». 

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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