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Widad Smyej : “La mixité est un stimulateur de performance”

Widad Smyej. Directrice des ressources humaines chez Alsa Maroc

Alsa a lancé un plan d’action stratégique à l’horizon 2030. Objectif, atteindre une parité totale au sein du conseil d’administration et de chaque groupe de travail. L’opérateur est conscient que la compétence féminine dans les sphères décisionnelles d’une entreprise permet la bonne conduite des affaires, améliore la gestion et la rentabilité des exploitations.


Cette semaine du 8 mars, la parité femmes-hommes est d’actualité. Quelle place occupe cette question dans la stratégie du groupe Alsa ?
Depuis toujours, le principe d’égalité et de diversité fait partie intégrante du code éthique d’Alsa, plus particulièrement pour ce qui est du volet lié aux femmes, qu’elles soient clientes ou employées. À titre d’exemple, consciente de l’ampleur de la problématique de la sécurité des femmes dans les transports publics, Alsa a signé un partenariat avec ONU Femmes, entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, visant à promouvoir la sécurité de ces dernières dans les transports publics, à bord de nos autobus partout où nous opérons. Ce partenariat prévoit des activités de sensibilisation des chauffeurs de bus aux violences faites aux femmes et aux filles dans le cadre de leur formation initiale et continue, ainsi que des actions de communication sur ce phénomène auprès des usagers et usagères des bus. Aujourd’hui, Alsa Al Baida, nouvel opérateur du transport urbain par autobus dans la métropole de Casablanca, compte plus de 200 femmes réparties sur 44 fonctions, des conductrices urbaines aux les métiers d’exploitation, d’inspection à l’administration. Par ailleurs, nous sommes fiers d’avoir deux femmes siégeant au Comité de direction, composé de 11 membres. Alsa ambitionne de pousser davantage les limites et barrières qui empêchent les femmes d’investir ce secteur avec son environnement complexe et difficile.

Quelle est la valeur ajoutée de la présence des femmes dans l’organe de décision d’Alsa?
La mixité au sein de l’organe de décision d’Alsa Maroc et Alsa Al Baida constitue un stimulateur de performance. Il est clair qu’Alsa est consciente que la compétence féminine dans les sphères décisionnelles d’une entreprise permet la bonne conduite des affaires, améliore la gestion et la rentabilité de ces exploitations. Les femmes jouent, au sein d’Alsa, un rôle de plus en plus important. Elles ont un style de management différent, complémentaire à celui des hommes. Elles ont un regard différent sur ce qu’est l’activité de transport. Elles valorisent ce secteur, analysent le risque et répondent différemment aux signaux de danger. Nous posons sur la table la problématique de la sécurité routière, l’obligation du professionnalisme et de la formation dans ce domaine, le manque d’éducation et de sensibilisation dans ce volet tellement important. La notion de risque est perçue différemment chez la femme et chez l’homme.

Vous avez lancé une campagne de recrutement de 100 conductrices de bus. Où en est-elle?
Nous prenons comme engagement et challenge la prise en charge totale de 100 femmes désirant relever le défi et devenir des conductrices urbaines afin d’arriver à un taux de parité femmes-hommes d’environ 20% pour ce métier précis. Seule condition d’accès : être détentrice d’un permis B d’une ancienneté d’au moins deux ans (obligation légale) et avoir la volonté de devenir une conductrice urbaine.

Conduire des bus est plutôt considéré comme un métier d’hommes. Pourquoi vouloir révolutionner ce métier ?
Si on parle d’égalité et d’équité, la notion d’hommes et femmes est d’ores et déjà éliminée. La principale raison qui nous pousse à encourager la femme à intégrer ce domaine revient aux statistiques de nos conductrices. Toutes les femmes conductrices enregistrent 0 accident de circulation. Elles sont exemplaires en termes de respect des consignes de sécurité, de professionnalisme, de performances, de discipline et d’intégration. Elles sont respectées et estimées par leurs collègues ainsi que par la population, même dans les zones réputées à haute fréquence d’incidents/agressions….

Selon vous, comment peut-on renforcer la présence des femmes dans les organes de gouvernance des entreprises ?
On ne va pas se mentir et prétendre aujourd’hui que la diversité au sein d’une organisation -et spécialement dans un organe de gouvernance- est sujet à discussion. La femme a déjà fait ses preuves partout dans le monde. Beaucoup d’études ont déjà mis en évidence le lien positif qui existe entre la présence de femmes aux postes de direction et les performances financières et organisationnelles. Une participation égale des femmes et des hommes aux processus décisionnels est une nécessité démocratique et économique. Dans la situation économique actuelle, il est de la plus haute importance de mobiliser tous les talents, et il n’est plus question de gaspiller des compétences et un potentiel économique à cause de perceptions obsolètes du rôle des femmes et des hommes et de leur capacité à diriger. Personnellement, je pense que l’égalité des chances devrait être une obligation légale, et un quota minimum devrait être exigé par niveau et métier. En ce qui concerne Alsa, nous avons mis en marche un plan d’action stratégique d’ici 2030, dans lequel nous prévoyons d’atteindre un équilibre total au sein du conseil d’administration et de chaque groupe de travail, non seulement en termes d’égalité homme/femme, mais également un bon équilibre entre les âges, les origines et les parcours de formation. À ce plan d’action participent des hommes et des femmes de toutes les catégories de notre capital humain. 

Sanae raqui / Les Inspirations Éco

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