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TIR : l’âge d’or du visa éphémère

Les transporteurs seront en première ligne lors de la grève prévue le 20 juin pour manifester contre l’inflation et en particulier la hausse des prix des carburants. Mais la flambée des prix de l’or noir n’est pas l’unique préoccupation des professionnels de la route. 

En plus de la hausse des prix du carburant, les transporteurs routiers internationaux sont confrontés à une autre guerre. Ils se voient toujours, en grand nombre, refuser l’accès à l’espace Schenguen. Aujourd’hui, plus que jamais, obtenir un visa pour aller dans un pays de l’Union européenne relève du miracle pour nombre d’entre eux, comme le fustige Rachid Tahiri, vice-président de la Fédération de transport et de la logistique.


S’il reconnaît que certains chauffeurs ont des soucis avec les documents qu’on leur demande, cela ne justifie pas le refus massif des demandes pour l’obtention d’un titre de voyage en Europe.

Délai de validé réduit
Selon le haut responsable de l’organisme affilié à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), si le nombre de demandes refusées à baissé, comparé aux mois précédents, au plus fort de la crise sanitaire, le délai de validité des titres de voyage a été considérablement réduit. Résultat, explique-t-il, il faut que le conducteur revienne au Maroc tous les trois mois pour refaire une nouvelle demande de visa.

Or, avant le durcissement des conditions d’obtention de ce sésame, «il était possible pour les conducteurs de rester un an, voire quatre ans, avant de renouveler leur visa», ajoute-t-il. Entre la demande de renouvellement et l’obtention du visa, il faut parfois compter 15 à 20 jours. À noter que les délais de traitement des dossiers de demande et la durée de validité des visas accordés aux conducteurs peuvent varier d’un consulat à l’autre.

Mais le plus difficile pour les routiers, c’est que les chauffeurs sont considérés comme des clandestins en cas de dépassement du délai légal du visa. Les autorités européennes ne tiennent pas compte du statut de «travailleur régulier» des conducteurs auprès d’entreprises de transport TIR. Souvent, ils sont expulsés de l’espace Schengen le cas échéant.

Ce qui complique les procédures de renouvellement des documents donnant droit à un accès au territoire européen. En réalité, les routiers ne sont pas à leur premier coup de gueule. En février dernier, l’Association marocaine des transports routiers intercontinentaux s’est levée contre les refoulements de chauffeurs marocains suite à l’activation du décomptage des entrées et sorties des chauffeurs.

Une situation qui exposait les conducteurs à des sanctions lors de la demande de renouvellement du sésame pour l’Europe. Si aujourd’hui le problème semble résolu, les professionnels marocains sont toujours confrontés à des problèmes qui impactent leurs activités.

Pourtant, la réélection d’Emmanuel Macron avait suscité beaucoup d’espoir auprès des transporteurs car le durcissement des procédures de demandes de visa a été vu jusqu’ici comme une mesure électoraliste, visant à «draguer les électeurs» de l’extrême droite française.

Une situation pas près de s’améliorer
D’ailleurs, dans une interview exclusive, accordée aux Inspirations ECO, au mois de mars, M’jid El Guerrab, député d’alors de la 9e circonscription des Français établis hors de France, promettait déjà un retour à la normale. «J’ai interpellé, voilà quelques semaines, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à ce sujet, lequel m’a fait une réponse chiffrée et circonstanciée.

La France attend la reprise de la coopération en termes d’immigration illégale notamment le retour des «illégaux» délinquants. Elle est disposée à reprendre la machine des visas qui, depuis l’année dernière, s’est totalement restructurée en deux grandes plateformes à Casablanca et à Rabat. Les questions techniques, qui ont été à l’origine du blocage, sont en passe d’être levées d’après les retours que j’ai.

C’est une bonne nouvelle !», affirmait le député M’jid El Guerrab. Il ajoutait être «conscient que cette situation engendre de grandes difficultés pour les Marocains, pour les proches de nos citoyens français et binationaux. La délivrance d’un visa est, certes, un acte administratif, mais qui relève aussi d’accords de coopération bilatérale». Aujourd’hui, les Marocains attendent toujours le déblocage de la «crise» des visas.

La décision du gouvernement français de réduire de moitié le quota des visas accordés aux Marocains sème encore l’incompréhension parmi la communauté des affaires, les étudiants et les touristes. La situation n’est pas près de s’améliorer. Le Vieux Continent fait face à une vague de réfugiés ukrainiens qui fuient la sanglante guerre qui sévit dans leur pays.

Les États européens, qui les accueillent à bras grands ouverts, craignent que cet afflux massif ne déborde. Dans ces conditions, difficile pour les étrangers non européens de se faire une place dans l’espace Schengen.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO


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