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Taxe carbone : gros risques sur les exportations tangéroises

L’Union européenne prévoit d’instaurer, dès l’année prochaine, un «mécanisme d’ajustement carbone aux frontières». Il s’agit d’une «Taxe carbone» qui risque de pénaliser les exportations issues des pays non membres de l’UE. La région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, dont les exportations vers ce marché représentent 80% de son chiffre d’affaires, risque d’en faire les frais.

«La mise en place de la taxe carbone par l’Union Européenne pénalisera en premier l’industrie régionale, puisqu’elle est principalement tournée vers l’export, représentant plus de 80% du CA régional». C’est le directeur général du Centre régional d’investissement de la Région (CRI) Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Jalal Benhayoun, qui tire la sonnette d’alarme. Il s’exprimait ce vendredi 3 juin dans la ville du détroit, lors d’une conférence-débat sur «Les énergies renouvelables au service de la décarbonation des industries exportatrices».


Cette rencontre avait pour objectif de sensibiliser les industriels et exportateurs sur l’instauration, dès 2023, du «mécanisme d’ajustement carbone aux frontières», communément appelée «Taxe carbone». Avec ce nouveau dispositif, l’UE commencera à appliquer à partir de 2026, une taxe sur les exportations des pays non membres de l’UE qui ne respecteront pas certaines normes environnementales.

Mais dès l’année prochaine, de premières dispositions non financières seront mises en branle. Le directeur général du CRI Tanger-Tétouan-Al Hoceima appelle ainsi les entreprises locales à «adhérer rapidement à cette nouvelle exigence».

Région leader
Cette exigence nécessite, pour les entreprises marocaines, et particulièrement celles du Nord, de se lancer massivement dans la décarbonation de leur processus de production, ce qui passe surtout par l’usage d’une énergie propre. A ce propos, des avancées importantes sont attendues sur le plan réglementaire, notamment l’adoption des dispositifs mettant à jour la loi 13.09 sur les énergies renouvelables.

Ces nouveaux dispositifs ont d’ores et déjà franchi le cap de la Chambre des représentants et devraient bientôt être appliqués, afin d’ouvrir les énergies renouvelables à la moyenne tension. Dans la région du Nord, ce sont des avancées réglementaires qui sont bien vues, dans la mesure où c’est l’une des régions locomotives au Maroc dans le domaine des énergies renouvelables.

«Au niveau territorial, la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima est devenue aujourd’hui, grâce à son potentiel éolien (avec une vitesse moyenne des vents de 9 m/s à 40 m/s) et solaire (avec un taux d’ensoleillement de 300 jours par an), un leader et une référence nationale en matière d’énergies renouvelables», indique Jalal Benhayoun.

13% de la puissance installée au Maroc
Actuellement, 5 projets de parcs éoliens y sont déjà opérationnels avec une puissance globale de 360 MW, soit 13% de la puissance installée au Maroc. Le tout, pour un investissement global dépassant les 8 MMDH. Selon le directeur général du CRI, un nouveau parc est en cours de réalisation. Il s’agit notamment du parc photovoltaïque de Tanger, qui sera installé sur une surface d’environ 72 ha avec une puissance de 30 MW et dont les panneaux sont fabriqués à Al Hoceima par un groupe américain.

Pour sa part, la société Siemens Gamesa fabrique des éoliennes à Tanger Automotive City (TAC). «Ces différents investissements trouvent leurs justifications,  aussi, dans les besoins accrus en énergie, générés par la croissance économique et la réalisation d’infrastructures de taille au niveau de la région, considérée aujourd’hui comme 2e pôle industriel du royaume avec une contribution au PIB national industriel à hauteur de 16,6%», note le directeur général du CRI de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Jalal Benhayoun
Directeur Général du Centre régional d’investissement de la Région (CRI) Tanger-Tétouan-Al Hoceima

 

«La mise en place de la taxe carbone par l’Union Européenne pénalisera en premier l’industrie régionale, puisque celle-ci exporte principalement vers ce marché, qui représente plus de 80% du C.A régional».

Hassan Sentissi
Président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX)

 

«L’entrée en vigueur des restrictions (taxes, et autres) est imminente et nos exportations risquent d’être rejetées si elles ne respectent pas les exigences de la décarbonation».

Ali El Harti
Président de la Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables (FENELEC)

«Nous disposons d’entreprises capables d’accompagner de bout en bout le processus de production d’énergies renouvelables au Maroc. Sur le plan technique, nous avons ce qu’il faut comme entreprises pour installer des centrales de centaines de mégawatts».

Décarbonation : Ces exemples du Nord du Maroc  

Dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, plusieurs entreprises ont déjà pris le chemin pour la décarbonation de leurs processus de production. C’est notamment le cas de l’usine Renault. «Depuis son entrée en activité, [elle] est classée référence mondiale en matière d’excellence environnementale avec zéro émission carbone», se réjouit le directeur général du CRI, Jalal Benhayoun. Aussi, plusieurs projets verts ont été lancés au niveau de la région. Parmi eux, la ville verte Chrafat sur 700 hectares et la cité Mohammed VI Tanger Tech sur une surface de 2100 hectares. Ces cités seront alimentées principalement par de l’énergie renouvelable, et présentées par les autorités locales, comme, «de véritables exemples de la nouvelle stratégie du Royaume » en matière d’énergies propres.

Sami Nemli / Les Inspirations ÉCO


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