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Taux directeur : le scénario du statu quo, le plus plausible

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Il est fort probable que le conseil de Bank Al-Maghrib n’intervienne ni à la hausse ni à la baisse sur le taux directeur. Il serait plus judicieux de garder des munitions pour la fin de l’année.

Comme nous l’annoncions dans notre édition du 17 septembre, les chances pour que le taux directeur soit révisé à la baisse, et encore moins à la hausse, sont minimes. Bank Al-Maghrib (BAM) devrait préserver les munitions dont elle dispose, au niveau de la transmission de la politique monétaire, au moins pour trois mois supplémentaires, tant que la situation macro-économique le permet. «D’autant plus qu’une baisse supplémentaire du taux directeur devrait générer un recul additionnel, aussi bien des taux associés aux produits d’épargne bancaire que des taux obligataires au sens large, ce qui pourrait conduire à un affaiblissement de l’épargne financière d’un côté, et à l’alourdissement des contraintes de gestion pour les fonds de retraite et d’assurance vie, de l’autre», estime CDG Capital Insight.


En effet, selon de nombreux opérateurs, les membres du Conseil de la banque centrale, qui se réunissent le 28 septembre pour la troisième fois cette année, ont peu ou pas de raisons d’influer le taux directeur. Bien au contraire, les agrégats économiques, pris en compte dans la politique monétaire, évoluent plutôt favorablement, à l’exception du déficit de liquidité dont le rythme de creusement s’accélère. Il est ainsi passé de 61,2 milliards de DH (MMDH), enregistré à fin mars 2021, à 81 MMDH quatre mois plus tard.

En cause, «une baisse des avoirs officiels de réserve, qui se sont rétractés de 321 MMDH au terme de l’année écoulée à 305,1 MMDH et 301 MMDH, enregistrés respectivement à fin mars et juillet 2021, soit un repli de 20 MMDH. En cause, un creusement du déficit du compte courant, sous l’effet de l’accroissement du besoin commercial et de la poursuite du recul des recettes touristiques. À cela, s’ajoute la forte poussée de la circulation fiduciaire au cours des cinq derniers mois, pour s’établir à 340 MMDH à fin juillet 2021. Idem pour les créances nettes sur l’État qui progressent à 274,3 MMDH à fin juillet 2021.

Face à cette situation, Bank Al-Maghrib a accru l’encours de ses interventions auprès des banques, en les portant à 100,2 MMDH et 95,3 MMDH, enregistrées respectivement en juillet et août 2021 contre 72,2 MMDH, trois mois auparavant. Concrètement, CDG Capital Insight, dans une note dédiée à la prochaine réunion du conseil de BAM, assure que l’institut d’émission continue à servir la totalité de la demande des banques en vue de maintenir le TMP interbancaire, qui représente la cible opérationnelle de la politique monétaire, à un niveau quasi-identique au taux directeur (1,5%).

L’autre argument, avancé par les analystes de CDG Capital, consiste en «la transmission incomplète des deux baisses du taux directeur (de 75 Pbs au total) de 2020 vers les taux débiteurs». Il faut dire que la répercussion des révisions des taux débiteurs a, en effet, connu une légère correction à la baisse, de 13 points de base, à 4,32% durant le 2e trimestre de l’année, après deux hausses consécutives. Cela est expliqué, selon CDG Capital Insight, par le recul des taux appliqués aux prêts aux entreprises de 19 points, traduisant des baisses de 18 points pour les prêts aux grandes entreprises et de 6 points pour ceux accordés aux TPME.

Alors que les taux des crédits accordés aux ménages sont restés stables à 5,19%, avec notamment un accroissement de 14 points de ceux des crédits à la consommation et une baisse de 7 points de ceux des prêts à l’habitat. Partant, la croissance des crédits bancaires a encore reculé, passant à 1,6 % à fin juillet 2021 contre 3,7% le mois précédent et 5,8% en juillet 2020. Enfin, le fait que les perspectives de croissance soient propices, suite aux résultats favorables de la campagne agricole 2020-2021 et de la reprise des activités non agricoles, plaide pour la stabilité du taux directeur. Ce scenario est corroboré par des prévisions d’inflation qui restent en dessous du seuil théorique de 2%, reflétant l’absence de pressions émanant de la demande, comme l’illustre la hausse du taux de chômage et la faible progression des crédits.

Sami Nemli / Les Inspirations ÉCO

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