Éco-Business

Tarik Haddi : “Seuls seront fertiles une innovation et un entrepreneuriat endogènes, reposant sur la culture et les ressources locales”

Tarik Haddi
Administrateur directeur général d’Azur Partners

Qu’est-ce qui vous a poussé à rédiger cet essai et pourquoi cette thématique ?
Comme vous le savez, j’ai fait de l’innovation et de l’entrepreneuriat au Maroc, les moteurs de mon engagement depuis 2009, lorsque j’ai fondé Azur Partners, structure spécialisée dans la gestion de fonds de capital-risque et capital-restructuration. L’innovation et l’entrepreneuriat sont les ressorts de toutes les révolutions industrielles en Europe, aux USA et, aujourd’hui, en Chine ou en Inde. Mais il ne suffit pas d’importer des recettes ou des méthodes, même quand elles ont été productives sous d’autres cieux. Une innovation et un entrepreneuriat hors sol n’ont aucune chance de prendre… même si on ajoute à leurs sigles «Morocco» ou «Africa».

Seuls seront fertiles une innovation et un entrepreneuriat endogènes, reposant sur la culture et les ressources locales. Dans un de mes articles, j’avais emprunté à Feu Fatema Mernissi son concept sublime de «Aït débrouille» pour illustrer ce que pourrait être une innovation frugale, qui exploite au mieux nos ressorts marocains et africains. L’idée est de faire éclore, in house, une innovation et un entrepreneuriat puisant leurs racines au plus profond de notre culture et de notre intelligence. Et le premier levier qui vient naturellement à l’esprit, c’est l’éducation de nos enfants, qui doit désormais donner la priorité à un nouveau socle de compétences, et notamment aux aptitudes à développer pour une économie de l’innovation ancrée en Afrique.

Dans cet ouvrage, je me propose donc de réfléchir sur les meilleures façons de préparer nos futures générations africaines au monde postmoderne issu de la révolution numérique en cours. Je puise ces réflexions dans mon vécu, mes expériences, particulièrement celles acquises dans l’accompagnement et le financement de projets innovants au Maroc, mes rencontres dans ce cadre, qu’elles soient directes ou bien à travers les livres ou les médias.

Vous êtes un fin connaisseur du domaine du capital-innovation. Pour vous,  quels sont les impératifs à sa croissance ?
Le développement d’un capital-innovation nécessite un certain nombre de préalables : du capital humain de qualité, des écosystèmes d’accompagnement et de recherche performants, l’implication des entreprises (qu’elles soient grandes, ETI ou PME) et des règlementations adaptées.

Le Maroc a gagné 10 places dans le dernier classement du Global innovation index, en devenant le troisième pays le plus innovant en Afrique. Notre écosystème de l’innovation s’améliore donc. Mais il persiste des faiblesses, notamment au niveau du «capital humain et recherche», comme le relève ce même classement. Il faut désormais se concentrer sur le capital humain de nos générations futures.

L’innovation, on en parle beaucoup. Comment mieux l’appréhender afin de préparer le terrain pour les générations futures ?
Dans le monde postmoderne, l’innovation est transversale (on parle de forte granularité), profonde et permanente. Elle dépasse le cadre technologique et touche les modèles économiques, les sociétés, les individus… Il faut l’intégrer totalement dans nos fonctionnements, nos cultures, nos formations…., nos vies. Pour s’épanouir, l’innovation a aussi besoin de compétences cognitives, comportementales et sociales particulières, qui ne sont pas développées par nos systèmes éducatifs. Dans mon essai, je traite longuement de ces compétences et des méthodes pour les développer.

Quelles sont les limites des modèles actuels, et comment les préparer à la nouvelle économie ?
Tout d’abord, nos modèles actuels souffrent d’un effet taille insuffisant. Nos marchés, nos ressources financières, humaines, techniques… sont loin de la taille critique. Ensuite, nos modèles reposent trop sur l’application de méthodes d’accompagnement de l’innovation importées, sans avoir été suffisamment adaptées à notre contexte culturel. Enfin, nos systèmes éducatifs, dans leur configuration actuelle, ne préparent pas correctement nos générations futures au monde qui les attend.

Il faut donc gagner en taille, en s’associant à d’autres pays africains par exemple, être créatif pour développer des méthodes d’accompagnement de l’innovation qui puisent leurs racines dans notre culture, et surtout, refonder nos systèmes éducatifs.

Comment définissez-vous un système éducatif performant ?
Un système éducatif performant est un système qui produit des individus adaptés au monde dans lequel ils vont évoluer, innover et s’épanouir.

Vous annoncez la mise en place d’une plateforme de débat, de réflexion et de proposition «Génération innovation». Quelle sera son utilité ?
Dans mon essai, je partage de nombreuses pistes concernant nos futurs systèmes éducatifs et d’accompagnement de l’innovation. L’idée, avec la plateforme «Génération innovation», c’est d’ouvrir, avec toutes les parties prenantes, un débat et une réflexion sur ces pistes et d’autres, pour faire aboutir des propositions concrètes. Cette plateforme pourra prendre la forme de forums physiques réguliers et d’un espace collaboratif virtuel permanent. L’objectif, c’est que l’intelligence collective puisse s’exprimer sur un sujet aussi important.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

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