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Risques climatiques et épidémiques : le Maroc a pris des longueurs d’avance

C’est ce qui ressort de l’analyse que viennent de publier deux experts de la Banque mondiale et de la Direction du trésor et des finances extérieurs. Tout en mettant en avant l’aide que l’institution de Bretton Woods a apporté au royaume pour avancer, ils ont déclaré que le risque souverain demeure toujours important dans notre pays et qu’il faudrait solliciter davantage les marchés privés pour soulager l’État dans le financement des catastrophes.

Le Maroc a franchi un pas important dans sa capacité de mobiliser des financements pour faire face aux risques liés aux épidémies et au changement climatique. Mieux, deux experts de la Banque mondiale (BM) et de la Direction du trésor et des finances extérieures (DTFE), qui se sont penchés sur la question, en l’occurrence Antoine Bavandi, spécialiste principal en financement des risques à la Banque mondiale et Abdeljalil El Hafre, chef de la Division des assurances et de la prévoyance sociale à la DTFE, viennent d’affirmer que le royaume a même pris des longueurs d’avance dans la gestion de ces deux types de risque. Une avance rendue possible grâce au soutien de longue date de l’institution de Bretton Woods. En effet, ils rappellent que depuis dix ans, l’équipe de la BM chargée du financement des risques de crise et de catastrophe (CDRF) accompagne les autorités marocaines à travers une assistance technique couvrant l’analyse des risques, l’élaboration d’une stratégie financière, la conception d’instruments sans oublier des conseils en matière d’action publique.


Un précieux appui de la Banque mondiale
«La Banque mondiale s’est notamment appuyée sur son pouvoir de rassemblement pour réunir des parties prenantes clés venues du secteur privé et des marchés de l’assurance en vue de mettre sur pied une solide collaboration public-privé», est-il souligné. Elle a par ailleurs mobilisé le soutien financier indispensable au renforcement des capacités du Maroc à s’atteler à un programme plus large, comprenant la réduction des risques de catastrophes, la consolidation de la protection sociale, la gestion des risques budgétaires et le développement des marchés financiers.

«Son accompagnement de la DTFE a également permis de définir un cadre juridique et de gouvernance national pour les risques de catastrophe, avec la constitution du Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques (FSEC), un mécanisme de financement public pérenne qui vise à couvrir les populations non assurées et les ménages les plus vulnérables. Cela a également permis d’étendre les polices d’assurance — soutenues par les assureurs et réassureurs nationaux — afin d’y inclure le risque de catastrophe et de couvrir les dommages et les blessures corporelles des propriétaires de voiture, des propriétaires de maison, des entreprises et des industries assurés», ajoutent les deux experts.

Ainsi, deux opérations distinctes de réassurance pour les marchés d’assurance nationaux et le FSEC ont été finalisées depuis janvier 2020 afin d’assurer un apport rapide de liquidités (trésorerie) en cas de catastrophe grave, en faisant appel aux marchés internationaux. Elles relèvent de la stratégie nationale de financement des risques de catastrophe, et permettent d’apporter une réponse financière pour 99% des événements naturels susceptibles de frapper le Maroc.

Une forte implication de la TGR
Bien entendu, précisent-ils, le Trésor marocain a en grande partie rendu possible cette vision et ce niveau de sophistication financière, à la faveur de travaux techniques et analytiques considérables en vue d’améliorer la prise de décisions au niveau gouvernemental et de diversifier les options de transfert du risque en synergie avec les acteurs de l’assurance privée.

La maturité du marché local de l’assurance et son organisme de réglementation, l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), ont aussi joué un rôle décisif : ils ont garanti le niveau de surveillance nécessaire des capacités techniques et financières du gouvernement et soutenu la volonté de faire de l’assurance contre les risques de catastrophe au Maroc un nouveau produit à long terme adossé à des réglementations prudentielles adaptées et à un niveau de capitaux adéquat.

«C’est donc grâce à toutes ces étapes franchies avec l’accompagnement de la BM que le Maroc a désormais pris une longueur d’avance face aux risques de crise liés aux épidémies et au changement climatique», soutiennent les deux experts qui soulèvent, toutefois, un bémol.

Selon eux, «le risque souverain demeure toujours important dans le pays». C’est-à-dire que c’est le gouvernement qui gère toujours la plus grande part des risques, notamment à travers la mobilisation des réserves publiques et des instruments de transfert des risques.

Une prime de risque pour impliquer les marchés privés
«Il faut désormais solliciter les marchés privés pour soulager l’État et couvrir plus de chocs climatiques et de catastrophes naturelles, qui ont des conséquences durables sur les plans humain, social, économique et environnemental», suggèrent les deux experts. Comment faut-il s’y prendre ? «Les solutions de transfert du risque consistent à faire assumer les aléas découlant de catastrophes naturelles à des tiers, notamment des compagnies d’assurance ou de réassurance, des banques et autres types d’investisseurs, en échange d’une prime de risque.

Ces marchés présentent un intérêt particulier pour les risques de catastrophe dans les pays en développement, car ils constituent une source de revenus hautement diversifiée par rapport à des placements classiques, plus concentrés (l’assurance vie ou l’assurance auto dans les économies développées par exemple), avec des coûts en capital bien supérieurs», expliquent-ils. L’idéal serait, en tous cas, que les réserves soient mobilisées pour des événements fréquents de faible gravité, tandis que les assurances soient déclenchées lors d’événements plus extrêmes nécessitant beaucoup de capitaux.

Les gouvernements pourraient alors maximiser leurs réponses aux catastrophes et réduire leurs impacts financiers sur les populations, les entreprises et les secteurs les plus vulnérables. C’est plus simple de le dire que le faire ! En effet, est-ce que les compagnies d’assurance ou de réassurance, les banques et les investisseurs privés en général, sont prêts à couvrir ce genre de risque, notamment en assumant la plus grande part du financement ? Rien n’est moins sûr ! 

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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